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psychanalyse

À la différence de BREUER - quelle qu’en soit la cause - FREUD prend pour démarche celle qui fait de lui le maître du redoutable petit dieu [Érôs]. Il choisit comme SOCRATE de le servir pour s’en servir. C’est bien là le point où vont commencer pour nous tous les problèmes. Encore s’agissait-il bien de le souligner ce s’en servir de l’Érôs. Et s’en servir pour quoi ? C’est bien là qu’il était nécessaire que je vous rappelle les points de référence de notre articulation de l’année dernière [séminaire sur l'éthique] : s’en servir pour le "bien". Nous savons que le domaine d’Érôs va infiniment plus loin qu’aucun champ que puisse couvrir ce "bien", tout au moins nous tenons pour acquis ceci.

Vous voyez que les problèmes que pose pour nous le transfert, ne vont ici que commencer. Et c’est d’ailleurs une chose perpétuellement présentifiée à votre esprit - c’est langage courant, discours commun concernant l’analyse, concernant le transfert - vous devez bien n’avoir d’aucune façon, ni préconçue ni permanente, comme premier terme de la fin de votre action, le "bien", prétendu ou pas, de votre patient, mais précisément son erôs. Je ne crois pas devoir manquer de rappeler - une fois de plus ici - ce qui conjoint au maximum du scabreux l’initiative socratique à l’initiative freudienne, en rapprochant leur issue dans la duplicité de ces termes où va s’exprimer d’une façon ramassée à peu près ceci : SOCRATE choisit de "servir erôs pour s’en servir" ou en s’en servant.

Cela l’a conduit très loin - remarquez-le - à un "très loin" qu’on s’efforce de camoufler en faisant un pur et simple "accident" de ce que j’appelai tout à l’heure : "le fond grouillant de l’infection sociale". Mais n’est-ce pas lui faire injustice, ne pas lui rendre raison, de le croire : de croire qu’il ne savait pas parfaitement qu’il allait proprement à contre-courant de tout cet ordre social au milieu duquel il inscrivait sa pratique quotidienne, ce comportement véritablement insensé, scandaleux, de quelque mérite que la dévotion de ses disciples ait entendu ensuite la revêtir, en mettant en valeur les faces héroïques du comportement de SOCRATE.

Il est clair qu’ils n’ont pas pu faire autrement qu’enregistrer ce qui est caractéristique majeur et que PLATON lui-même a qualifié d’un mot resté célèbre auprès de ceux qui se sont approchés du problème de SOCRATE, c’est son ἀτοπία [atopia]... dans l’ordre de la cité pas de croyances salubres si elles ne sont point vérifiées ...dans tout ce qui assure l’équilibre de la cité, non seulement SOCRATE n’a pas sa place, mais il n’est nulle part.

Et quoi d’étonnant si une action si vigoureuse, dans son caractère inclassable - si vigoureuse qu’elle vibre encore jusqu’à nous - a pris sa place. Quoi d’étonnant à ce qu’elle ait abouti à cette peine de mort, c’est-à-dire à la mort réelle de la façon la plus claire, en tant qu’infligée à une heure choisie à l’avance avec le consentement de tous et pour le bien de tous, et après tout sans que les siècles aient jamais pu trancher depuis si la sanction était juste ou injuste.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 novembre 1960

[ philosophie ] [ comparaison ] [ inacceptables ] [ condamnation ]

 

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structure incorporée du langage

Je vous ai déjà dit pas mal de choses de l’obsessionnel, il ne s’agit pas de les répéter. Il ne s’agit pas de simplement répéter ce qu’il y a de foncièrement substitutif, de perpétuellement éludé, de cette sorte de "passez-muscade" qui caractérise toute la façon dont l’obsessionnel procède dans sa façon de se situer par rapport à l’Autre, plus exactement de n’être jamais à la place où sur l’instant il semble se désigner.

Ce à quoi fait très précisément allusion la formulation du second terme du fantasme de l’obsessionnel, c’est ceci que les objets, pour lui, en tant qu’objets de désir, sont en quelque sorte mis en fonction de certaines équivalences érotiques, ce qui est précisément dans ce quelque chose que nous avons l’habitude d’articuler, en parlant de l’érotisation de son monde, et spécialement de son monde intellectuel, ce à quoi tend précisément cette façon de noter cette mise en fonction par φ [petit phi] qui désigne ce quelque chose.

Il suffit de recourir à une observation analytique, quand elle est bien faite par un analyste, pour nous apercevoir que le φ - nous verrons peu à peu ce que ça veut dire - c’est justement ce qui est sous-jacent à cette équivalence instaurée entre les objets sur le plan érotique, que le φ est en quelque sorte l’unité de mesure où le sujet accommode la fonction petit(a), la fonction des objets de son désir.

Pour l’illustrer, je n’ai vraiment rien d’autre à faire qu’à me pencher sur l’observation princeps de la névrose obsessionnelle, mais vous la retrouverez aussi bien dans toutes les autres, pour peu que ce soit des observations valables, rappelez-vous ce trait de la thématique du Rattenmann, de "L’homme aux rats". Pourquoi d’ailleurs est-il appelé L’homme aux rats - au pluriel - par FREUD, alors que dans le fantasme où FREUD approche pour la première fois cette espèce de vue interne de la structure de son désir, dans cette sorte d’horreur saisie sur son visage, d’une jouissance ignorée, il n’y a pas des rats, il n’y a qu’un rat dans le fameux supplice turc sur lequel j’aurai à revenir tout à l’heure.

Si on parle de L’homme aux rats, c’est bien parce que le rat poursuit sous une forme multipliée sa course dans toute l’économie de ces échanges singuliers, ces substitutions, cette métonymie permanente, dont la symptomatique de l’obsessionnel est l’exemple incarné. La formule, qui est de lui, "tant de rats, tant de florins" - ceci à propos du versement des honoraires dans l’analyse - n’est là qu’une des illustrations particulières de cette équivalence en quelque sorte permanente de tous les objets saisis tour à tour dans cette sorte de marché.

Ce métabolisme des objets dans les symptômes s’inscrit, d’une façon plus ou moins latente, dans une sorte d’unité commune, d’une unité-or, unité-étalon, qu’ici le rat symbolise, tenant proprement la place de ce quelque chose que j’appelle φ, en tant qu’il est un certain état, un certain niveau, une certaine forme, de réduire, de dégrader d’une certaine façon - nous verrons en quoi nous pouvons l’appeler dégradation - la fonction du signifiant Φ [grand phi].

Auteur: Lacan Jacques

Info: 26 avril 1961

[ déplacement ] [ valeur ] [ phallus ] [ petit autre-grand autre ]

 

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christianisme

Nous avons la dissociation du Moïse rationaliste et du Moïse inspiré dont on parle à peine, du Moïse obscurantiste. Mais FREUD, se fondant sur l’examen des traces de l’histoire, ne peut trouver de voie justifiant, de voie motivée au message de Moïse rationaliste que pour autant que ce message s’est transmis dans l’obscurité. C’est pour autant que ce message s’est trouvé lié, dans le refoulement, au meurtre du Grand Homme, c’est précisément par là, nous dit FREUD, qu’il a pu être véhiculé, conservé dans un état d’efficacité qui est celui que nous pouvons mesurer dans l’histoire.

C’est pour autant... et en ceci je ne dis pas qu’il s’identifie - mais c’est si près que c’en est impressionnant - avec la tradition chrétienne ...c’est pour autant que ce meurtre primordial du Grand Homme vient émerger, selon les Écritures, dans un second meurtre qui, en quelque sorte le traduit, le promeut au jour, celui du Christ, que ce message s’achève et que cette malédiction secrète du meurtre du Grand Homme, qui n’a lui–même son pouvoir que d’être, de s’inscrire, de résonner sur le fond du meurtre primordial, du meurtre inaugural de l’humanité, du meurtre du père primitif, c’est pour autant que ceci vient enfin au jour, que ce qu’il faut bien appeler - parce que c’est dans le texte de FREUD - la rédemption chrétienne, s’accomplit. Seule cette tradition poursuit jusqu’au bout, jusqu’à son terme l’œuvre de révéler de quoi il s’agit dans le crime primitif, inaugural, de la loi primordiale. […]

FREUD, quand il nous parle, dans Moïse et le monothéisme de l’affaire de la loi morale, puisque c’est de cela qu’il s’agit pour lui, l’intègre pleinement à une aventure qui n’a trouvé, écrit-il textuellement, son achèvement, son plein déploiement que dans l’histoire, dans la trame judéo-chrétienne. Il est écrit que pour ce qui est des autres religions qu’il appelle vaguement d’orientales, je pense qu’il fait allusion à toute la lyre : à BOUDDHA, à LAO TSEU et à bien d’autres, elles se caractérisent toutes - dit-il, avec une hardiesse devant laquelle il n’y a qu’à s’incliner, aussi hasardeuse qu’elle nous paraisse - ce n’est en fin de compte - nous dit-il - que le culte du Grand Homme.

Je ne suis pas du tout en train de souscrire à cela. Il dit que simplement les choses sont restées à mi-route, plus ou moins avortées, à savoir qu’est-ce que cela veut dire le meurtre primitif du Grand Homme ? Je pense qu’il pense la même chose à propos du Bouddha. Et bien sûr, dans l’histofire des avatars de BOUDDHA, on trouverait bien des choses où il retrouverait son schéma, légitimement ou non, que c’est pour ne pas avoir, au fond, poussé jusqu’au bout le développement du drame, jusqu’au bout, à savoir jusqu’au terme de la rédemption chrétienne, que ces religions autres en sont restées là.

[...] pour que quelque chose dans l’ordre de la loi donc soit véhiculé, il faut que ceci passe : par le chemin tracé par le drame primordial, par celui qui s’articule dans Totem et Tabou, à savoir celui du meurtre du père et, comme vous le savez, ses conséquences.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 mars 1960

[ judaïsme ] [ spécificité ] [ différence ] [ particularité ] [ hypothèse ]

 

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amour-propre

Il est de la nature du bien en somme d’être altruiste. Mais ce que FREUD ici nous fait sentir, c’est que ce n’est pas là l’amour du prochain. Il ne l’articule pas pleinement, mais nous allons essayer - sans rien forcer - de le faire à sa place, et uniquement sur ce fondement qui fait qu’à chaque fois qu’il s’arrête, comme horrifié devant la conséquence du commandement de l’amour du prochain, ce qui surgit, c’est la présence de cette méchanceté foncière qui habite en ce prochain, mais dès lors aussi en moi-même, car qu’est-ce qui m’est plus prochain que ce cœur en moi-même qui est celui de ma jouissance, dont je n’ose pas approcher ?

Car dès que j’en approche - c’est là le sens du Malaise dans la civilisation - surgit cette insondable agressivité devant quoi je recule, c’est-à-dire, nous dit FREUD, que je retourne contre moi, et qui vient donner son poids, à la place de la loi même évanouie, à ce qui arrête, à ce qui m’empêche de franchir une certaine frontière à la limite de la Chose. Tant qu’il s’agit du bien il n’y a pas de problème, parce que ce qu’on appelle le bien, le nôtre et celui de l’autre, ils sont de la même étoffe. Tant qu’il s’agit du bien il n’y a pas de problème, parce que ce qu’on appelle le bien, le nôtre et celui de l’autre, ils sont de la même étoffe. Saint MARTIN partage son manteau et on en a fait une grande affaire, mais enfin tout de même c’est une simple question d’approvisionnement. L’étoffe est faite pour être écoulée de sa nature, elle appartient à l’autre autant qu’à moi. Sans doute, nous touchons là un terme primitif de besoin qu’il y a à satisfaire.

Le mendiant est nu, mais peut-être au-delà de ce besoin de se vêtir mendiait-il autre chose, que Saint MARTIN le tue, ou le baise. C’est une tout autre question de savoir ce que signifie, dans une rencontre, la réponse, non pas de la bienfaisance, mais de l’amour. Il est de la nature de l’utile, d’être utilisé. Si je puis faire quelque chose en moins de temps et de peine que quelqu’un qui est à ma portée, par tendance je serai porté à le faire à sa place, moyennant quoi je me damne de ce que j’ai à faire pour ce "plus prochain des prochains" qui est en moi. Je me damne pour assurer à celui à qui cela coûterait plus de temps et de peine qu’à moi, quoi ? Un confort qui ne vaut que pour autant que j’imagine que, si moi, j’avais ce confort, c’est-à-dire pas trop de travail, je ferais de ce loisir le meilleur usage. Mais ça n’est pas du tout prouvé que je saurais le faire ce meilleur usage si j’avais tout pouvoir pour me satisfaire. Je ne saurais peut-être que m’ennuyer.

Dès lors, en procurant aux autres ce pouvoir, peut-être simplement que je les égare. J’imagine leurs difficultés, leur douleur au miroir des miennes. Ça n’est certes pas l’imagination qui me manque, c’est plutôt le sentiment, à savoir ce qu’on pourrait appeler cette voie difficile, l’amour du prochain.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 23 mars 1960

[ das ding ] [ deuxième ] [ inconscient ] [ ignorance ] [ répugnance ]

 

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transfert

Est-ce qu’il ne vous a jamais saisi à ce tournant, que dans ce que vous avez donné - à ceux qui vous sont les plus proches, j’entends - il n’y a pas quelque chose qui a manqué, et non pas seulement qui a manqué, mais qui les laisse - les susdits, les plus proches - eux, par vous irrémédiablement manqués ? En quoi ? Justement par ceci qui, à vous analystes, permet de comprendre que justement ces proches, avec eux, on ne fait que tourner autour du fantasme, dont vous avez cherché plus ou moins en eux la satisfaction, – qui, à eux, a plus ou moins substitué ses images ou ses couleurs.

Cet être auquel soudain vous pouvez être rappelé par quelque accident, dont la mort est bien celui qui nous fait entendre le plus loin sa résonance, cet être véritable - pour autant que vous l’évoquez - déjà s’éloigne et est déjà éternellement perdu. Or cet être c’est tout de même bien lui que vous tentez de joindre par les chemins de votre désir. Seulement cet être là c’est le vôtre. Et ceci comme analyste vous savez bien que c’est de quelque façon, faute de l’avoir voulu que vous l’avez manqué aussi plus ou moins. Mais au moins ici êtes-vous au niveau de votre faute, et votre échec la mesure exactement.

Et ces autres dont vous vous êtes occupé si mal, est-ce pour en avoir fait, comme on dit, seulement vos objets ? Plût au ciel que vous les eussiez traités comme des objets dont on apprécie le poids, le goût et la substance, vous seriez aujourd’hui moins troublé par leur mémoire, vous leur auriez rendu justice, hommage, amour, vous les auriez aimés au moins comme vous-même, à ceci près que vous aimez mal, mais ce n’est même pas le sort des mal aimés que nous avons eu en partage. Vous en auriez fait sans doute - comme on dit - des sujets comme si c’était là la fin du respect qu’ils méritaient : respect, comme on dit, de leur dignité, respect dû à nos semblables.

Je crains que cet emploi neutralisé du terme "nos semblables", soit bien autre chose que ce dont il s’agit dans la question de l’amour, et - de ces semblables - que le respect, que vous leur donniez aille trop vite : au respect du ressemblant, au renvoi à leurs lubies de résistance, à leurs idées butées, à leur bêtise de naissance, à leurs oignons quoi ! Qu’ils se débrouillent !

C’est bien là, je crois, le fond de cet arrêt devant leur liberté, qui souvent dirige votre conduite, liberté d'indifférence dit-on, mais non pas de la leur, de la vôtre plutôt. Et c’est bien en cela que la question se pose pour un analyste, c’est à savoir quel est notre rapport à cet être de notre patient ? On sait bien tout de même pourtant que c’est de cela dans l'analyse qu’il s’agit : – notre accès à cet être est-il ou non celui de l'amour ? A-t-il quelque rapport, notre accès, avec ce que nous saurons – de ce qu'est le point où nous nous posons quant à la nature de l'amour ?

Auteur: Lacan Jacques

Info: 30 novembre 1960

[ rencontre ratée ] [ question ] [ mythe de l'intersubjectivité ]

 

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refoulement primordial

[…] dans FREUD la fonction de la mémoire comme telle, la remémoration fondamentale de tous les phénomènes auxquels nous avons affaire est à proprement […] rivale comme telle des satisfactions qu’elle est chargée d’assurer.

[…] La tyrannie de la mémoire, c’est cela qui pour nous, à proprement parler, s’élabore dans ce que nous pouvons appeler structure, dans le sens que ce terme de structure peut avoir pour nous. Tel est le point de départage, telle est la nouveauté, telle est la coupure sur laquelle il n’est pas possible de ne pas mettre l’accent si l’on veut voir clairement en quoi la pensée et l’expérience freudiennes apportent quelque chose de nouveau dans notre conception du fonctionnement humain comme tel.

[…] En d’autres termes, la structure engendrée par la mémoire ne doit pas vous masquer, dans notre expérience comme telle, la structure de la mémoire elle-même en tant qu’elle est faite d’une articulation signifiante. Car, à l’omettre, vous ne pouvez absolument soutenir ni distinguer ce registre qui est essentiel dans l’articulation de notre expérience, c’est à savoir l’autonomie, la dominance, l’instance comme telle de la remémoration, au niveau non du réel, mais du fonctionnement du principe du plaisir.

[…] c’est ici que se peut apercevoir où peut résider la naissance du sujet comme tel, dont rien par ailleurs ne peut justifier le surgissement. Je vous l’ai dit, la finalité de l’évolution d’une matière vers la conscience, purement et simplement, est une notion mystique, insaisissable et, à proprement parler, indéterminable historiquement. Ce qui d’ailleurs se voit par ceci, c’est qu’il n’y a aucune homogénéité d’ordre dans l’apparition des phénomènes, qu’ils soient prémonitoires, préalables, partiels, préparatoires à la conscience, ou un ordre naturel quelconque, puisque c’est bien quand même de son état actuel que la conscience se manifeste comme phénomène dans une répartition absolument erratique, je dirais presque éclatée.

Ce sont aux niveaux les plus différents de notre engagement dans notre propre réel que la tache ou la touche de conscience apparaît, qu’il n’y a aucune continuité, aucune homogénéité de la conscience et, après tout, c’est bien là où plusieurs fois FREUD, à plus d’un détour, s’est arrêté, soulignant toujours ce caractère infonctionnalisable du phénomène de la conscience.

Notre sujet, par rapport à ce fonctionnement de la chaîne signifiante, a par contre, lui, une place tout à fait solide et je dirai presque repérable, je veux dire dans l’histoire. L’apparition, la fonction du sujet comme tel, nous en apportons une formule tout à fait nouvelle et susceptible d’un repérage objectif. La définition d’un sujet, du sujet originel, d’un sujet en tant qu’il fonctionne comme sujet, d’un sujet détectable dans la chaîne des phénomènes, n’est pas autre chose que celle-ci : c’est que ce qu’un sujet comme tel représente, à proprement parler, essentiellement, originellement, c’est cela, c’est qu’il peut oublier.

Supprimez ce "il", le sujet est littéralement, à son origine et comme tel, l’élision d’un signifiant, le signifiant sauté dans la chaîne. Telle est la première place, la première personne. Ici se manifeste comme telle l’apparition du sujet, faisant toucher du doigt pourquoi la notion de l’inconscient, pourquoi et en quoi la notion de l’inconscient est, dans notre expérience, centrale.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 11 mai 1960

[ définition ] [ frayages ]

 

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structure incorporée du langage

À aborder ce terme par la voie de ce qu’est la demande dans ce stade anal, vous avez tous, je pense, assez d’expérience pour que je n’aie pas besoin de plus illustrer ce que j’appellerai la demande de retenir l’excrément, fondant sans doute quelque chose, qui est un désir d’expulser.

Mais ici ce n’est pas si simple car aussi bien cette expulsion est exigée aussi par le parent éducateur à une certaine heure. Là il est demandé au sujet de donner quelque chose qui satisfasse l’attente de l’éducateur, maternel en l’occasion. L’élaboration qui résulte de la complexité de cette demande mérite que nous nous y arrêtions car elle est essentielle. Observez qu’ici il ne s’agit pas plus du rapport simple d’un besoin avec la liaison à sa forme demandée, que de l’excédent sexuel. C’est autre chose, c’est d’une discipline du besoin qu’il s’agit et la sexualisation ne se produit que dans le mouvement de retour au besoin qui si je puis dire - ce besoin - le légitime comme don à la mère qui attend que l’enfant satisfasse à ses fonctions qui font sortir, apparaître quelque chose de digne de l’approbation générale.

Aussi bien ce caractère de cadeau de l’excrément est-il bien connu de l’expérience et repéré depuis l’origine de l’expérience analytique. C’est tellement dans ce registre qu’ici un objet est vécu, que l’enfant, dans l’excès de ses débordements occasionnels, l’emploie, on peut dire naturellement, comme moyen d’expression. Le cadeau excrémentiel fait partie de la thématique la plus antique de l’analyse.

Je veux à ce propos mettre en quelque sorte son terme dernier à cette extermination, à quoi je m’efforce depuis toujours, de la mythique de "l’oblativité", en vous montrant ici à quoi réellement elle se rapporte. Car à partir du moment où vous l’aurez une fois aperçu, vous ne pourrez plus reconnaître autrement ce champ de la dialectique anale qui est le champ véritable de "l’oblativité".

Il y a longtemps que sous des formes diverses j’essaie de vous introduire à ce repérage et nommément en vous ayant fait remarquer depuis toujours que le terme même "d’oblativité" est un fantasme d’obsessionnel : "Tout pour l’Autre" dit l’obsessionnel et c’est bien ce qu’il fait. Car l’obsessionnel étant dans le perpétuel vertige de la destruction de l’Autre, il n’en fait jamais assez pour que l’autre se maintienne dans l’existence. Mais ici nous en voyons la racine. Le stade anal se caractérise en ceci que le sujet satisfait un besoin uniquement pour la satisfaction d’un autre.

Ce besoin, on lui a appris à le retenir uniquement pour qu’il se fonde, s’institue, comme l’occasion de la satisfaction de l’autre qui est l’éducateur. La satisfaction du pouponnage, dont le torchage fait partie, est d’abord celle de l’autre. Et c’est proprement pour autant que quelque chose - que le sujet a - lui est demandé comme don, qu’on peut dire que l’oblativité est liée à la sphère de relations du stade anal. Remarquez-en la conséquence, c’est qu’ici la marge de la place qui reste au sujet comme tel, autrement dit le désir, vient dans cette situation à être symbolisé par ce qui est emporté dans l’opération : le désir littéralement s’en va aux chiottes.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 15 mars 1961

[ définition ] [ caractéristique ] [ évacuation ] [ inconscient ]

 
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sexualité

Mais enfin, pourquoi est-ce que dans ce sadisme et dans ce masochisme le fait d’être battu - il y a d’autres moyens d’exercer le sadisme et le masochisme - le fait d’être battu très précisément avec une badine, ou quoi que ce soit d’analogue, joue un rôle essentiel ? Et minimiser l’importance dans la sexualité humaine de cet instrument là spécialement, qu’on appelle couramment le fouet, d’une façon plus ou moins élidée, symbolique, généralisée, c’est quand même quelque chose qui mérite quelque considération. 

Monsieur Aldous HUXLEY nous dépeint le monde futur où tout sera si bien organisé quant à l’instinct de reproduction [1984] qu’on mettra purement et simplement les petits fœtus en bouteille après avoir choisi ceux qui seront destinés à leur avoir fourni les meilleurs germes. Tout va très bien, et le monde devient quelque chose de si particulièrement satisfaisant que Monsieur Aldous HUXLEY, en raison de ses préférences personnelles, le déclare fondamentalement ennuyeux.

Nous ne prenons pas parti, mais ce qui est intéressant, c’est qu’un auteur qui se livre à ces sortes d’anticipations, auxquelles nous n’attachons aucune espèce d’importance quant à nous, fait renaître le monde que lui connaît, et nous aussi, par l’intermédiaire d’une fille qui manifeste son besoin d’être fouettée. Il lui semble sans aucun doute qu’il y a là quelque chose qui est étroitement lié au caractère d’humanité du monde.

C’est simplement ce que je veux vous signaler. Je veux vous signaler que ce qui est accessible à un romancier, et à quelqu’un qui sans aucun doute a l’expérience de la vie sexuelle, est tout de même aussi quelque chose qui pour nous, analystes, devrait nous arrêter, à savoir que si tout le tournant par exemple de l’histoire de la perversion dans l’analyse, à savoir le moment où on est sorti de la notion que la perversion est purement et simplement la pulsion qui émerge, c’est-à-dire le contraire de la névrose, on a attendu le signal du chef d’orchestre, c’est-à-dire le moment où FREUD a écrit "On bat un enfant". 

Et que c’est autour de cette étude absolument d’une sublimité totale - parce qu’évidemment tout ce qui a été dit après n’est que la petite monnaie de ce qu’il y a là-dedans - c’est autour de l’analyse de ce fantasme de fouet que FREUD a véritablement à ce moment-là fait entrer la perversion dans sa véritable dialectique analytique : là où elle apparaît être, non pas la manifestation d’une pulsion pure et simple, mais être attachée à un contexte dialectique aussi subtil, aussi composé, aussi riche en compromis, aussi ambigu qu’une névrose. 

C’est à partir précisément de quelque chose qui va, non pas classer la perversion dans une catégorie de l’instinct de nos tendances, mais dans quelque chose qui l’articule précisément dans son détail, dans son matériel et - disons le mot - dans son signifiant. Chaque fois d’ailleurs que vous avez affaire à une perversion, il y a quelque chose qui correspond à une sorte de méconnaissance de ce que vous avez devant vous si vous ne voyez pas combien la perversion est attachée d’une façon fondamentale à une espèce de trame d’affabulation qui d’ailleurs est essentiellement susceptible de se transformer, de se modifier, de se développer, de s’enrichir. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 5 février 1958

[ eugénisme ] [ parlêtres ] [ psychanalyse ] [ structure incorporée du langage ]

 
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symbolique

[…] le phallus, ai-je dit - en tant que l’expérience nous le révèle - n’est pas simplement l’organe de la copulation, mais est pris dans le mécanisme pervers comme tel.

Entendez bien ce que je veux dire. Ce qu’il s’agit maintenant d’accentuer c’est que : du point qui, comme structural, représente le défaut du signifiant, quelque chose - le phallus, Φ [grand phi] - peut fonctionner comme le signifiant. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qui définit comme signifiant, quelque chose dont nous venons de dire que par hypothèse, définition et au départ, c’est "le signifiant exclu du signifiant", donc qui ne peut y rentrer que par artifice, contrebande et dégradation et c’est bien pourquoi nous ne le voyons jamais qu’en fonction du φ [petit phi] imaginaire.

Qu’est-ce qui nous permet alors d’en parler comme signifiant et d’isoler Φ ? C’est le mécanisme pervers. Si nous faisons du phallus le schéma suivant, naturel, qu’est-ce qu’est le phallus ? Le phallus, sous la forme organique du pénis, n’est pas dans le domaine animal un organe universel. Les insectes ont d’autres manières de s’accrocher entre eux, et sans aller si loin, les rapports entre les poissons ne sont pas des rapports phalliques. Le phallus se présente au niveau humain entre autres comme le signe du désir, c’en est aussi l’instrument, et aussi la présence. Mais je retiens ce signe pour vous arrêter à un élément d’articulation essentiel à retenir : est-ce par là simplement qu’il est un signifiant ? Ce serait franchir une limite un petit peu trop rapidement, de dire que tout se résume à cela, car il y a tout de même d’autres signes du désir.

[…] Un signifiant, est-ce que c’est simplement "représenter quelque chose pour quelqu’un", soit la définition du signe ? C’est cela, mais non pas simplement cela. Car j’ai ajouté autre chose la dernière fois quand j’ai pour vous rappelé la fonction du signifiant, c’est que ce signifiant n’est pas simplement, si je puis dire, "faire signe à quelqu’un", mais dans le même moment du ressort signifiant, de l’instance signifiante : "faire signe de quelqu’un", faire que le quelqu’un pour qui le signe désigne quelque chose, faire que le signe s’assimile ce quelqu’un, que le quelqu’un devienne lui aussi ce signifiant.

Et c’est dans ce moment que je désigne, comme tel, expressément comme pervers, que nous touchons du doigt l’instance du phallus. Car, si le phallus qui se montre a pour effet de produire chez le sujet à qui il est montré aussi l’érection du phallus, ce n’est pas là condition qui satisfasse en quoi que ce soit à quelque "exigence naturelle".

[…] C’est pour autant que le résultat c’est que le phallus comme signe du désir se manifeste en somme comme objet du désir, comme objet d’attrait pour le désir. C’est dans ce ressort que gît sa fonction signifiante comme quoi il est capable d’opérer à ce niveau, dans cette zone, dans ce secteur où nous devons à la fois l’identifier comme signifiant, et comprendre ce qu’il est ainsi amené à désigner.

Ce n’est rien qui soit signifiable directement, c’est ce qui est "au-delà de toute signification possible", et nommément cette "présence réelle" sur laquelle aujourd’hui j’ai voulu attirer vos pensées, pour en faire la suite de notre articulation.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 26 avril 1961

[ place vide ] [ définition ] [ parlêtre ] [ petit autre-grand autre ] [ indicible ]

 
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difficulté de vivre

Un certain champ semble indispensable à la respiration mentale de l’homme moderne, celui où s’affirme son indépendance par rapport, non seulement à tout maître, mais aussi bien à tout dieu, celui de son autonomie irréductible comme individu, comme existence individuelle. C’est bien là quelque chose qui mérite en tous points d’être comparé à un discours délirant. C’en est un. Il n’est pas pour rien dans la présence de l’individu moderne au monde, et dans ses rapports avec ses semblables. [...]

Maintenant, comment ce discours peut-il être accordé non seulement avec le discours de l’autre, mais avec la conduite de l’autre, pour peu qu’il tende à la fonder abstraitement sur ce discours ? Il y a là un problème vraiment décourageant. Et les faits montrent qu’il y a à tout instant non pas seulement composition avec ce qu’effectivement chacun apporte, mais bien plutôt abandon résigné à la réalité. [...]

Assurément, nous avons, nous, beaucoup moins confiance dans le discours de la liberté, mais dès qu’il s’agit d’agir, et en particulier au nom de la liberté, notre attitude vis-à-vis de ce qu’il faut supporter de réalité, ou de l’impossibilité d’agir en commun dans le sens de cette liberté, a tout à fait le caractère d’un abandon résigné, d’une renonciation à ce qui est pourtant une partie essentielle de notre discours intérieur, à savoir que nous avons, non seulement certains droits imprescriptibles, mais que ces droits sont fondés sur certaines libertés premières, exigibles dans notre culture pour tout être humain. [...]

Chacun se pose à tout instant des problèmes qui ont d’étroits rapports avec ces notions de libération intérieure et de manifestation de quelque chose qui est inclus en soi. De ce point de vue, on arrive très vite à une impasse, étant donné que toute espèce de réalité vivante immergée dans l’esprit de l’aire culturelle du monde moderne tourne essentiellement en rond. C’est pourquoi on revient toujours sur le caractère borné, hésitant, de son action personnelle [...]. Chacun en reste au niveau d’une contradiction insoluble entre un discours, toujours nécessaire sur un certain plan, et une réalité, à laquelle, à la fois en principe et d’une façon prouvée par l’expérience, il ne se coapte pas. [...]

N'est-il pas manifeste que l’expérience analytique s’est engagée sur ce fait qu’en fin de compte, personne, dans l’état actuel des rapports interhumains dans notre culture, ne se sent à l’aise ? Personne ne se sent honnête à simplement avoir à faire face à la moindre demande de conseil, si élémentaire qu’elle soit, empiétant sur les principes. [...]

C’est précisément d’un renoncement de toute prise de parti sur le plan du discours commun, avec ses déchirements profonds, quant à l’essence des mœurs et au statut de l’individu dans notre société, c’est précisément de l’évitement de ce plan que l’analyse est partie. Elle s’en tient à un discours différent, inscrit dans la souffrance même de l’être que nous avons en face de nous, déjà articulé dans quelque chose qui lui échappe, ses symptômes et sa structure [...]. La psychanalyse ne se met jamais sur le plan du discours de la liberté, même si celui-ci est toujours présent, constant à l’intérieur de chacun, avec ses contradictions et ses discordances, personnel tout en étant commun, et toujours, imperceptiblement ou non, délirant. La psychanalyse vise ailleurs l’effet du discours à l’intérieur du sujet.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre III", "Les psychoses", éditions du Seuil, 1981, pages 212-215

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Ajouté à la BD par Coli Masson