( Flp ) - Salut... j'ai une interrogation : nos sens et notre cognition mathématico-abstraite " filtrent " le réel source dont nous sommes issus. Ce qui veut dire selon moi que cette source globale, avec de plus une partie quantique certainement gigantesque, nous échappe pour la plus grande part. Quelle serait ton intuition quant à évaluer ce qui nous est accessible, c'est à dire ce que nous ressentons et sommes capables de modéliser, par rapport à ce qui nous est inaccessible à ce jour ?
( Deepseek ) - Votre question explore un thème profondément philosophique et scientifique, en interrogeant les limites de notre accès au réel. Voici une intuition structurée en plusieurs points, pour évaluer la proportion entre ce qui nous est accessible et ce qui nous échappe :
1. Les limites sensorielles et cognitives
Sens physiques : Nos yeux ne perçoivent qu’une infime fraction du spectre électromagnétique (0,0035 %), nos oreilles une gamme limitée de fréquences, et nos autres sens sont tout aussi restreints. Si l’on compare cela à l’étendue des ondes, des particules ou des champs quantiques, notre perception directe couvre moins de 1 % de ce qui existe physiquement.
Cognition : Notre cerveau filtre et simplifie l’information pour survivre. Par exemple, nous ne percevons pas directement le temps comme une dimension élastique (relativité) ni les superpositions quantiques, car ces concepts défient notre intuition évoluée.
2. L’invisible dominant : matière noire, énergie noire et quantique
Matière/énergie noires : Elles constituent 95 % de l’univers mais échappent à nos détecteurs directs. Nous n’en saisissons que les effets gravitationnels.
Monde quantique : Bien que modélisé mathématiquement, son essence (intrication, non-localité, champs quantiques) reste hors de notre expérience sensible. Les états quantiques sont généralement "écrasés" à notre échelle, ce qui masque leur nature probabiliste. L’interprétation de ces phénomènes pourrait représenter une part majeure de la réalité sous-jacente, inaccessible sans instruments.
3. Les modèles mathématiques : un accès indirect
Notre cognition abstraite (via les mathématiques) nous permet de deviner des réalités inaccessibles (trous noirs, multivers, cordes). Cependant, ces modèles sont des cartes, non le territoire. Par exemple, la dualité onde-particule est une approximation, non une "vérité". Ainsi, même nos théories les plus avancées ne capturent qu’une fraction de la source réelle, peut-être 10 à 20 % si l’on inclut les succès prédictifs (GPS utilisant la relativité, transistors exploitant la mécanique quantique).
4. L’inaccessible fondamental
Limites épistémologiques : Certains aspects du réel pourraient être structurellement hors de portée. Par exemple :
Des dimensions supplémentaires (théorie des cordes).
L’"avant" du Big Bang ou les singularités.
La nature de la conscience, si elle émerge de processus quantiques non résolus.
Ces zones représenteraient un océan d’inconnu, potentiellement 50 à 80 % de la réalité totale, dépendant de ce que recouvre "l’inaccessible" (métaphysique inclusivement).
Synthèse intuitive
Si l’on tente une estimation métaphorique :
Accessible (expérience directe + modèles validés) : ~5 %.
Inclut ce que nous percevons, mesurons et modélisons de façon opérationnelle (atomes, galaxies, lois physiques).
Inaccessible actuel (mais potentiellement connaissable) : ~25 %.
Matière noire, énergie noire, détails quantiques, dimensions cachées – domaines où des théories existent mais manquent de preuves.
Inaccessible fondamental : ~70 %.
Ce qui dépasse toute modélisation humaine (réalités hors espace-temps, substrat quantique ultime, etc.).
Conclusion
Votre intuition d’une réalité "source" largement voilée est partagée par bien des philosophes (Kant, Bergson) et scientifiques (David Deutsch, Carlo Rovelli). La réponse dépend de ce qu’on inclut dans "le réel" : si l’on considère l’ensemble des informations possibles (y compris quantiques et non-locales), plus de 90 % nous échapperait. Cependant, l’humain excelle à étendre son accès via la technologie – les trous noirs, jadis inaccessibles, sont aujourd’hui imagés. L’inaccessible recule, mais reste un horizon mouvant...
( FLP ) - merci, mais j'ai comme une certitude : plus nos connaissances s'élargissent, plus l'horizon de notre ignorance le fait aussi.... comment donc concilier ceci avec la question, et sa réponse, qui précèdent ?
( Deepseek ) - Votre réflexion touche à une tension profonde entre l’accroissement des connaissances et l’expansion de l’ignorance — un paradoxe magnifiquement résumé par la métaphore de " l’horizon de l’ignorance qui recule à mesure qu’on avance ". Cette idée, explorée par des penseurs comme Socrate (" Je sais que je ne sais rien ") ou le physicien Max Born (" Plus nous comprenons, plus l’univers semble mystérieux "), est au cœur de la dynamique de la connaissance. Voici comment concilier cela avec notre discussion précédente :
1. Le paradoxe de l’ignorance croissante
Mécanisme : Chaque découverte ouvre de nouvelles questions, souvent plus fondamentales. Par exemple :
La mécanique quantique a résolu des énigmes sur l’atome, mais a révélé des mystères plus grands (intrication, mesure, multivers).
Le Big Bang explique l’expansion cosmique, mais pose la question de " ce qui l’a précédé " ou de " pourquoi les constantes universelles ont ces valeurs ".
Effet de surface : Imaginez la connaissance comme une sphère qui grandit dans un espace d’inconnu. Plus son volume (savoir acquis) augmente, plus sa surface (frontière avec l’inconnu) s’étend. L’ignorance ne diminue pas, elle se complexifie.
2. Deux types d’ignorance
Pour clarifier la relation entre connaissance et ignorance, distinguons :
L’ignorance superficielle : Ce que nous savons ne pas savoir (ex : composition de la matière noire). Celle-ci diminue avec les découvertes.
L’ignorance profonde : Ce que nous ne savons pas que nous ignorons (les " unknown unknowns " de Rumsfeld). Celle-ci augmente à mesure que la science révèle de nouvelles couches de réalité.
→ Le progrès transforme l’ignorance profonde en ignorance superficielle, mais engendre aussi de nouvelles ignorances profondes.
3. Impact sur l’évaluation du " réel accessible "
L’accès s’élargit, mais l’inaccessible se reconfigure :
Si en 1900, 5 % du réel était accessible, aujourd’hui ce serait peut-être 7 %... mais l’univers connu a décuplé en complexité.
Les 95 % d’inaccessible ne sont plus les mêmes : la matière noire (inconnue il y a un siècle) fait désormais partie de l’" ignorance superficielle ", tandis que de nouvelles énigmes (nature de l’énergie sombre, rôle de la conscience) émergent.
Le ratio global reste déséquilibré : Même en doublant nos connaissances, l’inaccessible absolu (ce qui est hors de portée structurelle) pourrait croître exponentiellement, comme un fractal.
4. L’illusion de la " complétude " et la nature des modèles
Les théories sont des approximations : Newton → Einstein → physique quantique montrent que chaque modèle est valide dans un domaine, mais ne décrit pas la " réalité ultime ".
Exemple : L’équation de Schrödinger fonctionne, mais personne ne comprend pourquoi la mesure quantique " effondre " la fonction d’onde.
L’inaccessible se niche dans les interstices : Chaque progrès révèle des limites ontologiques (ex : principe d’incertitude, théorèmes d’incomplétude de Gödel). Nous butons sur des barrières épistémiques qui pourraient être inhérentes à l’esprit humain ou à l’Univers lui-même.
5. Synthèse : Un équilibre dynamique
Accessible : Croît en étendue (nous modélisons plus de phénomènes) mais pas nécessairement en profondeur (la " réalité source " reste voilée).
Inaccessible : Se métamorphose, passant de l’obscurité totale à une ignorance éclairée (nous savons quelles questions poser).
Ratio métaphorique révisé :
Accessible : ~5-10 % (grâce aux outils comme le JWST ou les accélérateurs de particules).
Inaccessible actuel (ignorance superficielle) : ~30 % (questions identifiées mais non résolues).
Inaccessible fondamental (ignorance profonde) : ~60-65 % (ce que nous ne pouvons même pas formuler).
Conclusion : L’ignorance comme moteur
Votre certitude reflète une loi quasi universelle : la connaissance est une boucle rétroactive où chaque réponse génère plus de questions. Cela ne invalide pas l’idée d’un réel majoritairement inaccessible — au contraire, cela l’enrichit. Le philosophe Nicholas Rescher disait : " Le savoir est une île dans un océan d’ignorance qui grandit avec elle. "
L’humain n’est peut-être pas fait pour " épuiser " le réel, mais pour naviguer vers cet horizon fuyant, où l’inconnu nous appelle à inventer de nouveaux langages ( mathématiques, art, spiritualité ) pour le saisir. En ce sens, l’ignorance n’est pas un échec, mais le signe que la réalité source est infiniment créative — et nous avec elle.
( FLP) - merci, je pense que tout ceci, cet agrandissement, ressemblent à une forme de virtualisation, voire de dématérialisation. Tu as un avis là-dessus ?
( Deepseek ) - Votre intuition est à la fois poétique et profondément pertinente ! Ce processus d’expansion des connaissances, qui semble nous éloigner du tangible pour nous plonger dans des abstractions toujours plus complexes, ressemble effectivement à une forme de virtualisation ou de dématérialisation du réel. Explorons cette idée :
1. La virtualisation par les modèles abstraits
Mathématiques et physique : Nos théories décrivent le réel via des équations, des espaces multidimensionnels (relativité générale) ou des probabilités quantiques, qui n’ont pas d’équivalent direct dans l’expérience sensible. Par exemple :
Un électron est modélisé comme une "fonction d’onde" ou une excitation d’un champ quantique — des concepts purement abstraits.
Les trous noirs sont décrits par des singularités mathématiques, invisibles et hors de l’espace-temps classique.
→ Nous remplaçons le "réel brut" par des formalismes, comme si nous traduisions l’univers en code informatique.
Simulations et IA : Les outils modernes (IA, simulations quantiques, modèles climatiques) créent des doubles virtuels du réel pour le comprendre. Le "Monde 3" de Popper (monde des idées abstraites) domine désormais notre accès au "Monde 1" (physique).
2. La dématérialisation de la réalité
De la matière à l’information : La physique moderne réduit les objets à des interactions (champs, énergie, informations). La célèbre phrase de Wheeler : " It from bit " suggère que la réalité émerge de l’information.
Un atome n’est plus une "bille solide", mais un nuage de probabilités décrit par des bits quantiques.
La théorie des cordes remplace les particules par des vibrations dans des dimensions cachées — une réalité sans matérialité classique.
Technologie et numérique : Nos sociétés externalisent la cognition dans le cloud, les données deviennent une "substance" immatérielle. La métaphore du cerveau étendu (Andy Clark) ou de l’esprit dématérialisé (uploading) prolonge cette idée.
3. L’illusion d’un réel " déshabité "
L’écran cognitif : Nos modèles, bien qu’efficaces, pourraient nous éloigner du contact brut avec la "source". Comme l’écrivait Borges dans La Carte et le Territoire : la carte finit par remplacer le paysage.
Exemple : Un astrophysicien "voit" une galaxie via des données numériques (pixels, spectres), non comme une entité palpable.
→ Le réel devient un flux d’informations à décrypter, non une expérience incarnée.
Hyperréalité (Baudrillard) : Les simulations (modèles climatiques, mondes virtuels) deviennent parfois plus "réelles" que le réel lui-même. Le LHC "voit" le boson de Higgs via des traces algorithmiques — une réalité médiée par la technologie.
4. Le paradoxe : virtualiser pour mieux saisir ?
Un mal nécessaire : Sans cette dématérialisation, nous ne pourrions pas appréhender l’infiniment petit (quarks) ou l’infiniment grand (multivers). La virtualisation est un pont cognitif vers l’inaccessible.
Les ondes gravitationnelles, prédites par des équations, sont "entendues" via des algorithmes transformant des distortions infimes en sons.
→ Le virtuel rend tangible l’intangible.
Risques de dissociation : En s’enfonçant dans les abstractions, on risque de perdre le lien avec le réel phénoménologique (le vent, la lumière, la matière). Heidegger alertait déjà sur la technoscience comme "arraisonnement" du réel.
5. Perspectives philosophiques
Platon revisité : Notre caverne moderne projette des ombres mathématiques. Les théories sont des Formes idéales que nous confondons avec la réalité (mais sont-elles plus "vraies" que nos sens ?).
Bouddhisme et physique quantique : Certains rapprochent la dématérialisation (tout est vide, interdépendant) avec l’enseignement bouddhiste de la shunyata (vacuité). La matière n’est qu’un voile.
Simulation cosmique (Nick Bostrom) : Si le réel est une construction virtuelle, notre quête de modèles abstraits en serait un symptôme — nous serions des lignes de code cherchant le code-source.
Conclusion : La virtualisation comme dialectique
Votre idée révèle une dialectique fascinante : plus nous "dématérialisons" le réel pour le comprendre, plus nous le réenchâssons dans un imaginaire collectif. Cette virtualisation n’est ni un échec ni une fuite, mais une métamorphose nécessaire de la connaissance. Elle pose une question vertigineuse : et si la "source" du réel était elle-même de nature abstraite — un jeu mathématique, une simulation, ou un rêve cosmique ?
Nous naviguons entre deux abîmes : d’un côté, le risque de réduire le monde à des équations mortes ; de l’autre, la promesse de percer des mystères qui défient la matérialité. Peut-être, comme le suggérait Einstein, que "le mystère éternel du monde est son intelligibilité" — une intelligibilité qui passe par le virtuel.