structure incorporée du langage

La première chose évidente, chez un obsessionnel, est qu’il (ou elle) est sans arrêt engagé dans cette justification ; pas de repos vis-à-vis de cette tâche. Il ne gagne, pour ainsi dire, jamais. Il est toujours essoufflé. Comme le gamin, avec sa main pour couvrir la brèche dans la digue, s’il la retire une seconde, l’eau passera à travers en détruisant le monde entier. Mais dans son fantasme, l’obsessionnel est responsable de tout, de la brèche, de l’eau, responsable aussi d’avoir empêché la destruction. C’est pourquoi il n’y a pas de repos pour l’obsessionnel. Il ne cesse de souhaiter la destruction. Il croit en son pouvoir d’entraîner la destruction de ses objets aimés et redoutés et, pour cette raison, il doit sans cesse avoir recours à des opérations magiques pour réduire ses souhaits à néant. Son moi ne peut vivre hors de ces conditions psychiques.

La force de son hostilité inconsciente se projette sur les images parentales. Elles sont incorporées et forment son surmoi terrorisant. Il éprouve alors en lui-même cette sévérité, cette force destructrice qui est immolante. Pas de justification de l’existence pour lui, si forte est la condamnation posée sur ses pulsions hostiles. Si cette condamnation représentait toute l’intrigue, nous aurions alors un suicide, mais le mécanisme obsessionnel fournit des moyens d’y échapper. L’un d’eux est offert par des rituels de différentes sortes au moyen desquels, avec sa toute-puissance, il neutralise sa puissance omnipotente de destruction ; un autre est l’éjection par l’anus des objets hostiles incorporés. Mais pour maintenir l’existence de son moi, ces processus ne doivent jamais cesser. L’objet incorporé n’est pas plutôt éjecté que son extériorité menace l’obsessionnel, et qu’il lui faut alors l’incorporer à nouveau. Le rituel ne doit jamais cesser, sinon sa puissance destructrice inconsciente entraînerait l’anéantissement de son moi par la rage du surmoi. L’obsessionnel est embarqué dans une besogne ingrate qui ne cesse de s’accroître. Il est éternellement en train d’échapper à un piège dans lequel il retombe continuellement.

[...]

Dans les cas obsessionnels, donc, l’analyste doit permettre le rythme des phases obsessionnelles et des phases de repentir, et doit se souvenir que, lorsque les symptômes disparaissent, l’obsession est en référence à l’analyse. Il est alors nécessaire de distinguer ce qui est le matériel à analyser et celui qu’il faut considérer comme un fonctionnement de l’obsession. Les stimulations du jour même et la dynamique du transfert prennent de plus en plus d’importance à mesure que l’analyse avance. C’est alors que se présentent les occasions de rendre l’angoisse supportable par le moi, et ceci veut dire : la possibilité de casser le système organisé dans lequel les pulsions inconscientes hostiles sont constamment annulées. 

Auteur: Sharpe Ella

Info: Ella Sharpe lue par Lacan, trad. de Marie-Lise Lauth et Rachel Samacher, Hermann Editeurs, Paris, 2007, pages 142 à 146

[ description ] [ psychanalyse ] [ analyste-analysant ] [ symptôme ] [ désir impossible ] [ culpabilité ]

 
 

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inséré par Coli Masson

— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Le sol parle avant le langage.

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