anti stoïcisme

En effet, en ce séjour de misère où nous sommes, demeurer inaccessibles à tout sentiment de douleur c’est, comme le remarque l’un des sages mêmes du siècle, un état que l’on ne saurait acheter qu’au prix d’une merveilleuse stupidité d’âme et de corps. Ainsi ce que les Grecs appellent apathie, ἀπάθεια, dont le synonyme latin ne pourrait être que impassibilité, cette apathie, qu’il faut entendre de l’âme et non du corps, si elle représente un état dégagé de ces affections qui s’élèvent contre la raison et troublent l’esprit, elle est une chose bonne et désirable, mais elle n’appartient pas à cette vie. Car ce n’est pas la voix d’un homme vulgaire entre les hommes, c’est la voix de plus éminents en piété, en justice, en sainteté qui parle ainsi : "Si nous nous prétendons exempts de péché, nous sommes nos propres séducteurs et la vérité n’est pas en nous" [1 Jn 1, 8]. Cette apathie ne sera donc en vérité qu’au moment où le péché ne sera plus dans l’homme. C’est assez maintenant de vivre sans crime : celui qui se croit pur éloigne de lui non le péché, mais le pardon. Si donc il faut appeler apathie l’insensibilité complète de l’âme, qui ne voit que cette insensibilité est le plus grand de tous les vices ? Or, il n’est pas absurde de prétendre que la parfaite béatitude écarte tout aiguillon de crainte, tout voile de tristesse, mais pour en exclure l’amour et l’allégresse, ne faut-il pas être entièrement séparé de la vérité ?

Auteur: Saint Augustin Aurelius Augustinus

Info: La cité de Dieu, volume 2, traduction en latin de Louis Moreau (1846) revue par Jean-Claude Eslin, Editions du Seuil, 1994, page 163

[ critique ] [ pseudo sagesse ] [ temporel-éternel ] [ condition humaine ] [ humilité ] [ réalisation spirituelle imaginaire ]

 

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