Je fermai les yeux, je les rouvris. Alors je vis l’Aleph. Je vis la mer, je vis l’aube et le crépuscule, je vis les foules d’Amérique, je vis un miroir où je ne me reflétais pas, je vis des chevaux à la crinière de vent, je vis des os dans le désert, je vis des lettres qui se formaient dans l’air, je vis des étoiles qui tombaient, je vis des arbres qui grandissaient en quelques secondes, je vis des visages qui changeaient, je vis des couleurs qui n’existent pas, je vis des sons qui n’avaient pas de source, je vis des odeurs qui n’avaient pas de nom, je vis des sensations qui n’avaient pas de mots, je vis des pensées qui n’avaient pas de sens, je vis des mondes qui n’avaient pas de fin, je vis des univers qui n’avaient pas de commencement, je vis des éternités qui n’avaient pas de durée, je vis des infinis qui n’avaient pas de limites, je vis des néants qui n’avaient pas de vide, je vis des tout qui n’avaient pas de partie, je vis des rien qui n’avaient pas de absence, je vis des ici qui n’avaient pas de lieu, je vis des maintenant qui n’avaient pas de temps, je vis des ailleurs qui n’avaient pas de distance, je vis des autrefois qui n’avaient pas de passé, je vis des toujours qui n’avaient pas de futur, je vis des jamais qui n’avaient pas de négation, je vis des toujours-plus qui n’avaient pas de addition, je vis des toujours-moins qui n’avaient pas de soustraction, je vis des toujours-rien qui n’avaient pas de zéro, je vis des toujours-tout qui n’avaient pas de un, je vis des toujours-ailleurs qui n’avaient pas de ici, je vis des toujours-maintenant qui n’avaient pas de autrefois, je vis des toujours-autrefois qui n’avaient pas de maintenant, je vis des toujours-jamais qui n’avaient pas de toujours, je vis des toujours-toujours qui n’avaient pas de jamais.
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Info: L’Aleph
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