Un être réel, qui a vécu dans ce monde et y a laissé des témoins, dont le corps a occupé un espace physique semblable à celui que nous occupons, pose une série de difficultés pour l’imagination. J’étais plongé alors dans À la recherche du temps perdu, cette œuvre qu’on n’a jamais fini de lire, et souvent me revenait en mémoire un passage où Françoise, la cuisinière au service de la famille de Marcel, dédaigne les personnages de romans sous prétexte qu’ils ne sont pas réels. Pour Marcel, leur irréalité ou leur inexistence est au contraire une qualité qui favorise notre façon de les appréhender, car nous percevons les êtres réels à travers nos sens, raison pour laquelle ils comportent toujours une opacité, un poids mort que notre sensibilité ne parvient pas à soulever ; en revanche, nous ne percevons les personnages purement inventés que par l’âme, c’est pourquoi nous pénétrons leur vérité profonde et les comprenons vraiment, semble suggérer Marcel.
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Info: Les Noms de Feliza
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