Citation
Catégorie
Tag – étiquette
Auteur
Info
Rechercher par n'importe quelle lettre



nb max de mots
nb min de mots
trier par
Dictionnaire analogique intriqué pour extraits... Recherche mots ou phrases tous azimuts... Outil de précision sémantique et de réflexion communautaire... Voir aussi la rubrique mode d'emploi. Jetez un oeil à la colonne "chaînes". ATTENTION, faire une REINITIALISATION après  une recherche complexe. Et utilisez le nuage de corrélats ... Lire la suite >>
Nuage de corrélats : pour l'activer, cochez seulement catégorie et tag dans la recherche avancée à gauche.
Résultat(s): 98387
Temps de recherche: 0.1104s

déclaration amoureuse

Aimé, tu as fait de moi une vraie femme. Tant de choses inutiles et qui n’avaient pas de racines sont tombées de moi, et je suis devant toi toute simple et toute unie. Crois-mois, une paysanne roumaine, tresses pendantes et pieds nus, ne regarderait pas son homme avec plus de confiante adoration. Ô Sol, Sol, si tu savais quelle tendre folie il y a pour toi dans le cœur de ta petite paysanne, de ton enfant. Dors bien, mon amour.

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, page 510

[ dévotion ] [ esclave ] [ passion ] [ ôde ]

 
Commentaires: 2
Ajouté à la BD par Coli Masson

rendez-vous galant

Elle se précipita lorsque la sonnette retentit. Mais arrivée dans le vestibule, elle fit demi-tour. Avait-elle bien enlevé la poudre ? De retour au salon, elle resta devant la glace, s'y regarda sans s'y voir. Le sang battant à ses oreilles, elle se décida enfin, s'élança, faillit tomber, ouvrit la porte. Comment allez-vous ? lui demanda-t-elle avec le naturel d'un chanteur d'opéra faisant du parlé. La respiration difficile, elle le précéda dans le salon. Un sourire immobile posé sur ses lèvres, elle lui indiqua un fauteuil, s'assit à son tour, tendit le bas de sa robe, attendit. Pourquoi ne lui parlait-il pas ? Lui avait-elle déplu ? Il restait peut-être de la poudre. Elle passa sa main sur son nez, se sentit dépourvue de charme. Parler ? Sa voix serait enrouée, et s'éclaircir la gorge ferait un bruit affreux. Elle ne se doutait pas qu'il était en train d'adorer sa gaucherie et qu'il gardait le silence pour la faire durer. Lèvres tremblantes, elle lui proposa une tasse de thé. Il accepta avec impassibilité. Guindée, les joues enflammées, elle versa du thé sur le guéridon, dans les soucoupes, et même dans les tasses, demanda pardon, tendit ensuite d'une main le petit pot à lait de l'autre les rondelles de citron. Laine ou coton ? demanda-t-elle. Il eut un rire, et elle osa le regarder. Il eut un sourire, et elle lui tendit les mains. Il les prit, et il plia genou devant elle. Inspirée, elle plia le genou devant lui, et si noblement, qu'elle renversa la théière, les tasses, le pot à lait et toutes les rondelles de citron. Agenouillés, ils étaient ridicules, ils étaient fiers et beaux, et vivre était sublime.

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, pages 505-506

[ amoureux ] [ trac ] [ maladresse ] [ passion ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

amoureuse

Elle s’assit, ôta ses souliers qui serraient trop, remua ses orteils, soupira d’aise, bâilla. Ouf, vacances et bon débarras, dit-elle. Plus besoin de faire la charmante puisque le monsieur n’est pas là, oui, enfin le type, le bonhomme, le lustucru, oui parfaitement, mon cher, c’est de vous qu’il s’agit. Pardon, mon chéri, c’est seulement pour rire, mais c’est peut-être aussi parce que je suis trop votre esclave quand vous êtes là, c’est pour me venger, vous comprenez, pour vous montrer que je ne me laisse pas faire, pour garder mon self respect, mais n’empêche que tout de même c’est bien agréable d’être seule.

Elle se leva, fit des grimaces pour se décontracter, déambula. Exquis de marcher sans souliers, rien qu’avec les pieds, bien à plat, un peu pataude, exquis de remuer les orteils, de n’être plus tout le temps sublime et Cléopâtre et redoutable de beauté. Chic, on allait manger maintenant ! Parce que, mon chéri, je regrette, mais je meurs de faim. Tout de même, j’ai un corps. Vous le savez d’ailleurs, sourit-elle, et elle s’en fut, désinvolte. 

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, page 491

[ sacrilège ] [ repos ] [ naturelle ] [ fin de la comédie ]

 
Commentaires: 2
Ajouté à la BD par Coli Masson

reflet

Ou encore elle voulait voir la tête qu’elle avait faite lorsqu’elle lui avait baisé la main hier soir, voir si elle lui avait plu. Devant la glace, elle posait ses lèvres sur sa main tout en se penchant, ce qui lui rendait difficile de se voir, mais elle y parvenait à grand renfort d’yeux blancs. Ou encore, toujours devant la glace, elle redisait des phrases qu’elle avait dites la veille. Garde-moi, garde-moi toujours, disait-elle, et ces mots l’émouvaient. Ou encore elle écartait son peignoir, regardait ses seins dans la glace, ses seins qu’il baiserait ce soir. Félicitations, disait-elle à ses seins. Vous êtes ma gloire et mon soutien, leur disait-elle. Il en a de la chance, tout de même, le type, concluait-elle. Ou encore elle laissait tomber le peignoir, désireuse de sa nudité en face d’elle. Vraiment bien, cette personne, disait-elle. Vous rendez-vous compte de votre privilège, mon brave ? lui demandait-elle en se pinçant le nez, ce qui lui donnait la voix de sa tante.

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, page 474

[ regard imaginaire ] [ satisfaction de soi ] [ beauté ] [ amoureuse ] [ auto-contemplation ] [ miroir ]

 
Commentaires: 2
Ajouté à la BD par Coli Masson

amoureuse

Attentes, ô délices. Après le bain et le petit déjeuner, merveille de rêvasser à lui, étendue sur le gazon et roulée dans des couvertures, ou à plat ventre, les joues dans l’herbe et le nez contre de la terre, merveille de se rappeler sa voix et ses yeux et ses dents, merveille de chantonner, les yeux arrondis, en exagérant l’idiotie pour mieux se sentir végéter dans l’odeur d’herbe, merveille de se raconter l’arrivée de l’aimé ce soir, de se la raconter comme une pièce de théâtre, de se raconter ce qu’il lui dirait, ce qu’elle lui dirait. En somme, se disait-elle, le plus exquis c’est quand il n’est pas là, c’est quand il va venir et que je l’attends, et aussi c’est quand il est parti et que je me rappelle.

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, pages 469-470

[ absence ] [ imagination ] [ souvenirs ] [ enjolivement ] [ rêvasserie ]

 
Commentaires: 2
Ajouté à la BD par Coli Masson

déclarations amoureuses

Sainte stupide litanie, chant merveilleux, joie des pauvres humains promis à la mort, sempiternel duo, immortel duo par la grâce duquel la terre est fécondée. Elle lui disait et redisait qu'elle l'aimait, et elle lui demandait, connaissant la miraculeuse réponse, lui demandait s'il l'aimait. Il lui disait et redisait qu'il l'aimait, et il lui demandait, connaissant la miraculeuse réponse, lui demandait si elle l'aimait. Ainsi l'amour en ses débuts. Monotone pour les autres, pour eux si intéressant.

Infatigables en leur duo, ils s'annonçaient qu'ils s'aimaient, et leurs pauvres paroles les enthousiasmaient. Accolés, ils souriaient ou à demi riaient de bonheur, s'entrebaisaient puis se détachaient pour s'annoncer la prodigieuse nouvelle, aussitôt scellée par le travail repris des lèvres et des langues en rageuse recherche. Lèvres et langues unies, langage de jeunesse. 

Auteur: Cohen Albert

Info: Belle du Seigneur, éditions Gallimard, 1968, page 456

[ répétition ensorcelante ] [ émerveillement ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

structure incorporée du langage

Ce que nous appelons dans l’obsession "agressivité" est présent toujours comme une agression précisément à cette forme d’apparition de l’Autre que j’ai appelée en d’autres temps "phallophanie" : l’Autre en tant justement qu’il peut se présenter comme phallus. Frapper le phallus dans l’Autre pour guérir la castration symbolique, le frapper sur le plan imaginaire, c’est la voie que choisit l’obsessionnel pour tenter d’abolir la difficulté que je désigne sous le nom de "parasitisme du signifiant dans le sujet", de restituer - pour lui - au désir sa primauté, mais au prix d’une dégradation de l’Autre qui le fait essentiellement fonction de quelque chose qui est l’élision imaginaire du phallus.

C’est en tant que l’obsessionnel est en ce point précis de l’Autre où il est en état de doute, de suspension, de perte, d’ambivalence, d’ambiguïté fondamentale, que sa corrélation à l’objet, à un objet toujours métonymique - car pour lui, l’autre - c’est vrai – est essentiellement interchangeable - que sa relation à l’autre objet est essentiellement gouvernée par quelque chose qui a rapport à la castration et qui ici prend forme directement agressive : absence, dépréciation, rejet, refus du signe du désir de l’Autre comme tel, non pas abolition ni destruction du désir de l’Autre, mais rejet de ses signes. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 19 avril 1961

[ définition ] [ grand autre ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

structure incorporée du langage

Qu’est-ce que l’hystérique fait ? Qu’est-ce que DORA fait au dernier terme ? Je vous ai appris à en suivre les cheminements et les détours dans les identifications complexes, dans le labyrinthe où elle se trouve confrontée - avec quoi ? - avec ce dans quoi FREUD lui-même trébuche et se perd. Car ce qu’il appelle l’objet de son désir, vous savez qu’il s’y trompe justement parce qu’il cherche la référence de DORA en tant qu’hystérique d’abord et avant tout dans le choix de son objet, d’un objet sans doute petit (a). Et il est bien vrai que d’une certaine façon M. K. est l’objet petit (a), et après lui : FREUD lui-même, et qu’à la vérité c’est bien là le fantasme, pour autant que le fantasme est le support du désir. Mais DORA ne serait pas une hystérique si ce fantasme, elle s’en contentait. Elle vise autre chose, elle vise à mieux, elle vise grand A. Elle vise l’Autre absolu : Mme K. Je vous ai expliqué depuis longtemps que Mme K. est pour elle l’incarnation de cette question : "Qu’est-ce qu’une femme ?".

Et à cause de ceci, au niveau du fantasme, ce n’est pas S◊a, le rapport de fading, de vacillation, qui caractérise le rapport du sujet à ce (a) qui se produit mais autre chose, parce qu’elle est hystérique, c’est un grand A comme tel, Grand A auquel elle croit, contrairement à une paranoïaque. "Que suis-je ?" a pour elle un sens qui n’est pas celui de tout à l’heure, des égarements moraux ni philosophiques, ça a un sens plein et absolu.

Et elle ne peut pas faire qu’elle n’y rencontre, sans le savoir, le signe Φ [grand phi] parfaitement clos, toujours voilé qui y répond. Et c’est pour cela qu’elle recourt à toutes les formes qu’elle peut donner du substitut le plus proche, remarquez-le bien, à ce signe Φ. C’est à savoir que, si vous suivez les opérations de DORA ou de n’importe quelle autre hystérique, vous verrez qu’il ne s’agit jamais pour elle que d’une sorte de jeu compliqué par où elle peut, si je puis dire, subtiliser la situation en glissant là où il faut le ϕ [petit phi] du phallus imaginaire.

C’est à savoir que : son père est impuissant avec Mme K. : eh bien qu’importe ! C’est elle qui fera la copule, elle paiera de sa personne, c’est elle qui soutiendra cette relation. Et puisque ça ne suffit pas encore, elle fera intervenir l’image substituée à elle - comme je vous l’ai dès longtemps montré et démontré - de M. K. qu’elle précipitera aux abîmes, qu’elle rejettera dans les ténèbres extérieures, au moment où cet animal lui dira juste la seule chose qu’il ne fallait pas lui dire : "Ma femme n’est rien pour moi", à savoir elle ne me fait pas bander. Si elle ne te fait pas bander, alors donc à quoi est-ce que tu sers ?

Car tout ce dont il s’agit pour DORA, comme pour toute hystérique, c’est d’être la procureuse de ce signe sous la forme imaginaire. Le dévouement de l’hystérique, sa passion de s’identifier avec tous les drames sentimentaux, d’être là, de soutenir en coulisse tout ce qui peut se passer de passionnant et qui n’est pourtant pas son affaire, c’est là qu’est le ressort, qu’est la ressource autour de quoi végète, prolifère tout son comportement. Si elle échange son désir toujours contre ce signe - ne voyez pas ailleurs la raison de ce qu’on appelle sa "mythomanie" - c’est qu’il y a autre chose qu’elle préfère à son désir : elle préfère que son désir soit insatisfait afin que l’Autre garde la clé de son mystère.

C’est la seule chose qui lui importe, et c’est pour cela que, s’identifiant au drame de l’amour, elle s’efforce, cet Autre, de le réanimer, de le réassurer, de le recompléter, de le réparer. En fin de compte c’est bien de cela qu’il nous faut nous défier : de toute idéologie réparatrice, de notre initiative de thérapeutes, de notre vocation analytique. Ce n’est certes pas la voie de l’hystérique qui nous est le plus facilement offerte, de sorte que ce n’est pas là non plus que la mise en garde peut prendre le plus d’importance.

[…] la formule du fantasme hystérique peut s’écrire ainsi : a/-ϕ ◊ A. Soit : (a), l’objet substitutif ou métaphorique, sur quelque chose qui est caché, à savoir -ϕ, sa propre castration imaginaire dans son rapport avec l’Autre. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 19 avril 1961

[ résumé ] [ reprise critique ] [ définition ] [ symbolique ] [ identification ] [ éthique psychanalytique ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

nom-du-père

L’objet dont il s’agit dans la relation d’objet analytique est un objet que nous devons repérer, faire surgir, situer, au point le plus radical où se pose la question du sujet quant à son rapport au signifiant. Le rapport au signifiant est en effet tel que si nous n’avons affaire, au niveau de la chaîne inconsciente, qu’à des signes, et si c’est d’une chaîne de signes qu’il s’agit, la conséquence est qu’il n’y a aucun arrêt dans le renvoi de chacun de ces signes à celui qui lui succède. Car le propre de la communication par signes est de faire de cet autre même à qui je m’adresse - pour l’inciter à viser de la même façon que moi l’objet auquel se rapporte ce signe - un signe.

L’imposition du signifiant au sujet le fige dans la position propre du signifiant. Ce dont il s’agit, c’est bien de trouver le garant de cette chaîne, qui de transfert de sens de signe en signe, doit s’arrêter quelque part, ce qui nous donne le signe que nous sommes en droit d’opérer avec des signes. C’est là que surgit le privilège de Φ [grand phi] dans tous les signifiants. Et peut-être vous paraîtra-t-il trop simple, presque enfantin de souligner ce dont il s’agit à l’occasion de ce signifiant-là.

[…] Ce phallus, dont nous ne pouvons pas dire qu’il ne joue pas même avant toute exploration analytique quelque rôle dans l’imagination humaine, il est donc de nos représentations fabriquées, faites signifiantes, le plus souvent élidé. Qu’est-ce à dire ? C’est qu’après tout, de tous les signes possibles, est-ce que ce n’est pas celui qui réunit en lui-même le signe, à savoir à la fois le signe et le moyen d’action et la présence même, du désir comme tel. C’est-à-dire qu’à le laisser venir au jour dans cette présence réelle, est-ce que ce n’est pas justement ce qui est de nature, non seulement à arrêter tout ce renvoi dans la chaîne des signes, mais même à les faire entrer dans je ne sais quelle ombre de néant.

Du désir, il n’y a sans doute pas de signe plus sûr, à condition qu’il n’y ait plus rien que le désir. Entre ce signifiant du désir et toute la chaîne signifiante s’établit un rapport d’"ou bien... ou bien". La PSYCHÉ était bienheureuse dans ce certain rapport avec ce qui n’était point un signifiant, ce qui était la réalité de son amour avec ÉROS. Mais voilà ! C’est PSYCHÉ et elle veut savoir.

Elle se pose la question parce que le langage existe déjà et qu’on ne passe pas seulement sa vie à faire l’amour mais aussi à papoter avec ses sœurs. À papoter avec ses sœurs elle veut posséder son bonheur. Ce n’est pas une chose si simple. Une fois qu’on est entré dans l’ordre du langage, posséder son bonheur c’est pouvoir le montrer, c’est pouvoir en rendre compte, c’est arranger ses fleurs, c’est s’égaler à ses sœurs en montrant qu’elle a mieux qu’elles et pas seulement autre chose.

Et c’est pour ça que PSYCHÉ surgit dans la nuit, avec sa lumière et aussi son petit tranchoir. Elle n’aura absolument rien à trancher - je vous l’ai dit, parce que c’est déjà fait. Elle n’aura rien à couper, si je puis dire, si ce n’est - ce qu’elle ferait bien de faire au plus tôt - le courant, à savoir qu’elle ne voit rien d’autre qu’un grand éblouissement de lumière et que ce qui va se produire c’est, bien contre son gré, un retour prompt aux ténèbres dont elle ferait mieux de reprendre l’initiative avant que son objet se perde définitivement, qu’ÉROS en reste malade et pour longtemps, et ne doive se retrouver qu’à la suite d’une longue chaîne d’épreuves.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 19 avril 1961

[ fixation ] [ exclusion ] [ mythologie ] [ castration symbolique ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson

philosophie

[…] je vous ai assez souligné l’année dernière ce dont il s’agit dans ce qu’on appelle la morale utilitaire. Il s’agit assurément de quelque chose de tout à fait fondamental dans la reconnaissance des objets qu’on peut appeler constitués par "le marché des objets". Ce sont des objets qui peuvent servir à tous, et en ce sens, la morale dite utilitaire est plus que fondée : il n’y en a pas d’autre. Et c’est bien justement parce qu’il n’y en a pas d’autre, que les difficultés qu’elle présenterait - soi-disant - sont en fait parfaitement résolues.

Il est bien clair que les "utilitaristes" ont tout à fait raison en disant que, chaque fois que nous avons affaire à quelque chose qui peut s’échanger avec nos semblables, la règle en est l’utilité, non pas la nôtre mais la possibilité d’usage, l’utilité pour tous et pour le plus grand nombre. C’est bien cela qui fait la béance de ce dont il s’agit, dans la constitution de cet objet privilégié qui surgit dans le fantasme, avec toute espèce d’objet dit du monde socialisé, du monde de la conformité.

Le monde de la conformité est déjà cohérent d’une organisation universelle du discours. Il n’y a pas d’utilitarisme sans une "théorie des fictions". Prétendre d’aucune façon qu’un recours est possible à un objet naturel, prétendre réduire même les distances où se soutiennent les objets de l’accord commun, c’est introduire une confusion, un mythe de plus dans la problématique de la réalité. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 19 avril 1961

[ résumé ] [ objet a ] [ petit a ] [ imaginaire ] [ critique ]

 

Commentaires: 0

Ajouté à la BD par Coli Masson