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parentalité

L'enfant ne reçoit de la mère que parce que la mère a reçu de l'enfant.

On oublie qu'un enfant apporte une force fantastique à un adulte.

On croit que la mère donne comme si c'était à une poupée devenue vivante ; c'est la vie même qui l'a habitée qui lui a donné cette force fantastique morale qui se métabolise en sentiments maternels.

C'est l'enfant qui crée la mère.

La mère donne naissance à l'enfant que son homme lui a permis de mettre au monde ; situation triangulaire ; l'enfant apporte à sa mère une force qu'elle lui rend sous forme d'amour.

En ce moment, ce qui est terrible, c'est que les parents pensent : "Avoir un enfant, on ne pourra jamais, la vie est trop difficile ; on n'a pas d'argent, pas de place, pas de travail ... comment fera-t-on ?"

Ils ne pensent pas que l'enfant amène avec lui une grande force.

Certains recourent à l'IVG.

Je trouve cette histoire de l'IVG soi-disant légalisée terrible.

C'est tout à fait différent de dépénaliser l'aide à une femme à ne pas laisser venir son enfant à terme que de légaliser l'avortement.

Dépénaliser, c'était indispensable parce qu'il n'y avait que les personnes riches qui pouvaient se faire avorter sans le risque de devenir infirmes et stériles pour la vie.

Mais légaliser l'avortement est une folie décadente pour une société : c'est stupide, cela veut dire qu'elle est bien malade.

C'est fou la force qu'un enfant apporte à ses parents.

C'est une chose qui n'est pas assez dite.

Toutes les personnes qui ont eu des enfants au milieu de difficultés considérables, économiques ou autres, vous diront que l'enfant leur donne la force de traverser quantité d'épreuves.

Avant d'avoir un enfant ils disent : "On n'aura plus de liberté !", mais quand l'enfant est là ils n'ont plus envie de leur liberté, tellement il remplit leur existence de la joie de vivre, d'être avec lui, bien sûr à condition qu'ils soient suffisamment adultes pour être prêts à vivre cette expérience unique pour le premier enfant et qui se répète pour les enfants suivants.

"L'adulte doit donner", dites-vous ; mais non : il se trouve que l'adulte donne parce que l'enfant lui a donné.

Auteur: Dolto Françoise

Info:

[ problèmes dérisoires ] [ moteur ] [ motivation ]

 

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hommes-femmes

Je voudrais encore vous parler des pulsions de mort et des pulsions de vie, parce que je crois que certains parmi vous sont intéressés par la psychanalyse.

Ces questions de pulsions de mort sont les choses dont on parle le moins. Or, la femme représente pour l'homme celle qui figure les pulsions de mort. Car, il est vrai, la femme soutire à l'homme sa puissance, excite l'homme, du fait qu'elle a des enfants, à travailler et à rapporter provende à la maison, et est ressentie après le coït comme la représentante des pulsions de mort chez l'homme. En dehors des moments de désir sexuel qu'il y a entre eux, elle est très souvent ressentie comme la castratrice, c'est-à-dire celle qui soutire des énergies qu'il pourrait employer ailleurs.

C'est pour cela qu'elle est pour lui représentante des pulsions de mort — d'ailleurs les Parques ne sont-elles pas des femmes ? — puisque, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est la mère jusqu'à cinq, six ans, âge de l'autonomie de l'enfant, qui est celle qui coupe le fil.

[...]

C'est pour cela que la mère, la femme à la suite de la mère, les femmes sont, pour les hommes, représentatives de la mort.

Ainsi, quand ils sont, eux, envahis de non-vie, de non-agression, de cette espèce d'étang d'eau qui monte et qui empêche toute envie d'aller vers l'extérieur, au moment où l'homme se sent devenir passif, plein de besoins, de pulsions passives d'attraction de la femme, si elle vient le secourir, il sent de nouveau le danger : "C'est qu'elle vient quand je suis aplati, donc elle m'aime quand je suis aplati."

Vous voyez toutes ces raisons pour lesquelles les femmes représentent pour les hommes la pulsion de mort, parce qu'elles sont aussi très passives et que, lorsqu'ils s'identifient à elles, ils sentent qu'ils vont perdre comme autrefois quand ils s'identifiaient à leur mère.

Les femmes sont vraiment un danger pour les hommes, pas seulement fantasmatique mais un danger même à leur contact trop fréquent. Et c'est aussi une des choses qui est à l'origine de tant de chassés-croisés dans les couples, parce qu'on vit trop ensemble et que les femmes n'ont pas su comprendre qu'il fallait que l'homme prenne du large assez souvent, parce que le rapprochement trop fréquent crée l'angoisse que la femme soutire les forces vives de l'homme.

Auteur: Dolto Françoise

Info: Sur la féminité (1968)

[ menace ] [ différences ]

 

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double nature

Le problème qui se pose à Jésus est double : "Ma mission n’est pas que les gens vivent de ce que, moi, je sois là avec mon corps charnel, ou meurent parce que je ne suis plus là avec mon corps charnel. C’est la foi en Dieu et l’amour les uns pour les autres qui doit les faire vivre."

Il y a donc échec possible si on l’aime, lui, au lieu de croire en lui, en ses paroles, en sa mission. Voilà, me semble-t-il, le premier aspect de son problème.

Le second aspect lui est corrélatif. Il est le Chemin et la Vie. Il ne peut pas retenir à lui, par son humanité, ce qui serait une sorte de séduction leurrante. Il est homme, il a des affects positifs, il donne donc de son amour humain à l’être humain. Mais il aime les hommes dans leur devenir et non dans une fixation interpersonnelle narcissique.

Son amour est évolutif. Il se veut dynamogène d’amour en chaîne entre les êtres humains, ses frères et sœurs en Dieu. Si son être de chair ne servait à ceux qui l’aiment que de miroir où ils retrouveraient leur propre présence aimée, sa mission évolutionnaire d’un judaïsme renouvelé serait manquée.

La Nouvelle Alliance qu’il est venue révéler aux hommes ne serait pas scellée en leur cœur, le message serait obéré par la chair de son corps, médiateur par ses actes et ses dires de la parole de Vie.

Sa parole doit, lui absent, demeurer présente, aussi vivace au cœur de ceux qui l’ont reçue que s’il était avec eux partageant leur vie quotidienne.

Les sœurs de Lazare reprochent au Christ son abandon. Leur frère en est mort. Ce reproche est la pierre de touche d’un "malentendu" dans l’amour – quant à son niveau – que Lazare avait pour la personne de Jésus plus que pour ses paroles.

[…] Lazare, désespéré d’être séparé de Jésus comme un bébé du sein de sa mère, se laisse mourir. Lazare a, en fait, besoin de Jésus. Son amour pour Jésus est amour de dépendance charnelle. Si Jésus l’a oublié comme il le croit, ou si Jésus préfère sa mission (ou sa sécurité), il n’a plus foi en lui ni en ses paroles.

[…] Jésus est tenté à certains moments d’être un homme comme les autres, d’être chef politique, d’être riche, d’être puissant… et pourquoi pas, aussi, d’être aimé pour lui-même. Le démon n’est pas le seul tentateur. Tout amour humain peut l’être aussi.

Ce qu’il y a d’humain en lui, Jésus de Nazareth, est soumis, comme en nous tous, à ces modes d’amour en miroir auxquels, depuis l’enfance, nous sommes conditionnés.

Auteur: Dolto Françoise

Info: L'évangile au risque de la psychanalyse, tome 1, éditions du Seuil, 1977, pages 121 à 124

[ christianisme ] [ charité ] [ objet a ] [ confusion ] [ résurrection ] [ sauveur ] [ naturel-surnaturel ]

 

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semblables

L’enfant qui se mire dans ses aînés est suscité à se développer à leur image. Il construit son identité progressivement par des identifications successives. Caïn et Abel, déjà, c’est une histoire de miroir, mais laissons cela, ce n’est pas notre propos. Se mirant dans ses parents, après qu’il s’est découvert sexué, l’enfant brigue de jouer le rôle de l’adulte de son sexe qu’il aime vis-à-vis de l’adulte de l’autre sexe aimé de lui. Ainsi apparaît entre l’enfant et ses parents le conflit qu’en psychanalyse on nomme, depuis Freud, le complexe d’Œdipe et sa crise résolutoire de fait de l’angoisse liée à la rivalité meurtrière dont l’enfant se croit menacé dans son désir incestueux. En renonçant à ce désir incestueux, il découvre la richesse des liens chastes d’aimance et de soutien avec ceux de sa parenté. L’identité s’affirme par l’abandon du miroir magique des identifications stérilisantes à la vie et au désir des autres. Il entre dans le système des échanges.

L’enfant qui, dans la douleur, a rompu avec sa pensée magique qui le faisait s’imaginer participant de la supposée toute-puissance du géniteur de son sexe (qu’il suffisait d’écarter pour jouir de ses prérogatives auprès de son géniteur de l’autre sexe qui, l’aimant, ne pouvait donc que le désirer) choirait dans la déréliction si l’existence de la loi de la prohibition de l’inceste pour tous ne venait à son secours. Elle lui révèle en effet que père et mère, humains de toutes races, étaient comme lui – à la différence des animaux – soumis à cette loi universelle. Quittant alors ses rêves d’enfance, accueilli par la société, initié à ses lois, il se découvre droits et devoirs en miroir avec les autres de sa classe d’âge et de son sexe. Avec la nubilité, initié au travail qui lui permet de conquérir sa subsistance, il se cherche compagne ou compagnon de vie pour le désir charnel et l’accomplissement de sa génitude dans la fécondité avec l’autre (ou les autres) nécessaire(s) à l’accomplissement de son œuvre de chair et à l’éducation de ses enfants. Sa descendance. Le miroir à nouveau dans ces rencontres et dans sa descendance lui sera piège, car toujours le désir en s’accomplissant demande son plaisir. La chair et le cœur sont exigeants et l’être humain est jaloux de son identité fétichique tissée à son corps. Il se piège à l’image de son désir, qui se veut désir de l’autre, assuré contre la mort et sa déchéance ; il se piège dans la reconnaissance de ceux qu’il aime et qu’il veut s’attacher. Il fuit ceux qui lui rendent une image peu flatteuse de lui et ceux qui, s’il s’identifiant à eux, feraient déchoir l’image qu’il veut garder de lui et donner à voir aux autres.

[…] [Avec Jésus] Le miroir n’est pas aboli, il reste le ressort des agissements de ce monde, celui des sens. Mais Jésus nous révèle au-delà du royaume de ce monde (celui des mirages et des apparences), celui de la vérité.

Auteur: Dolto Françoise

Info: L'évangile au risque de la psychanalyse, tome 1, éditions du Seuil, 1977, pages 166 à 168

[ parents-enfants ] [ mimétisme ] [ autonomie ] [ castration ] [ croissance ] [ cycle de vie ] [ résumé ] [ reproduction ] [ imaginaire ] [ christianisme ] [ naturel-surnaturel ] [ déplacement subjectif ]

 

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légende

Je peux bien vous raconter – puisque tout le monde sait que je suis la mère de Carlos, le chanteur – que lorsque Jean (car c’est son vrai nom) était à la maternelle, il m’a dit un jour : "Mais comment ça se fait que les Pères Noël, il y en ait tant ? Il y en a des bleus… il y en a des violets… il y en a des rouges !" On se promenait dans les rues et il y avait partout des Père Noël. Alors je lui ai dit : "Mais, tu sais, le Père Noël, celui-là, je le connais, c’est Untel" ; c’était l’un des employés d’une maison de jouets, ou d’une pâtisserie, qui s’était déguisé en Père Noël. "Tu vois, il s’est déguisé en Père Noël, et l’autre aussi c’est un vendeur du magasin déguisé en Père Noël." Il m’a demandé : "Mais alors, le vrai ?" - Le vrai, il n’est que dans notre cœur. C’est comme un lutin géant qu’on imagine. Quand on est petit, on est content de penser que des lutins, ou des géants, ça peut exister. Tu sais bien que les lutins, ça n’existe pas. Les géants des contes non plus. Le Père Noël, il n’est pas né, il n’a pas eu un papa, une maman. Il n’est pas vivant ; il est vivant seulement au moment de Noël, dans le cœur de tous ceux qui veulent faire une surprise pour fêter les petits enfants. Et toutes les grandes personnes regrettent de ne plus être des petits enfants ; alors, elles aiment bien continuer à dire aux enfants : "C’est le Père Noël" ; quand on est petit, on ne sait pas faire la différence entre les choses vraies vivantes et les choses vraies qui se trouvent seulement dans le cœur." Il écouta tout cela et me dit : "Alors, le lendemain de Noël, il ne va pas s’en aller dans son char, avec ses rennes ? Il ne va pas remonter dans les nuages ? – Non, puisqu’il est dans notre cœur. – Alors, si je mets mes souliers, il ne me donnera rien ? – Qui ne te donnera rien ? – Il n’y aura rien dans mes souliers ? – Mais si. – Mais alors, qui l’aura mis ?" Je souris. "C’est toi et papa qui y mettrez quelque chose ? – Oui, bien sûr. – Alors moi, je peux être aussi le Père Noël ? – Bien sûr, tu peux être le Père Noël. Nous allons mettre nos souliers, ton père, moi et Marie. Tu mettras des choses dedans. Et puis, toi, tu sauras que c’est toi le Père Noël pour les autres. Et moi, je dirai : Merci, Père Noël ; ce sera toi qui auras eu le merci, mais je ferais comme si je ne savais pas. Pour ton père, je ne lui dirai pas que c’est toi, ce sera une surprise aussi." Il était enchanté, ravi, et il me dit en revenant de promenade : "C’est maintenant que je sais qu’il n’existe pas pour de vrai, que c’est vraiment bien, le Père Noël."

L’imagination et la poésie enfantines ne sont ni crédulité, ni puérilité, mais de l’intelligence dans une autre dimension.

Auteur: Dolto Françoise

Info: Dans "Lorsque l'enfant paraît", tome 1, éditions du Seuil, 1977, pages 95-96

[ explication ]

 

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charité

Qui est le prochain ? C’est le Samaritain pour ce pauvre homme battu, volé, dépouillé. C’est le Samaritain qui s’était comporté comme son prochain. Le Christ demande donc au blessé de la route d’aimer ce Samaritain sauveur et de l’aimer comme lui-même.

C’est à celui qui a été sauvé que Jésus enseigne l’amour. Toute sa vie il aimera l’homme dont il a reçu attention, assistance et secours matériels, celui sans qui il serait mort. Jamais il ne devra oublier cet homme qui l’a remis en selle.

[…] Toute notre vie, d’après le Christ, nous avons à reconnaître une dette vis-à-vis de qui nous a épaulés dans un moment où, seuls, nous n’aurions pas pu continuer notre chemin. Que nous le connaissions ou pas, nous sommes en dette vis-à-vis de qui nous secourt dans nos moments de détresse.

[…] Le modèle "samaritain" de cet évangile laisse l’autre libre. Il se retire de notre chemin et continue le sien. Cette dette d’amour, de reconnaissance que nous avons envers le connu ou l’inconnu qui nous a aidé, nous ne pouvons la régler qu’en faisant de même avec d’autres.

[…] Quand tu es "samaritain", dit le Christ, tu dois ignorer et la dette et la reconnaissance.

C’est désintéressé, quand celui qui a accompli un geste généreux n’en a plus aucun souvenir. Il n’a pas à en chasser le souvenir. C’est accompli.

C’est un acte de sublimation génitale. C’est comme la mère qui accouche. C’est un acte d’amour. C’est donné. C’est comme dans un coït d’amour, c’est donné.

Mais qui s’en souviendra ? L’enfant. Il est en dette d’une vie, en dette de refaire la même chose avec ses enfants ou ses compagnons de vie. Mais non par "devoir", non par "justice". C’est un courant d’amour. S’il est stoppé, c’est la mort.

Combien de fois n’entend-on pas des gens convaincus d’avoir été charitables ou d’avoir donné, reprocher ensuite aux autres de manquer de reconnaissance […].

Ce n’est pas au "samaritain" que la reconnaissance est directement manifestée. On pense à ce qu’il a fait pour nous, et on agira de même avec un autre.

Si celui qui a été "charitable" garde en lui une exigence vis-à-vis de celui qu’il a un jour aidé, s’il en attend de la reconnaissance, il prouve qu’il cherchait à acheter quelqu’un et qu’il n’était donc pas "samaritain".

[…] Notre prochain, c’est tous ceux qui, à l’occasion du destin, se sont trouvés là quand nous avions besoin d’aide, et nous l’ont donnée, sans que nous l’ayons demandée, et qui nous ont secourus sans même en garder le souvenir. Ils nous ont donné de leur plus-value de vitalité. Ils nous ont pris en charge un temps, en un lieu où leur destin croisait notre chemin.

Notre prochain, c’est le "toi" sans lequel il n’y aurait plus en nous de "moi", dans un moment où, dépouillés de ressources physiques ou morales, nous ne pouvons plus nous paterner ni nous materner nous-mêmes, nous ne pouvons plus nous assister, nous assumer, nous soutenir ou nous diriger.

Tous ceux qui, comme des frères et de façon désintéressée, nous ont pris sous leur responsabilité, jusqu’à la réfection de nos forces, puis nous ont laissés libres d’aller notre chemin, ont été notre "prochain".

Auteur: Dolto Françoise

Info: L'évangile au risque de la psychanalyse, tome 1, éditions du Seuil, 1977, pages 149 à 152

[ semblable-prochain ] [ parabole ] [ communion des saints ] [ gratuit ] [ circularité ] [ désir ] [ interprétation psychanalytique ]

 

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charité

Je t’ai donné et tu ne m’as rien rendu. Je n’en ai pas eu le bénéfice. Mais toi, tu as eu le bénéfice de savoir que tu es aimé et que tu aimes. Alors jaillit un lien nouveau de nouvelle alliance, une "alliance" d’amour entre les êtres sans bénéfice commercial.

Le Samaritain a donné sans rien recevoir en retour et le blessé pourra en faire autant avec d’autres.

"Va et fais de même", dit Jésus. "Aime ton prochain comme toi-même", c’est-à-dire : "N’oublie jamais cette plus-value de vitalité dont ton prochain t’a fait don, sans s’appauvrir lui-même. En passant, il t’a permis de reprendre, debout, ton chemin".

[…] Rayonner sans être appauvri, c'est le don juste dont sont capables seulement les êtres qui ont le cœur libre et ouvert. C'est aussi une métaphore, dans la vie adulte, de l'amour chaste et secourable des parents pour les petits d'hommes alors que ceux-ci sont dans leur naturelle impuissance corporelle.

[…] S'ils sont vraiment parents, ils agissent ainsi sans même avoir le sentiment qu'ils font un sacrifice : ils ne peuvent pas faire autrement.

Leur attitude serait pervertie si, ayant accompli leur désir de parents, ils demandaient à leurs enfants d'avoir de la reconnaissance. Les parents ont donné l'exemple ; aux enfants, devenus parents, de faire de même à l'égard de leurs enfants.

[…] On pourrait dire aussi : "Notre âme, c'est l'autre." Chacun pris individuellement ne peut rien connaître de son âme. Jamais nous ne saurons si nous avons une âme. L'âme que nous sentons confusément, le vibrant point focal ultime de notre supposée identité, bref, l'âme que nous "avons", est dans l'autre. Sinon il n'y aurait même pas de parole ni de communication.

Si la participation mystérieuse de l'être à laquelle "je" prétends n'était pas venue d'un autre —, père, mère, pour commencer —, puis entretenue et reconduite par des compagnons de route, je ne participerais plus à l'être.

[…] Chacun veut sauver sa petite âme, son petit avoir, alors que ce que nous avons c'est l'autre. "Qui veut sauver son âme, la perdra, a dit le Christ, et qui la perdra, la sauvera."

Alors pourquoi parler d'âme à sauver ? Mots insensés, étrangers au message de la Nouvelle Alliance et étranger à la psychologie la plus élémentaire.

Cette manie de sauver son âme a correspondu à un moment dans l'Église où elle fut, pourrait-on dire, condamnée par la philosophie d'une époque. Celle où le philosophe disait : "Je pense donc je suis." Autre parole insensée et morte !

En effet, je ne peux penser qu'avec les mots d'autrui. Dans le temps et dans l'espace, il y a une rencontre d'un être vivant et des paroles reçues des autres qu'il assemble et répète pour lui-même. Mais de qui a-t-il pris son existence, de qui a-t-il appris à vivre ? Face à qui dit-il "je" ? Où est "je" qui pense ?

On devrait dire : "Ça pense et moi l'exprime." Si je te sais m'entendre, je me sais parlant. Sans toi je n'ai pas d'existence. Mais l’existence n’est pas tout de l’être, l’existence n’en est qu’un phénomène perceptible.

L’existence d’un homme n’est-elle pas l’ombre de l’Être ? Et ce que nous appelons notre âme n’est-ce pas notre lumineux et invisible fétiche identitaire ?

Auteur: Dolto Françoise

Info: L'évangile au risque de la psychanalyse, tome 1, éditions du Seuil, 1977, pages 163 à 165

[ semblable-prochain ] [ communion des saints ] [ interprétation psychanalytique ] [ parabole ] [ circularité ] [ parents-enfants ] [ interdépendance ] [ altérité ] [ question ]

 

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nom-du-père

[à propos de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, évangile selon Saint Luc, 7, 11-16]

D’une voix naturelle, sur le ton d’un homme qui parle sans éclat, Jésus s’adresse au gisant : "Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi". Aussitôt, le mort s’asseoit, surpris de tout cet appareil, de ces gens qui l’entourent, de cette boîte dans laquelle il est assis. Il regarde autour de lui, étonné. Il voit sa mère, dans une expression telle qu’elle lui révèle un visage jusqu’alors inconnu de lui.

Et qui donc est cet homme près de lui, qui vient de l’éveiller d’un monde d’où il revient – sans savoir que le rien dont il sort s’appelait la mort ?

Alors que, dans la maladie, il se sentait un enfant qui avait oublié son âge, dans le halo de fièvre qui embuait sa conscience, voilà que c’est jeune homme qu’il s’éveille, par l’effet surgissant qu’une voix d’homme intime à son cœur.

[…] L’homme est là. L’adolescent est par lui fasciné. Les yeux fixés dans le regard de Jésus qui parle à son âme, il entend qu’il est délivré une seconde fois, coupé pour toujours de la dépendance magique qui le retenait à sa mère, à la mort.

Une voix d’homme l’appelle et ordonne en son larynx et en ses génitoires la mue de l’adolescence. Son désir est délivré de l’attraction fatale à suivre la voie que lui avait dictée, en désertant son foyer, son père mort trop tôt.

Sa virilité de fils rendue à sa puissance lui revient, à cet orphelin depuis l’enfance, pour qui sa mère était devenue sa compagne, conjointement orpheline. Son option d’adolescent appelé à la vie chante des promesses d’amour.

L’ordre du désir, rendu à la vie symbolique, a passé sur le groupe.

"Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi", dit Jésus. L’adolescent fait signe aux porteurs – c’est lui qui fait signe aux porteurs ! – qui posent à terre le cercueil. Et le jeune homme, en sa pleine stature, laisse rayonner le sourire joyeux qui s’était éteint aux lèvres du petit garçon malade, qui dévivait jusqu’à en mourir.

[…] Jésus a tracé le point de non-retour aux fantasmes conjugués de la mère et de son enfant, attribut d’elle. Ce fils était devenu pervers par son désir voué au faire-plaisir à la femme qui l’a engendré ; désir qui, peut-être, soutient d’ailleurs l’idée qu’on lui donne de son devoir.

Le devoir de cet enfant n’était-il pas, aux yeux de la foule, de se vouer à sa mère, pour son utilité à elle ? Il avait à être son bâton de vieillesse.

C’est à sa liberté d’homme que cette voix mâle, lucide, calme et ferme l’a éveillé. Jésus éveille dans l’enfant d’un père mort le futur homme, et avec l’homme il l’éveille à sa descendance, à son destin fécond. Dans la mort il l’arrache à l’appel qu’il entendait de son père. Ce père dont la voix avait résonné à ses oreilles dans sa jeune enfance était son moi idéal. Par la mort, en quittant sa mère, c’est son père qu’il allait retrouver.

[…] Oui, l’absence de son père entre lui et sa mère avait pétrifié d’impuissance son désir. Cet enfant unique face à sa mère abandonnée ne pouvait, guidé et entouré que par elle, conquérir son destin fécondateur, géniteur, car sans le savoir, elle lui barrait les avenues de son destin.

En effet, ce fils devait panser sa douleur, combler en son cœur le vide laissé par son époux, pallier le manque de tendresse que cette femme n’attendait plus d’aucun homme. Il allégeait sa détresse de femme en se vouant à elle, dont le désir génital refoulé interdisait au jeune garçon les joies et projets de son âge. Le climat confiné de ce couple fils-mère était devenu morbide et leur désir à tous deux, à leur insu, régressivement incestueux.

Auteur: Dolto Françoise

Info: L'évangile au risque de la psychanalyse, tome 1, éditions du Seuil, 1977, pages 80 à 85

[ interprétation psychanalytique ] [ fonction paternelle ] [ altérité ] [ libération ] [ mère-fils ] [ thaumaturge ]

 
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