signatures olfactives

Toujours attentives, nous sentons s’élever de leurs chandails, puis se mêler, les effluences de leurs corps. Chacun d’eux a une odeur différente. Walter Frommer dégage des relents légèrement musqués de poussière, de papier sec bruissant, de vieux maroquin desséché, de portefeuille usé. Longin Lukas exhale un remugle violent, c’est celui de la peur et de la préparation au combat, l’auréole invisible d’un guerrier inassouvi qui, pour avoir perdu sa force physique, prend part à la guerre de loin, hurlant les ordres et commentant les mouvements des stratèges. L’odeur d’August est complètement différente. Elle propage les miasmes organiques d’une matière corrompue, sur le point d’être entamée par des processus méphitiques, la décomposition des particules corporelles. On y perçoit aussi la pestilence acido-lactée de provisions alimentaires oubliées dans un cellier. Une puanteur qui sera bientôt incontrôlable, mais que parviennent encore à étouffer une eau de Cologne et une crème à raser de qualité. Opitz, quant à lui, baigne dans un nuage d’acétylène, odeur qui fait grincer les dents tandis que la bouche s’emplit de salive. Rien ne peut en sortir. Pour sa part, et sans qu’il le sache, Mieczysław diffuse un parfum qui relègue tous les autres au second plan et domine. Même si le jeune Polonais se sent perdu, peu sûr de lui, ses phéromones sont comme chargées d’électricité, puissantes, pareilles à l’odeur du pelage d’un renard ou d’un chevreuil fuyant les chasseurs. 


Auteur: Tokarczuk Olga

Info: Le Banquet des Empouses

[ mâles humains ] [ hommes-par-femme ] [ odorat féminin ]

 

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inséré par miguel

Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

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