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Nous posons le désir dans cette dialectique comme ce qui se trouve sur le petit mobile au-delà de la demande. Pourquoi y a-t-il besoin d’un au-delà de la demande ? Il y a besoin d’un au-delà de la demande pour autant, je vous l’ai dit, que la demande, par ses nécessités articulatoires, dévie, change, transpose le besoin. Il y a donc la possibilité d’un résidu.

[…]

Il y a donc un résidu. Comment se présente-t-il ? Comment nécessairement doit-il se présenter ? Il ne s’agit plus maintenant du désir sexuel. Nous allons voir pourquoi le désir sexuel doit venir à cette place, mais du moment qu’il y a rapport général d’un besoin chez l’homme avec le signifiant, nous nous trouvons devant ceci : à savoir que si quelque chose restitue la marge de déviation marquée par l’incidence du signifiant sur les besoins, et si cet au-delà se présente - comme l’expérience prouve qu’il se présente - c’est cela que nous appelons désir.

Mais comme forme possible de sa présentation, voici à peu près comment nous pouvons l’articuler : la façon dont doit se présenter le désir chez le sujet humain dépend de ce qui est déterminé par la dialectique de la demande. Si la demande a un certain effet sur les besoins, elle a d’autre part ses caractéristiques propres. Ces caractéristiques propres, je les ai déjà ici articulées : c’est que la demande, fondamentalement, dans son existence et par le seul fait qu’elle s’articule comme demande, pose - même si elle ne le demande pas expressément - l’Autre comme "absent" ou "présent", et donnant ou non cette absence ou cette présence, c’est-à-dire comme demande d’amour ce quelque chose qui n’est rien, aucune satisfaction particulière, qui est ce que le sujet apporte par la pure et simple réponse à la demande.

C’est ici que se situe l’originalité de l’introduction du symbolique sous la forme de la demande : à savoir que c’est sur fond de demande d’amour que se situe l’originalité de l’introduction de la demande par rapport au besoin. Si ceci comporte quelque déperdition par rapport au besoin sous quelque forme que ce soit, ceci doit-il se retrouver au-delà de la demande ? Il est bien clair que si cela doit se retrouver au-delà de la demande, c’est-à-dire de ce qu’apporte en somme de distorsion au besoin cette dimension de la demande, c’est pour autant qu’au-delà nous devons retrouver quelque chose où l’Autre perde sa prévalence, où si vous voulez, le besoin en tant qu’il part du sujet reprend la première place. 

Néanmoins, puisque déjà le demandé est passé par le filtre de la demande au plan et au stade de l’inconditionné, ce n’est qu’au titre, si l’on peut dire, d’une deuxième négation que nous allons retrouver au-delà, ce qu’il s’agit précisément de trouver, qui est la marge de ce qui s’est perdu dans cette demande. Et l’au-delà, c’est précisément le caractère de condition absolue qui est dans le désir.

Ce qui se présente dans le désir comme tel, c’est ce quelque chose qui est emprunté, bien entendu au besoin… comment ferions-nous nos désirs, si ce n’est en empruntant la matière première de nos besoins ? …mais cela passe à un état, non pas d’inconditionné puisqu’il s’agit de quelque chose d’emprunté à un besoin particulier, mais d’une condition absolue, sans mesure avec aucune proportion du besoin à un objet quelconque, et en tant que cette condition peut être appelée absolue justement en ceci, qu’elle abolit là, la dimension de l’Autre, que c’est une exigence où l’Autre n’a pas à répondre oui ou non.

C’est ceci qui est la dimension, le caractère fondamental du désir humain comme tel. Le désir, quel qu’il soit, à l’état de pur désir c’est ceci : c’est ce quelque chose d’arraché au terrain des besoins et qui prend forme de condition absolue par rapport à l’Autre. 

C’est précisément la marge, le résultat de la soustraction, si l’on peut dire, de l’exigence du besoin par rapport à la demande d’amour, c’est-à-dire que le désir, inversement, va se présenter comme ce qui dans la demande d’amour est rebelle à toute réduction à un besoin, parce qu’en réalité cela ne satisfait rien d’autre que soi-même, c’est-à-dire le désir comme condition absolue. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 7 mai 1958

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inséré par Coli Masson

— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Le sol parle avant le langage.

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