Relations de bon voisinage : les bonobos offrent un aperçu des alliances humaines d'antan
Les êtres humains sont capables de former des alliances stratégiques avec d'autres humains au-delà de leur cercle familial ou de leurs proches. Selon une étude publiée dans le journal Science, ils ne sont pas les seuls.
Les bonobos font équipe avec des étrangers dans des domaines variés, comme pour faire leur toilette, partager leur nourriture, voire forger des alliances contre des agresseurs sexuels. Liran Samuni, auteure principale de l'étude, explique qu'étudier les primates revient à ouvrir "une fenêtre sur notre passé" en fournissant des indices sur la manière dont les humains se sont mis à collaborer à plus grande échelle.
Un "altruisme réciproque" envers leurs semblables
Les bonobos (Pan paniscus) sont avec les chimpanzés (Pan troglodytes) les êtres vivants les plus proches de l'espèce humaine. Bonobos et chimpanzés sont également très proches.
Les relations entre chimpanzés, qui peuvent déboucher sur des violences mortelles, sont très étudiées, à la différence des interactions entre bonobos, une espèce en danger et difficile à observer. A cause des conclusions sur les chimpanzés, certains chercheurs ont déduit que l'hostilité contre l'étranger était intrinsèque à la nature humaine, même cachée sous le vernis des normes sociales.
Liran Samuni et Martin Surbeck se sont concentrés sur deux petits groupes de bonobos de 11 et 20 adultes.
Ils ont constaté qu'ils passaient 20% de leur temps ensemble, à manger, se reposer, se déplacer.
Les chercheurs ont également observé que la coopération entre les deux groupes était essentiellement impulsée par quelques individus, qui avaient déjà tendance à être les plus coopératifs à l'intérieur de leur propre groupe. Ces individus entraient en relation avec les bonobos sociables de l'autre groupe, créant un système de bénéfice mutuel ou "altruisme réciproque".
Les femelles unies contre la violence sexuelle
Les scientifiques ont également constaté que les femelles, au sein de leur propre groupe ou alliées avec celles de l'autre groupe, formaient des coalitions pour chasser un individu d'un arbre fruitier ou empêcher l'avance sexuelle non désirée d'un mâle. "Nous ne voyons pas chez les bonobos la coercition sexuelle, fréquente chez les chimpanzés."
Pour les auteurs, cette étude offre un "scénario alternatif" à celui qui voudrait que la coopération aille à l'encontre de la nature humaine ou qu'elle naisse des connexions entre familles élargies. Mais "cela ne signifie pas que la reconstruction du passé humain doit être fondée uniquement sur les bonobos", juge Joan Silk, scientifique de l'Université d'Etat de l'Arizona.
Les chimpanzés sont plus proches de l'homme par d'autres aspects : ils se servent plus d'outils et chassent des proies animales. Les chimpanzés mâles forment des liens étroits avec d'autres mâles et soutiennent leurs agressions tandis que les bonobos mâles forgent des liens forts avec les femelles.
Comprendre le processus de sélection qui a abouti à ces divergences "pourrait aider à élucider comment et pourquoi les hommes sont devenus des primates si surprenants", conclut-elle.
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Info: https://www.science.org/doi/10.1126/science.adl1813, nov 2023
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