science onirique

De tout ce qui précède nous conclurons que la résistance qui s’oppose à l’interprétation du rêve doit également jouer un rôle dans la formation de ce dernier. Et de fait, tandis que l’élaboration de certains rêves est gênée par une forte résistance, pour d’autres cette résistance s’avère faible. D’ailleurs l’intensité de la résistance varie durant un même rêve et c’est à elle que sont attribuables les lacunes, les obscurités, l’incohérence qui peuvent troubler le cours du plus beau songe. 

Mais quel rôle est donc dévolu à la résistance et contre quoi s’exerce-t-elle ? Voici : la résistance est l’indice le plus sûr d’un conflit. Deux forces antagonistes se trouvent en présence, dont l’une tend à provoquer une révélation à laquelle s’oppose l’autre. Le rêve manifeste, tel qu’il se produit ensuite, embrasse, en les condensant, toutes les décisions auxquelles aboutit cette lutte des deux tendances.

À tel endroit du rêve, la force qui pousse à la révélation prend le dessus, à tel autre, l’instance adverse parvient, soit à supprimer totalement la révélation, soit à la remplacer de façon que l’on n’en puisse plus du tout soupçonner la nature réelle. Les cas les plus fréquents sont ceux où le conflit se résout par un compromis : la révélation vers laquelle tend l’une des deux forces se produit bien, mais elle est édulcorée, déplacée, rendue méconnaissable. Quand le rêve ne reproduit pas fidèlement les pensées du rêve, quand un travail d’interprétation s’avère indispensable pour nous permettre de franchir l’abîme qui le sépare de ces pensées, c’est par suite de la victoire que remporte l’instance contrariante, inhibante, limitante. La présence de cette instance nous est révélée par la résistance à laquelle nous nous heurtons dans l’interprétation du rêve. Tant que nous avons considéré le rêve comme un phénomène isolé, indépendant des formations psychiques apparentées, nous avons qualifié cette instance de censure des rêves. 

Vous savez depuis longtemps que cette censure ne s’applique pas exclusivement au rêve. Vous n’ignorez pas que notre vie spirituelle est entièrement dominée par le conflit de deux instances psychiques improprement dénommées le refoulé inconscient et le conscient, que la résistance à l’interprétation du rêve, indice de la censure, n’est rien d’autre que la résistance due au refoulement. C’est elle qui provoque la disjonction des deux instances en question. Vous savez aussi que de ce conflit d’instances naissent, dans certaines conditions, d’autres formations psychiques qui, tel le rêve lui-même, sont le résultat d’un compromis ; vous n’exigerez donc pas que je répète ici tout ce qui a été dit déjà dans l’introduction à la théorie des névroses, tout ce qui a servi à vous montrer ce que nous savons touchant les conditions de semblables compromis. 

Vous avez compris que le rêve est une production pathologique, le premier terme d’une série qui comprend le symptôme hystérique, la représentation obsédante, l’idée délirante, mais qu’il se distingue de ces manifestations morbides par sa. fugacité et son apparition dans les circonstances de la vie normale. Ce qu’Aristote a dit, nous le répétons : la vie du rêve, c’est le travail qu’accomplit notre âme durant le sommeil. En dormant nous nous détournons du monde extérieur réel et ainsi se trouve réalisée la condition nécessaire au développement d’une psychose. L’étude la plus minutieuse des maladies mentales les plus graves ne saurait nous faire découvrir de particularités plus propres à caractériser cet état morbide. Mais dans la psychose, c’est de deux manières différentes que le sujet se détourne de la réalité, soit que le refoulé inconscient devienne trop puissant et écrase le conscient attaché à la réalité, soit que devant une réalité trop pénible, insupportable, le moi menacé se précipite par révolte dans les bras de la pulsion inconsciente. L’inoffensive psychose du rêve est un renoncement momentané, consciemment voulu, au monde extérieur ; elle disparaît dès que les relations avec ce dernier sont renouées. Pendant cet isolement, une modification se produit dans la répartition de l’énergie psychique du dormeur. Une partie de la dépense en refoulement peut être évitée, celle qui est, en général, utilisée à refréner l’inconscient, car lorsque ce dernier cherche à mettre à profit sa relative liberté, il trouve la voie de la motilité fermée et est obligé de se contenter d’une satisfaction hallucinatoire. C’est alors que peut se constituer un rêve ; l’existence d’une censure du rêve montre toutefois qu’il subsiste encore, même pendant le sommeil, une certaine quantité de la résistance due au refoulement. 

Auteur: Freud Sigmund

Info: Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse

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Commentaires: 4

inséré par Coli Masson

Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

Commentaires

miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2026-08-29 07:45
dualité ? ou dualité fondamentale
Coli Masson, colimasson@live.fr
2026-08-29 19:43
si c'était aussi simple...
Mais le rêve est fait pour s'empêcher de se réveiller vraiment.
https://filsdelapensee.ch/quote/475468
miguel, filsdelapensee@bluewin.ch
2026-08-31 07:01
bonne réponse
Coli Masson, colimasson@live.fr
2026-08-31 19:41
merci :)