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routine

A Montparnasse, c'était le premier changement. Quand il avait un coin, au côté opposé à la descente, il pouvait atteindre sans trop de bousculade son second changement, au Châtelet.

Chaque soir, répétition. Cabas d'une main, journal de l'autre. Éternité maussade dans les trépidations. Ça durait depuis toujours. C'était la vie, la vie de tous les jours, ce supplice chinois, un effet de cloche qui sonne, régulière, éternelle.

Augustin Marcadet s'adossait à la vitre pour essayer de lire. Il pliait courtoisement son journal, côté politique ou côté sport. Il y portait les yeux, en petits efforts vagues de concentration.

Il ne s'agissait même pas d'essayer de penser, il suffisait de faire semblant. Grande habitude. Congrès radsoc ou tour de France. Lire un peu pour la conversation et du lendemain. Pouvoir discuter un peu sur la technique des Belges dans les étapes de montagne...

Auteur: Amila Jean Meckert

Info: L'homme au marteau, 2006, Incipit

[ mégapole ] [ actualités ] [ métro ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

femme-par-homme

Elle avait seulement des yeux bleus, tout bleu profond comme une poupée de velours, des yeux chauds qui se dessinaient pourtant mal sous des paupières boursouflées et envahissantes.

Elle avait aussi une peau blanche et un peu molle qui n’attendait que du temps pour tomber en bajoues. C’est pas sa peau qui était belle. Ni son nez qui était bien quelconque, ni sa bouche non plus, qui riait d’un côté et méprisait de l’autre, ni ses trois petits poils follets qui bagarraient dans des reflets, ni son menton lourd et indéfini, ni ses gros nichons en poires, ni ses jambes non plus, grosses et bientôt molles, avec des chevilles ambitieuses qui partageaient déjà la gélatine du mollet… Peut-être bien qu’elle était vraiment laide, ma Paulette, mais elle avait ses yeux. Pas même ses yeux, son regard, ce petit rien qui brillait. Et puis ses cheveux bien souples et bien doux. Et puis je l’aimais. 

Auteur: Amila Jean Meckert

Info: Les coups, éditions Gallimard, 1942, pages 179-180

[ amoureux ] [ attraction-répulsion ] [ portrait ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

couple

Le soir, surtout après le dîner, aux dernières lueurs du couchant, il nous venait une mélancolie qui n’était pas loin du cafard. On se sentait vides. […]

Elle disparaissait complètement ma Paulette plus terne que la vie de tous les jours. Vide également. Humains tous, déroutés, avec des millénaires de retard, d’un seul coup.

La nuit s’amenait doucement, pourpre, puis violette et si profondément bleue pour finir dans ces ténèbres vivantes.

- On est bien ! qu’on disait.

- Il fait bon !

Et on souffrait d’être secs comme des vulgaires carcasses. Tout simplement, sans drame, avec seulement un peu de gêne. Tout le monde s’était cavalé.

Je remontais le phono, j’installais des disques, toujours les mêmes. Et on trottinait un peu, anémiquement dans l’ombre. On aurait voulu être douze et puis cent mille, et pourtant on cherchait les coins sombres, deux à deux. On butait du pied les pierres incrustées dans le chemin charretier, c’était notre salle de bal. L’eau était toute proche si calme. On y allait en traînant les pieds, piétinant en cadence, toujours la même chose et même pas dans le rythme du phono.

- Il fait bon ce soir, me murmurait Paulette.

- Oui ! 

Elle me faisait des petites papouilles, des petits machins gentils.

- Allez, laisse un peu ! que je disais, maussade.

Elle boudait. On ne se disait plus rien. 

Auteur: Amila Jean Meckert

Info: Les coups, éditions Gallimard, 1942, pages 162-163

[ ennui ] [ solitude ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

bavardage

Paulette aimait bien ça, le ciné. Elle en avait de longues habitudes derrière elle et tout un parallèle de brochures et d’articles, c’était la vraie petite bonne femme, solidement normale jusque dans le sentiment. Jeune fille seule, elle aurait peut-être bien collectionné les photos retouchées des grands costauds d’Hollywood… Amour, beauté, idéal… Elle avait bien la morale des petits courriers féminins, tout ce trouble vaseux qui sent la purulence des changements de saison. Jamais on ne l’aurait plus vexée qu’en lui disant qu’elle avait des idées toutes faites. Quand elle me refilait ligne pour ligne le feuilleton des hebdos pour me faire sentir sans bafouillis son opinion profonde sur tel film, elle m’impressionnait des fois, je me sentais légèrement inférieur, je lui foutais une petite claque sur les fesses, à tout hasard, j’étais pas à l’aise du tout.

J’ai toujours eu l’idée que j’étais beaucoup plus personnel et profond qu’elle, mais mon profond à moi n’avait pas d’issue, il sifflait toujours en conneries, en grosses blagues, définitives après des essais laborieux de déballage. […]

Paulette, je crois, avait l’exacte impression de faire trois pas en arrière, chaque fois qu’elle m’entreprenait sur le ciné, ou la littérature, ou la musique. Chaque fois, gentille, elle était explicative et didactique pour un rien, elle empiétait sur mon silence, elle se croyait des droits, c’était agaçant. Il fallait bien vite que je change la conversation, ça me faisait mal au ventre.

[…] Elle n’était pas chiqueuse à fond, elle ne jouait pas tellement la culture mais plutôt la causette. Elle admettait mal de ne pas avoir son mot sur n’importe quoi, plutôt la bourde informe que le silence, elle était de la race commune.

Je me trompe peut-être, mais je n'aime pas les gens qui causent. Tout comme la mode est faite pour les gens qui n'ont pas de goût, la causette c'est le paravent de ceux qui n'ont rien dans le ventre, c'est la grande recherche de l'impasse qu'on baptise infini, c'est la grande tromperie civilisée, ce qu'on aperçoit du dehors, du monté en graines, du loupé. 

Auteur: Amila Jean Meckert

Info: Les coups, éditions Gallimard, 1942, pages 129-130

[ avis ] [ couple désaccordé ] [ sentiment d'infériorité ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

vitalité

Je me souviens de ce soir-là.

Je suis monté dans ma chambre. J’ai ouvert la fenêtre, en grand, j’avais envie de vivre à bloc. La nuit s’amenait tout doucement, sans secousse. Ça allait bientôt être l’heure de dormir et je n’avais pas envie de dormir.

Je regardais la cour et puis les étoiles. 

[…] Allons ! que je me suis dit. C’est le printemps. Il faut que j’aille faire un petit tour, ça se passera… Je ne la reconnaissais pas, ma chambre, elle me dégoûtait, elle puait.

Je suis redescendu à pied jusque sur les boulevards.

Ça sentait le printemps frais, partout, une bonne odeur de vie, même le cambouis, même les pissotières, ça avait une odeur nouvelle, comme des soirs très lointains perdus dans la fraîcheur des souvenirs.

J’étais content ; et puis il y avait aussi un tas de trucs qui revenaient à la surface, c’était complexe et bien mélancolique.

Il y avait beaucoup de monde sur les boulevards. Tout ça se promenait comme moi. Il y avait aussi beaucoup de femmes et des belles, mais je me sentais vraiment trop miteux, je n’osais rien leur dire. J’admirais en silence, froid comme un pur amateur, je les détaillais une à une, et morceau par morceau. […]

Printemps, tout était bon, rien n’était pour moi !

On a comme ça des fringales. On boufferait n’importe quoi, mais on ne peut rien acheter. Je connaissais ça un peu moins que vaguement. J’y étais même plutôt habitué et pour suivre le conseil d’un robuste penseur, pour ne pas sombrer dans la neurasthénie, j’épongeais la vie au fur et à mesure qu’elle s’écoulait, seconde par seconde.

Mais ce soir-là, elle demandait à s’évader, la vie. Elle sortait à flots, comme le sang d’une artère rompue, je n’avais plus assez d’éponge, ça me dépassait, j’étais tout près de recommencer l’aventure à tout le monde, avec des projets et des souvenirs, ces deux pôles, et des instants qu’on décolle avec peine d’un côté pour les recoller de l’autre.

Toutes mes sales idées de quand j’étais jeune, ça me revenait d’un coup. Tout mon enthousiasme, toutes mes folies, mon ambition et mes aspirations épatantes et incontrôlées…

Pourtant, je me raisonnais, je n’étais plus jeune, c’était loin tout ça, maintenant j’allais sur ma vingt-sixième année, il y avait beau temps que j’étais un apprenti vieillard. Je ne demandais pas à vivre, j’avais déjà vécu, j’étais déjà usé par la misère. Ça me plaisait maintenant ma vie de tous les jours, soutenue par l’allocation. Il n’y avait rien de mieux. Je me couchais tôt, je me levais tard, je n’avais pas à m’esquinter du tout, je croquais à peine, je vivais comme à regret, à tout petits coups. C’est tout ce que j’avais trouvé comme défense et ça n’était pas si mauvais. 

Auteur: Amila Jean Meckert

Info: Les coups, éditions Gallimard, 1942, pages 12 à 14

[ sans but ] [ marginal ] [ excès ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson