Mais que tout arrive par le destin, c’est ce que nous ne disons pas, nous disons plutôt que rien n’arrive par le destin ; car le destin, au sens ordinaire de ce mot, en tant qu’il désigne la constitution céleste qui préside à la conception ou à la naissance, n’est qu’un vain nom, vain comme l’objet qu’il exprime. Quant à l’ordre des causes où la volonté de Dieu exerce un souverain pouvoir, nous sommes également loin de le méconnaître et de l’appeler du nom de destin, à moins que nous ne dérivions le Fatum de fari, parler ; il est, en effet, impossible de nier qu’il soit écrit dans les Livres saints : "Dieu a parlé une fois et j’ai entendu ces deux choses : la puissance appartient à Dieu ; à toi, Seigneur, est la miséricorde et tu rends à chacun selon ses œuvres" [Ps 61,12]. Quand il est écrit "Dieu a parlé une fois", il faut entendre une parole immuable, parce qu’il connaît tout ce qui sera, tout ce qu’il fera lui-même, d’une connaissance immuable. Nous pourrions donc dériver le Fatum du mot fari, parler, si le Fatum n’était d’ailleurs pris dans un sens où nous ne voulons pas que les hommes laissent incliner leur cœur. Mais de ce que l’ordre des causes est certain dans la puissance de Dieu, il ne s’ensuit pas que notre volonté perde son libre-arbitre. Car nos volontés elles-mêmes sont dans l’ordre des causes, certain en Dieu, embrassé dans sa prescience, parce que les volontés humaines sont les causes des actes humains. Et assurément celui qui a la puissance de toutes les causes ne peut dans le nombre ignorer nos volontés qu’il a connues d’avance comme causes de nos actions.
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Info: La cité de Dieu, volume 1, traduction en latin de Louis Moreau (1846) revue par Jean-Claude Eslin, Editions du Seuil, 1994, page 219
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