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dégoût

Personnellement, je n'ai rien contre les cimetières, je m'y promène assez volontiers, plus volontiers qu'ailleurs, je crois, quand je suis obligé de sortir. L'odeur des cadavres, que je perçois nettement sous celle de l'herbe et de l'humus, ne m'est pas désagréable. Un peu trop sucrée peut-être, un peu entêtante, mais combien préférable à celle des vivants, des aisselles, des pieds, des culs, des prépuces cireux et des ovules désappointés. Et quand les restes de mon père y collaborent, aussi modestement que ce soit, il s'en faut de peu que je n'ai la larme à l'oeil. Ils ont beau se laver, les vivants, beau se parfumer, ils puent.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Premier Amour, Les Editions de Minuit, p.8

[ vie ] [ mort ]

 

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amitié

24.5.66, Ussy Cher Robert, (…). Tu as tort de débiner ton travail. On n’est pas des gendelettres (sic). Si on se donne tout ce mal fou, ce n’est pas pour le résultat, mais parce que c’est le seul moyen de tenir le coup sur cette foutue planète. Avec ce besoin-là, beaucoup de misère mais pas de problème. Tu l’as peut-être un peu perdu mais il reviendra et tu t’en refoutras de toutes ces questions de valeur. Je crois que ces histoires de prix et autres à-côtés ne t’ont rien valu et qu’elles peuvent très bien être pour quelque chose dans l’état où tu te sens. Laisse tomber tout ça, cesse de te relire et remets-toi au travail. Nous ne saurons jamais ce que nous valons, ni les uns ni les autres, et c’est la dernière question à se poser.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Lettre en français à Robert Pinget. Lettres IV, page 126.

[ encourageante ] [ réconfort ] [ épistole ]

 

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énonciation

Une autre raison pour laquelle Watt ne pouvait contrefaire la clef d’Erskine était peut-être ceci, qu’il ne pouvait s’en emparer, ne fût-ce qu’un instant.

Alors comment Watt pouvait-il savoir que la clef d’Erskine manquait de simplicité ? Mais pour avoir trifouillé dans le trou avec son petit crochet.

Alors Watt dit, A serrure simplette clef complexe parfois, mais jamais clef simplette à complexe serrure. Mais à peine dits ces mots, Watt les regretta. Mais trop tard, ils étaient dits et ne pouvaient jamais être oubliés, jamais dédits. Mais un peu plus tard il les regretta moins. Et un peu plus tard il ne les regretta plus du tout. Et un peu plus tard il les goûta de nouveau, comme s’il les entendait pour la première fois, si suaves, si câlins, dans son crâne. Et un peu plus tard il les regretta de nouveau, amèrement.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Watt, Les éditions de minuit, Paris, 1968, page 128

[ modification subjective ]

 

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métanoïa

Ce qui était changé, si je suis bien renseigné, était le sentiment qu’un changement avait eu lieu autre qu’un simple changement de degré. Ce qui était changé était l’existence hors l’échelle. Ne descends pas par l’échelle, Ifor, je l’ai enlevée. C’est là, j’ai l’honneur de vous l’apprendre, la métamorphose à rebours. Le Laurier en Daphné. La chose de toujours là de nouveau où elle n’avait cessé d’être. Comme lorsqu’un homme, ayant enfin trouvé ce qu’il cherchait, une femme par exemple, ou un ami, s’en voit dépossédé, ou se rend compte de ce que c’est. Et rien ne sert pourtant de ne pas chercher, de ne pas vouloir, car lorsqu’on cesse de chercher, alors on commence à trouver, et lorsqu’on cesse de vouloir, alors la vie commence à vous entonner son ragoût de charogne jusqu’à ce qu’on dégueule, et puis le dégueulis par-dessus jusqu’à ce qu’on dégueule le dégueulis, et puis le dégueulis dégueulé jusqu’à ce qu’on commence à y prendre goût.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Watt, Les éditions de minuit, Paris, 1968, page 44

[ quête ] [ absurde ] [ dégoût ]

 

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embrasser

Eux aussi attendaient peut-être le tram, un tram, car de nombreux trams s’arrêtaient à cet endroit, à la demande, que celle-ci vînt du dedans, ou qu’elle vînt du dehors.

Monsieur Hackett jugea, au bout d’un moment, que s’ils attendaient le tram, ils l’attendaient depuis un certain temps déjà. Car la dame tenait le monsieur par les oreilles, et la main du monsieur était sur la cuisse de la dame, et la langue de la dame était dans la bouche du monsieur. Las d’attendre le tram, dit Monsieur Hackett, ils font un brin de connaissance. La dame retirant alors sa langue de la bouche du monsieur, celui-ci en profita pour remettre la sienne dans la sienne. Donnant donnant, dit Monsieur Hackett. Faisant un pas en avant, histoire de s’assurer que l’autre main du monsieur ne perdait pas son temps, Monsieur Hackett eut un haut-le-corps en la voyant qui pendait inerte derrière le banc, les trois quarts d’une cigarette éteinte entre les doigts.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Watt, Les éditions de minuit, Paris, 1968, page 8

[ description technique ] [ détail obscène ] [ baiser ] [ bisou ]

 

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vies

Ils s’aiment, se marient, pour mieux s’aimer, plus commodément, il part à la guerre, il meurt à la guerre, elle pleure, d’émotion, de l’avoir aimé, de l’avoir perdu, hop, se remarie, pour aimer encore, plus commodément encore, ils s’aiment, on aime autant de fois qu’il le faut, qu’il le faut pour être heureux, il revient, l’autre revient, il n’est pas mort à la guerre, après tout, elle va à la gare, il meurt dans le train, d’émotion, à l’idée de la retrouver, elle pleure, pleure encore, d’émotion encore, de l’avoir perdu encore, hop, retourne à la maison, il est mort, l’autre est mort, la belle-mère le détache, il s’est pendu d’émotion, à l’idée de la perdre, elle pleure, pleure plus fort, d’émotion, de l’avoir aimé, de l’avoir perdu, en voilà une histoire, c’était pour que je sache ce que c’est que l’émotion, ça s’appelle l’émotion, ce que peut l’émotion, données des conditions favorables, ce que peut l’amour, alors c’est ça l’émotion, ce que c’est que les trains, le sens de la marche, les chefs de train, les gares, les quais, la guerre, l’amour, les cris déchirants […].

Auteur: Beckett Samuel

Info: L'innommable, page 200

[ résumé ] [ définitions galvaudées ] [ distanciation ] [ absurdes ]

 

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année

Un immondice. Les crocus et le mélèze qui reverdit une semaine avant les autres et les pâturages rouges de succulents placentas de brebis et les longs jours d’été et le foin fauché de frais et le ramier le matin et le coucou l’après-midi et le râle des blés le soir et les guêpes dans la confiture et l’odeur des ajoncs et la vue des ajoncs et les pommes qui tombent et les enfants qui marchent dans les feuilles mortes et le mélèze qui rejaunit une semaine avant les autres et les châtaignes qui tombent et le hurlement du vent et la mer qui se brise par-dessus la jetée et les premiers feux et les sabots sur la route et le facteur poitrinaire qui siffle Roses de Picardie et la lampe à pétrole en haut de son lampadaire et naturellement la neige et bien sûr la grêle et vous pensez bien la gadoue et tous les quatre ans la débâcle de février et les crocus et puis tout le foutu trafic qui repart de plus belle. Un étron. Et si je pouvais tout recommencer, sachant ce que je sais maintenant, le résultat serait le même.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Watt, Les éditions de minuit, Paris, 1968, page 47

[ saisons ] [ répétition ] [ dégoût ]

 
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pharisaïsme

J’édite Crux, dit Monsieur Spiro, mensuel catholique à grande diffusion. Nous ne payons pas nos collaborateurs, mais ils y trouvent d’autres avantages. Nos petites annonces sont extraordinaires. Nous maintenons la tonsure hors de l’eau. Nos concours sont charmants. Les temps sont durs, tous les vins sont à baptiser. Nos concours. D’une tournure pieuse ils font plus de bien que de mal. Exemple : Recomposez les seize lettres de la Sainte Famille sous forme de question avec réponse. Solution gagnante : Me réjouis-je ? Pssah ! Autre exemple : Dites ce que vous savez de l’adjuration, excommunication, malédiction et anathématisation foudroyante des anguilles de Côme, hurebers de Beaune, rats de Lyon, limaces de Macon, vers de Côme, sangsues de Lausanne et processionnaires de Valence.

[…]

Tout en sachant ce que nous savons, dit Monsieur Spiro, nous n’avons pas la fibre partisane. Pour ma part je suis néo-thomiste à mes heures et m’en glorifie. Mais pas au point d’en être gêné dans mes histoires de cul. Podex non dextra sed sinistra – quelle mesquinerie. Nos colonnes sont ouvertes aux jobards de toutes confessions et des libres penseurs figurent à notre tableau d’honneur. Ma contribution personnelle à la rédemption d’appoint, Un Clysoir Spirituel pour les Constipés en Dévotion est si élastique, si flexible, que même un Presbytérien pourrait en profiter, sans douleur.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Watt, Les éditions de minuit, Paris, 1968, page 29

[ parodie ] [ catholicisme ] [ prétentieux ]

 

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barbarie

Pour finir, parlons d’autre chose, parlons de l’ "humain".

 C’est là un vocable, et sans doute un concept aussi, qu’on réserve pour les temps des grands massacres. Il faut la pestilence, Lisbonne et une boucherie religieuse majeure, pour que les êtres songent à s’aimer, à foutre la paix au jardinier d’à côté, à être simplissimes.

C’est un mot qu’on se renvoie aujourd’hui avec une fureur jamais égalée. On dirait des dum-dum.

Cela pleut sur les milieux artistiques avec une abondance toute particulière. C’est dommage. Car l’art ne semble pas avoir besoin du cataclysme, pour pouvoir s’exercer.

Les dégâts sont considérables déjà. Avec "Ce n’est pas humain", tout est dit. À la poubelle.

Demain on exigera de la charcuterie qu’elle soit humaine.

Cela, ce n’est rien. On a quand même l’habitude.

Ce qui est proprement épouvantable, c’est que l’artiste lui-même s’en est mis.

Le poète qui dit : Je ne suis pas un homme, je ne suis qu’un poète. Vite le moyen de faire rimer amour et congés payés.

Le musicien qui dit : Je donnerai la sirène à la trompette bouchée. Ça fera plus humain.

Le peintre qui dit : Tous les hommes sont frères. Allons, un petit cadavre.

Le philosophe qui dit : Protagoras avait raison.

Ils sont capables de nous démolir la poésie, la musique et la pensée pendant cinquante ans. 

 

Auteur: Beckett Samuel

Info: Dans "Le monde et le pantalon"

[ humanitarisme ] [ hypocrisie ] [ belle âme diabolique ]

 

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parole

Les hommes aussi qu'est-ce qu'ils ont pu me chapitrer sur les hommes, avant même de vouloir m'y assimiler. Tout ce dont je parle, avec quoi je parle c'est d'eux que je le tiens. Moi je veux bien, mais ça ne sert à rien, ça n'en finit pas. C'est de moi maintenant que je dois parler, fût-ce avec leur langage, ce sera un commencement, un pas vers le silence, vers la fin de la folie, celle d'avoir à parler et de ne le pouvoir, sauf de choses qui ne me regardent pas, qui ne comptent pas, auxquelles je ne crois pas, dont ils m'ont gavé pour m'empêcher de dire qui je suis, où je suis, de faire ce que j'ai à faire de la seule manière qui puisse y mettre fin, de faire ce que j'ai à faire. Ils ne doivent pas m'aimer. Ah ils m'ont bien arrangé, mais ils ne m'ont pas eu, pas tout à fait encore. Témoigner pour eux, jusqu'à ce que j'en crève, comme si on pouvait crever à ce jeu-là, voilà ce qu'ils veulent que je fasse. Ne pas pouvoir ouvrir la bouche sans les proclamer, à titre de congénère, voilà ce à quoi ils croient m'avoir réduit. M'avoir collé un langage dont ils s'imaginent que je ne pourrai jamais me servir sans m'avouer de leur tribu, la belle astuce. Je vais le leur arranger, leur charabia. Auquel je n'ai jamais rien compris du reste, pas plus qu'aux histoires qu'il charrie, comme des chiens crevés. Mon incapacité d'absorption, ma faculté d'oubli, ils les ont sous-estimées. Chère incompréhension, c'est à toi que je devrai d'être moi à la fin. Il ne restera bientôt plus rien de leurs bourrages. C'est moi alors que je vomirai enfin, dans des rots retentissants et inodores de famélique, s'achevant dans le coma, un long coma délicieux.

Auteur: Beckett Samuel

Info: L'innommable, pages 62-63

[ aliénation ] [ vengeance ] [ étrangeté ]

 
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