Le patient posera des questions. Freud a dit qu’aux questions du patient, c’est le patient lui-même qui devrait toujours répondre. C’est la règle d’or, mais elle a ses exceptions. Nous apprendrons à faire le tri de ces questions. Nous ne repousserons pas le patient par notre profond silence. Nous dirons : "Si je ne réponds pas à ceci, c’est parce que ce n’est pas cela que vous voulez vraiment savoir. Pouvons-nous poursuivre et essayer de trouver ce que c’est, et ensuite vous trouverez la réponse ?". Nous devons trouver par l’analyse ce que la question signifie, et elle peut être provoquée par beaucoup de choses. On ne peut en juger que dans le contexte du cadre du travail pris dans son ensemble. Il y a certaines questions auxquelles il faut répondre. Si, par exemple, une jeune fille ne connaît pas les réalités de la vie sexuelle, je devrai répondre à ses questions et les lui dire. Si, par exemple, la contraception était pour elle un mystère et qu’elle m’interrogeait à ce sujet, je devrais lui répondre. Je devrai m’assurer d’abord de son ignorance. Je devrai également faire attention à ne pas tomber dans le rôle du parent réticent et timide de son enfance. C’est ce que je veux dire par faire le tri des questions. Un patient peut demander des informations sur un sujet d’actualité, dans une tentative inconsciente, si l’on peut dire, de vous "tester". Je me suis rendue compte qu’en cette matière, je varie. À ce type de questions, je réponds parfois : "Oui, je connais ce livre, cette pièce, cet endroit", et d’autres fois : "Je ne sais pas, je ne l’ai pas lu, je n’y suis pas allée". En surface, l’analyste réagit ici par rapport à la réalité, démontrant qu’il n’a pas peur du savoir, et qu’il n’a pas peur non plus de l’ignorance. C’est une méthode d’approche. C’est la différence entre une méthode souple et une méthode statique, rigide. "Oh," remarque un patient, "mais la semaine dernière, je vous ai posé une question et vous ne m’avez pas répondu ; je me demande pourquoi vous répondez à celle-ci". "Parce qu’ici c’est une question qui, si j’y réponds, vous permettra de m’en dire plus. Je connais le livre. Nous le connaissons tous les deux. Cela vous facilite les choses et vous pouvez parler librement. Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce livre ?", ou bien "Je ne le connais pas, parlez m’en. La semaine dernière, vous vous en rappelez, vous m’avez posé une question, puis une autre, puis une autre. Je n’y ai pas répondu parce que, si j’y avais répondu, les réponses n’auraient pas ouvert de nouvelles portes. Vous répondre alors aurait entraîné un arrêt et non un développement de votre réflexion".
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Info: Ella Sharpe lue par Lacan, trad. de Marie-Lise Lauth et Rachel Samacher, Hermann Editeurs, Paris, 2007, page 49
— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · Le silence n'est pas un vide, mais une porosité.
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