La personne sur le divan a ses propres problèmes, et ce n’est pas à nous d’envisager pour l’analyse un résultat qui corresponde à nos propres souhaits et à notre sens des valeurs particulier. Je voudrais ici fouiller la conscience de l’analyste en ce qui concerne le sens du mot "normal". Espérons-nous que notre patient sera analysé de façon à en sortir normal, ou espérons-nous qu’en analysant les résistances en vue de résoudre l’angoisse, les potentialités propres du patient pourront se réaliser ? Dans le premier cas, on pose devant le patient son but à soi ; dans le second cas, on se fixe à soi-même le but du patient, but dont on ne sait rien. C’est seulement quand nous pouvons supporter l’inconnu, que nous ne sommes pas "brûlants de trouver des certitudes", que nous serons capables de laisser le patient tranquille. Nous ne connaissons pas ses normes. Nous ne savons pas ce que sont ses potentialités. Nous ne pouvons pas les connaître tant que la tâche de lever le refoulement et de résoudre l’angoisse n’a pas été accomplie. Il ne les connaît pas lui-même. Si nous sommes en train d’analyser pour rendre les gens "normaux" au lieu d’"analyser", alors il nous faut une fois de plus explorer notre propre surmoi infantile, pour voir si "normal" ne signifie pas d’une façon ou l’autre notre idée du bien, notre idée de la perfection. Et il y a aussi l’autre conception toute aussi fausse de la normalité comme absence de refoulement et capacité d’avoir facilement des expériences sexuelles.
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Info: Ella Sharpe lue par Lacan, trad. de Marie-Lise Lauth et Rachel Samacher, Hermann Editeurs, Paris, 2007, page 42
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