L'intelligence artificielle sera le tombeau de l'humanité
Le progrès, s'il n'est pas accompagné par un mouvement de l'âme, est une coquille vide, synonyme d'extinction.
Je dois être con comme un balai mais, hormis les dispositions relatives à la médecine et autres domaines de la science, je ne vois pas bien en quoi l'intelligence artificielle représenterait un progrès pour l'humanité. Le monde crève déjà de solitude et voilà qu'on nous présente un outil qui, se substituant à l'homme, accomplirait mille prouesses comme d'écrire des messages tout seul ou de trafiquer des images capables de confondre l'œil le plus averti. Voire même de vivre nos vies à notre place.
Effectivement, cela donne à rêver. On frôle l'orgasme. De partout, la santé mentale vacille et jamais les individus ne se sont sentis aussi perdus dans l'existence, aussi désabusés par la vie qu'ils mènent. Il y a comme un mal-être généralisé, une sorte d'accablement face à un monde dérégulé, malade de son gigantisme, de sa propension à considérer les individus comme de simples marchandises, de sa capacité à nier les aspirations de l'âme à vivre une existence décente, riche de sens.
Pourtant face à ce malaise civilisationnel, nos décideurs, président de la République en tête, fanfaronnent autour d'une invention qui transformera bientôt notre planète en une sorte de grand manège dirigé par des machines, elles-mêmes aux ordres d'entreprises obsédées par le souci de rentabilité.
Pour ne point nous effrayer, on nous décrit des lendemains qui chantent où, débarrassés de la contrainte d'effectuer des tâches répétitives, on aurait plus de temps à consacrer à nos vies. Mais si la machine est partout et l'âme nulle part, si le robot devient notre semblable, à quoi ressembleraient ces existences si ce n'est à une traversée vide de sens où, déjà divorcés de Dieu, nous serions au monde comme des enfants privés de lumière?
Pour les amoureux de la langue, le monde à venir a tout d'un cauchemar
Se rend-on bien compte de l'avenir qui nous attend, cette omniprésence de la technologie susceptible de multiplier par mille les travers et plaies de notre époque, le complotisme, le détournement d'images, le populisme, l'affadissement de la langue, la prolifération des réseaux sociaux, le triomphe de la bêtise, toute cette chorégraphie de l'horreur devenue ces dernières années notre pain quotidien?
Qui a envie d'un monde pareil, si ce n'est quelques capitaines d'industrie dont l'appât au gain est équivalent à la somme de leurs ignorances, de leur parfaite indifférence à tout ce qui élève l'homme, l'art, la musique, la littérature, la philosophie, le beau en général?
Nous allons vers un monde de plus en plus désincarné où chacun, le cul vissé à son fauteuil, pourra vivre mille vies sans jamais avoir pourtant l'impression d'être au monde. Enfermé dans un monde virtuel, occupé à dialoguer avec des robots de plus en plus performants, impuissant à démêler le vrai du faux, l'authentique de l'apparence, il perdra le fil avec sa propre existence, avec l'essence même de son être le plus profond. Il deviendra lui-même une sorte de machine, un être sans aucune singularité.
Si seulement les thuriféraires de l'intelligence artificielle avaient l'honnêteté de le reconnaître, mais non, nouveaux marchands du temple, ils nous baladent de fausses promesses en prophéties trompeuses, d'un nouvel âge d'or où l'humanité régénérée trouverait un moyen de se réinventer. Mais si l'humanité se coupe d'elle-même, si elle perd le lien originel avec sa substance intérieure, son inquiétante étrangeté, cette réinvention sera alors une marche funèbre vers sa propre extinction.
Je l'ai sûrement écrit dans une chronique précédente mais, de plus en plus, j'ai l'impression que le monde est entré dans une phase d'autodestruction massive. Que l'obscurité gagne tous les étages. Que le monde né à la Renaissance puis magnifié par les Lumières se meurt sous nos yeux impuissants. Que nous allons vers des temps bien incertains où l'homme sera confronté à des défis qui le dépasseront de mille coudées. Et où, ravagé de mille maux, l'humanité, acculée, se jettera dans la guerre pour se donner une raison d'exister.
Décidément, il n'y a pas à dire, mais je suis d'un optimisme indécrottable!