Lorsque la mère, par angoisse, a contrarié en le comblant la recherche personnelle des plaisirs de l’enfant en quête de satisfactions "bradées" par son inventivité autour de besoins, c’est le déclenchement du processus d’agressivité. L’enfant a besoin de sécurité. À tort, la mère croit qu’elle la lui donne en lui donnant tout ce qu’il a l’air de vouloir. Cette sécurité, il ne peut en fait la tenir que de quelqu’un qui suscite en lui un progrès quotidien, qui lui parle de ses désirs, et qui lui parle de ce qui l’intéresse : "Tu regardes la lumière ; on l’éteint ; tu vois, la lumière est éteinte ; la lumière est allumée ; c’est le petit bouton que je manie ici…" Et, à un bébé, on peut lui faire manier le bouton en lui disant : "Tu éteins, tu rallumes", il sait alors qu’il est maître d’une perception. Il ne sait pas très bien comment, mais sa mère le lui a enseigné, par les mots, et quand il entendra allumer la lumière et qu’il verra que la lumière s’allume, ou s’éteint, il saura qu’il y a eu une médiation humaine pour le faire ; au lieu de croire à la magie, ou à la toute-puissance maternelle. L’agressivité de certains individus de notre ethnie s’éclaire dès lors que l’on sait qu’aucune verbalisation venant de la mère ou du père ne les a initiés au fait que c’est le désir qui est à l’origine de leur existence. Presque toujours, tous les enfants sont instruits d’un fonctionnement des corps à l’origine de leur existence, et non pas d’une option désirante entre deux êtres, ce désir qui crée la vie et l’énigme de son propre être. Même s’il n’a pas été "programmé", voulu par ses géniteurs, tout être, du fait qu’il naît, c’est qu’il a désiré naître. Et on se doit de l’accueillir ainsi : "Tu es toujours né d’un désir inconscient… et, d’autant plus que tu n’as pas été consciemment souhaité, désiré par tes parents, et que te voilà vivant d’autant plus que tu es sujet de désir. Tu es d’autant plus sujet de ton être de désir que tu n’étais pas objet de leur attente au cours de leur étreinte, que la conception a été une surprise pour tes parents, mais qu’ils t’ont permis d’aller jusqu’au bout." C’est l’enfant-désir : lui a désiré naître, alors que ses parents ne savaient pas qu’il désirait enfanter, il est désir toujours, amour souvent, "charnalisé". Chaque être humain est ainsi verbe incarné (exactement ce que l’on dit de Jésus-Christ). En effet chaque être humain mérite cette même définition au moment de sa conception. S’il n’a pas été programmé, il y a moins de chance que la mère se l’approprie et s’identifie à lui. En tout cas, il a eu au moins trois semaines sinon un mois à deux mois (avant qu’elle n’ait ses prochaines règles) à n’être vivant connu que de lui, signifiant du désir inconscient de ses deux géniteurs. Les enfants qui ont été désirés et conçus, après longue attente de leurs parents, n’ont pas cette puissance vitale de vie secrète à l’insu de tous puisqu’ils satisfont le désir de leurs parents. C’est l’enfant surprise, inattendu, qui est le prototype de l’être humain le plus riche de sa seule dynamique vitale, sans auxiliaire en alerte au départ de son existence.
Années: 1908 - 1988
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: F
Profession et précisions: psychologue
Continent – Pays: Europe - France