En France, il y avait la guillotine, les exécutions publiques. Chez nous, c’est le sous-sol. L’exécution secrète. Les exécutions publiques entourent la mort d’un criminel, même le plus dangereux, d’une auréole de martyr, de héros. Elles font de la publicité, elles donnent une force morale à l’ennemi. Elles laissent à la famille et aux proches un cadavre, une tombe, les dernières paroles, les dernières volontés, la date exacte du décès. C’est comme si le supplicié n’était pas entièrement détruit.
L’exécution secrète, dans une cave, sans aucun élément de spectacle, sans l’annonce du verdict, la mort soudaine, produit sur les ennemis un effet accablant. C’est une machine énorme, impitoyable, omnisciente qui happe soudain ses victimes et les absorbe dans son hachoir.
Après l’exécution, on ignore la date exacte de leur mort, il n’y a ni dernières paroles, ni cadavre, ni même une tombe. Il n’y a que le vide. L’ennemi a été entièrement détruit.
Années: 1895 - 1937
Epoque – Courant religieux: Industriel
Sexe: H
Profession et précisions: écrivain sibérien
Continent – Pays: Europe - Russie