[…] le désir sexuel se présente par rapport au sujet, par rapport à l’individu, comme essentiellement problématique, et sur les deux plans. D’une part, sur le plan du besoin, ce n’est pas FREUD qui l’a souligné le premier, c’est depuis que le monde est monde que l’on s’interroge comment l’être humain, qui est un être qui a la propriété de reconnaître ce qui lui est avantageux, comment il encaisse, comment il admet un besoin qui incontestablement le pousse à des extrémités aberrantes, pour la raison qu’il ne correspond à aucun besoin immédiatement rationalisable, mais qui introduit dans l’individu, disons ce qu’on a appelé la dialectique de l’espèce.
[…]
D’autre part, au regard de la demande d’amour, l’expression du désir sexuel - il va devenir désir justement, et il s’appellera désir parce qu’il ne peut se placer que là, au niveau du désir tel que nous venons de le définir - le désir sexuel se présente, au regard de la demande d’amour, d’une façon problématique, quoi qu’on en dise et quelle que soit l’eau bénite dont on essaye de le recouvrir sous la forme d’oblativité.
La question du désir, au regard de la formulation de ce qu’on appelle dans toutes les langues "formuler sa demande" est problématique pour autant que pour exprimer les choses sous la forme du langage le plus commun, qui est ici révélateur, il s’agit en fin de compte, quel que soit le mode sous lequel se formule la demande, que se profile ceci : c’est que l’Autre entre en jeu à partir du moment où le désir sexuel est en question sous la forme de l’instrument du désir. Ceci est la raison pour laquelle c’est au niveau du désir, tel que nous l’avons ainsi défini, que se pose le désir sexuel en tant qu’il est question : c’est-à-dire en tant qu’il ne peut pas vraiment s’articuler.
Il n’y a pas vraiment de mot - entendez-le de ma bouche, puisque ça ne fera peut-être pas de mal que je dise que tout n’est pas réductible au langage, je l’ai toujours dit, bien entendu, même si ça n’a pas été entendu - il n’y a pas de mot pour exprimer quelque chose, et quelque chose qui a un nom, et c’est justement le désir. Pour exprimer le désir, comme la sagesse populaire le sait fort bien, il n’y a que du baratin. La question du signifiant du désir se pose donc comme telle, et c’est pour cela que ce qui l’exprime n’est pas un signifiant comme les autres.
C’est quelque chose qui, en effet, est emprunté à une forme prévalente de la poussée du flux vital dans cet ordre, mais qui n’en est pas moins pris dans cette dialectique au titre de signifiant, avec ce que ce passage au registre du signifiant comporte de mortifié chez tout ce qui accède à cette dimension du signifiant.
[…]
En fin de compte, ce dont il s’agit dans cette perspective, ce jeu du sujet du désir et du signifiant du désir, est quelque chose qui n’est pas épuisé au point où nous en sommes parvenus, qui est seulement amorcé mais, vous le voyez bien, qui renverse complètement une notion, comme celle-ci par exemple, qui obscurcit toute cette dialectique de l’abord de l’autre dans la relation sexuelle, et soi-disant maturée par la relation sexuelle, que le progrès serait d’un objet partiel à un objet total. Il y a là, à proprement parler on peut dire, un véritable camouflage, un escamotage.
Car, à dire les choses en termes propres, ce serait bien plutôt du problème que soulève le fait qu’en accédant à la place du désir, l’autre ne devient pas du tout comme on nous le dit l’objet total. Mais le problème est celui-ci, c’est qu’il devient totalement objet en tant qu’instrument du désir.
C’est bien ce qu’il devient et il s’agit de maintenir comme compatible cette position de l’autre en tant qu’Autre, c’est-à-dire en tant que lieu de la parole, celui auquel s’adresse la demande et celui dont l’irréductibilité radicale d’Autre se manifeste en tant qu’il peut donner l’amour, c’est-à-dire quelque chose qui est d’autant plus totalement gratuit, qu’il n’y a aucun support de l’amour que comme je vous l’ai dit : donner son amour, c’est très précisément et essentiellement donner comme tel rien de ce qu’on a, car c’est en tant justement qu’on ne l’a pas qu’il s’agit de l’amour.
Il s’agit de cette discordance entre ce qu’il y a d’absolu dans la subjectivité qui donne ou ne donne pas l’amour, et le fait que son accès à lui comme objet de désir, il est très précisément nécessaire qu’il se fasse totalement objet. C’est dans cet écart essentiellement vertigineux, essentiellement nauséeux, pour l’appeler par son nom, que se situe la difficulté d’accès dans l’abord du désir sexuel.
Auteur:
Info: 7 mai 1958
Commentaires: 2
— Ψ → B → Φ · Le sol parle avant le langage.
nbsp;
Coli Masson
30.09.2026
le petit autre et le grand Autre se superposent toujours. ce n'est ni l'un ni l'autre.
miguel
29.09.2026
partenaire réifié ?