(…) ce mot [placebo], devenu synonyme de tromperie, est lui-même l’histoire d’un quiproquo.
L’Académie de médecine rappelle que saint Jérôme dans sa traduction de la Bible se loupe quelque peu et en perd son grec avant de transcrire en latin : " Je marcherai [Ambulando] devant le Seigneur " en " Je plairai [Placebo] au Seigneur ". Bien que cette erreur soit probablement antérieure à saint Jérôme, il n’en reste pas moins que se tromper dans la traduction d’un tel texte a inévitablement quelques conséquences. L’extrait de ce psaume est repris dans la traduction catholique du XIIIe siècle pour accompagner le rite funéraire par les fameuses " pleureuses ", dont l’authenticité du désespoir est, par définition, douteuse. De fait, les pleureuses vont alors psalmodier ce texte et l’on retient qu’il s’agit là de " chanter un placebo " ou simplement " chanter placebo ". Une tradition ancrée dans la fausseté est née et " placebo " devient art de plaire pour mieux tromper. Au XIVe siècle, Geoffrey Chaucer dans " Les Contes de Canterbury " acte ainsi " qu’avec les rois gardez la critique in petto [pour soi]. Chantez-leur au contraire à l’envie Placebo ".
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Info: Pharmacofolie : Médicaments et société
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