mère-enfant

C’est précisément cela que je crains actuellement ; on veut aider les mères et les enfants, et on a raison de faire quelque chose pour aider les mères qui doivent travailler, mais on veut le faire sans respect du lien qui assure la communication psychique, le lien symbolique. C’est toujours au même risque qui est d’arracher brusquement précocement l’enfant à sa mère, sans médiation, pour le mettre dans un soi-disant monde meilleur. Il en résulte une pathologie qui fait régresser à la vie fœtale le sujet non individué qui reste imaginairement un objet partiel d’une entité : à la crèche, il fait partie du groupe des bébés, mais il ne sait pas qui il est : il est anonyme, un être-objet de besoins satisfaits par la crèche. Son être de désir est tout le temps bafoué dans les changements de personnes à travers lesquelles il ne peut retrouver, liés à la satisfaction de ses besoins, l’odeur et la voix et les rythmes de sa mère. Il se lasse de ce guet inutile et le soir, quand sa mère revient, il ne sait plus qui elle est, ni qui il est pour elle, ni peut-être même qu’il "est". S’il n’est pas enrhumé et qu’il a les narines libres tous les soirs, c’est à son odeur que le bébé reconnaît d’abord sa mère. Mais si, dès qu’elle le voit, elle se précipite sur lui pour l’embrasser, il n’a pas le temps de la reconnaître et la ressent comme une énorme bouche dévorante affamée de lui, comme la sienne, lors de ses biberons de la journée. Alors à nouveau, il fait partie d’elle-même, fusionné à son corps à elle. Et, après, de jour en jour, perdu le matin, retrouvé et réenglouti le soir, l’enfant a de moins en moins de chance de se connaître individué.

Auteur: Dolto Françoise

Info: La cause des enfants, Editions Robert Laffont, Paris, 1985

[ cannibalisme ] [ disparition ] [ relation ] [ interchangeabilité ] [ garderie ] [ nourrissons ]

 
 

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inséré par Coli Masson

— Ψ → B → Φ · Ne célébrez pas la complexité avant d'avoir compris la disponibilité.

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