couple

Le soir, surtout après le dîner, aux dernières lueurs du couchant, il nous venait une mélancolie qui n’était pas loin du cafard. On se sentait vides. […]

Elle disparaissait complètement ma Paulette plus terne que la vie de tous les jours. Vide également. Humains tous, déroutés, avec des millénaires de retard, d’un seul coup.

La nuit s’amenait doucement, pourpre, puis violette et si profondément bleue pour finir dans ces ténèbres vivantes.

- On est bien ! qu’on disait.

- Il fait bon !

Et on souffrait d’être secs comme des vulgaires carcasses. Tout simplement, sans drame, avec seulement un peu de gêne. Tout le monde s’était cavalé.

Je remontais le phono, j’installais des disques, toujours les mêmes. Et on trottinait un peu, anémiquement dans l’ombre. On aurait voulu être douze et puis cent mille, et pourtant on cherchait les coins sombres, deux à deux. On butait du pied les pierres incrustées dans le chemin charretier, c’était notre salle de bal. L’eau était toute proche si calme. On y allait en traînant les pieds, piétinant en cadence, toujours la même chose et même pas dans le rythme du phono.

- Il fait bon ce soir, me murmurait Paulette.

- Oui ! 

Elle me faisait des petites papouilles, des petits machins gentils.

- Allez, laisse un peu ! que je disais, maussade.

Elle boudait. On ne se disait plus rien. 

Auteur: Amila Jean Meckert

Info: Les coups, éditions Gallimard, 1942, pages 162-163

[ ennui ] [ solitude ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

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