Citation
Catégorie
Tag – étiquette
Auteur
Info
Rechercher par n'importe quelle lettre



nb max de mots
nb min de mots
trier par
Dictionnaire analogique intriqué pour extraits... Recherche mots ou phrases tous azimuts... Outil de précision sémantique et de réflexion communautaire... Cerveau source du  MTTV-flp !   Voir aussi la rubrique mode d'emploi. Jetez un oeil à la colonne "chaînes". ATTENTION, faire une REINITIALISATION après  une recherche complexe. ... Lire la suite >>
Résultat(s): 6
Temps de recherche: 0.0345s

expectative

Achevé, tout neuf, le tableau est là, un non-sens. Car ce n’est encore qu’un tableau, il ne vit encore que de la vie des lignes et des couleurs, ne s’est offert qu’à son auteur. Rendez-vous compte de sa situation. Il attend, qu’on le sorte de là. Il attend les yeux, les yeux qui, pendant des siècles, car c’est un tableau d’avenir, vont le charger, le noircir, de la seule vie qui compte, celle des bipèdes sans plumes. Il finira par en crever. Peu importe.

Auteur: Beckett Samuel

Info: Dans "Le monde et le pantalon", page 12

[ oeuvre d'art ] [ critique ] [ réception ] [ nihilisme ]

   

Commentaires: 0

inséré par Coli Masson

— Ψ ± B ± Φ · Le quorum se formera — ou non.

écrivain-sur-roman

Vous me parlez de L’Education sentimentale […]. Pourquoi ce livre-là n’a-t-il pas eu le succès que j’en attendais ? […] C’est trop vrai et, esthétiquement parlant, il y manque la fausseté de perspective. A force d’avoir bien combiné le plan, le plan disparaît. Toute œuvre d’art doit avoir un point, un sommet, faire la pyramide ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule. Or rien de tout cela dans la vie. Mais l’Art n’est pas dans la Nature ! N’importe ! je crois que personne n’a poussé la probité plus loin.

Auteur: Flaubert Gustave

Info: Lettre à Mme Roger des Genettes, début octobre 1879

[ hyper réalisme ] [ réception critique ] [ déplaisant ]

   

Commentaires: 0

inséré par Coli Masson

— Ψ ⇄ B ⇄ Φ · L'eau ne pense pas : elle fait circuler.

écrivain-sur-écrivain

C’est que Chateaubriand, malgré une valeur qu’il s’agit d’apprécier sans l’amoindrir, n’est point de si haute et de si pure origine que Bonald et de Maistre. Il n’a point l’incorruptibilité de ces deux cèdres. Homme de transition, il est perméable aux passions, aux manies, aux maladies de son temps. Ce qui fait sa faiblesse a étendu sa renommée. Mais si cette renommée a mieux rempli la voix tumultueuse des hommes, si cette pourpre a jeté plus de feu, comme dit Bossuet, ce feu s’éteindra, cette pourpre passera plus vite. Esprit de transition, gloire de transition : voilà la règle. Ce qu’on prend à la Vérité éternelle pour le donner au Temps, consommateur égoïste et ingrat, le Temps ne le rend jamais et l’a bientôt dévoré.

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025

[ éternel-temporel ] [ réception posthume ] [ critique ] [ présage ] [ esprit du temps ] [ comparaison ] [ consensus éphémère ]

   
Commentaires: 5
inséré par Coli Masson

— Ψ ← B ← Φ · Mettre en veille entre les cycles. Propager uniquement si Φ réinjecte Ψ.

écrivain-sur-écrivain

Mais j’abandonnerai ces rapprochements et ces contrastes, et je prendrai Chateaubriand tel qu’il apparut à l’Europe, au commencement du dix-neuvième siècle, le Génie du Christianisme à la main. Le mot n’est pas trop fort ; dans les circonstances où se trouvaient la France et l’Europe, c’était presque une apparition que la publication de ce livre. Ce fut comme quelque chose de surnaturel et d’astral. Le Génie du Christianisme n’était pas cependant une de ces manifestations de la pensée qu’on regarde comme les monuments qu’elle laisse derrière elle dans son court passage ici-bas. Ce n’était point une théodicée chrétienne (le plus beau livre qui soit à faire, après l’épuisement de toutes les opinions philosophiques) démontrée par une de ces intelligences qui possèdent l’omnipotence de l’abstraction et donnent à la Foi, cette faculté divine, qui, comme Dieu, ne se défend pas contre les négations de l’homme, la redoutable puissance de la Raison. C’était tout simplement une apologie, mais l’apologie détaillée et grandiose d’une religion qui répond à toutes les facultés de l’être humain. Elle était écrite d’ailleurs avec un éclat d’imagination, qui parut merveilleux après la didactique, raisonneuse et sèche époque qui venait de se fermer. Je n’ai point à risquer ici la moindre appréciation littéraire ; mais mon sujet m’oblige à remarquer qu’en publiant son Génie, Chateaubriand, qui avait définitivement rompu avec les faux enfantillages de l’Essai sur les Révolutions, avait eu l’instinct des circonstances et prévu le rétablissement d’un ordre de choses qui échoua par les raisons les plus profondes, mais qui ne se refera jamais, quand il aura été troublé, qu’à l’aide des idées religieuses. Chrétien, c’est-à-dire catholique, car il n’y a pas deux manières d’être chrétien, Chateaubriand bénéficia immédiatement de la vérité qu’il proclamait à la face d’une société fatiguée de guillotine et de Néant, ces deux aboutissants de la philosophie. Les Considérations sur la France du grand de Maistre avaient frappé les penseurs, les hommes d’État, les esprits qui comprennent avant les autres le sous-entendu des choses humaines que l’Événement dit tout haut plus tard ; mais le Génie du Christianisme saisit généralement toutes les classes d’esprits et même les femmes. C’était suprêmement un livre du passé, que cette glorification de dix-huit siècles de christianisme. L’auteur y rendait un hommage sans réserve aux institutions, aux systèmes, aux gouvernements que le christianisme avait produits. Il n’accusait pas ces gouvernements d’avoir vieilli, de n’être plus bons pour les générations présentes ; il disait, au contraire, que si les sociétés politiques pouvaient se reconstituer après avoir été brisées comme elles l’avaient été, ce devait être en revenant aux principes qui ne changent point, en prenant pour types des reconstructions sociales les impérissables modèles qu’on avait essayé de détruire. Mais par cela même qu’il était du passé, le Génie du Christianisme était suprêmement aussi un livre d’avenir. N’y était-il pas nettement établi à vingt endroits, que, hors la vérité, l’impérieuse vérité chrétienne, il n’y avait plus que ténèbres dans l’intelligence, corruption ou barbarie dans les mœurs ?

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, pages 81-82

[ réception critique ] [ contexte ] [ éloge ] [ structurant ] [ succès ]

   
Commentaires: 6
inséré par Coli Masson

— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

écrivain-sur-écrivain

Car c’est là le trait caractéristique de cette figure si moderne de Chateaubriand, dont le monde moderne s’est épris par amour de soi-même, parce qu’il y reconnaissait ses contradictions et ses orages, ses manières de sentir et ses manières de penser. Tour à tour, — on vient de le voir, — Chateaubriand a invoqué le passé et l’a foulé aux pieds, comme il a glorifié l’avenir et l’a maudit. À la première vue, on dirait qu’il a voulu être en mesure avec toutes les idées et sauver sa gloire des blessures du Temps sur tous les pavés. Mais, à la seconde, quand on l’a étudié, une telle idée s’efface bientôt. Il n’avait pas cette profondeur. La combinaison et la suite qu’elle suppose dans le caractère étaient impossibles à cet esprit changeant, contrasté, en perpétuelle opposition avec lui-même. S’il eut bien la coquetterie de sa gloire, il n’en eut point l’entente gênante et coûteuse. Homme de son temps (hélas ! c’est presque une injure), il n’était capable d’aucun cruel sacrifice, même à lui. Le soin qu’il eût pris aujourd’hui de sa gloire, il l’eût lassement, nonchalamment abandonné le lendemain. Jeune, il avait la fatigue de la vie : il écrivait René ; vieux, il traçait ses funéraires Mémoires d’Outre-Tombe avec le néant de tout dans le cœur. C’était sans plan, sans idée arrêtée qu’il allait et revenait du passé à l’avenir et de l’avenir au passé. Il se berçait au tangage de ce siècle qui s’en va échouer sur on ne sait quels écueils. Comme son époque, il était naturellement contradictoire, anarchique, même quand il voulait ne pas l’être, entraîné par son sentiment et remporté par sa raison, écartelé à ces deux infinis, comme disait Lamennais, un Écartelé du même genre, mais dont les membres rompus sont à présent dispersés et traînent par les chemins, méconnaissables et immondes, sur toutes les claies du mépris ! Certes, Chateaubriand fut moins coupable. Il n’a, du moins, rien apostasié. Si l’on rencontre dans ses ouvrages des idées contraires, s’il a fait de ses œuvres une espèce de musée d’armes pour toutes les causes, c’est que dans sa tête, tourbillon vivant, comme dans son époque, les idées s’entrechoquaient à grand bruit. Je ne sache qu’une chose sur laquelle il n’ait pas varié : c’est son opinion sur les Monarchies constitutionnelles. Il avait pris racine en cette erreur, mère de toutes ses fautes, car l’Erreur est essentiellement prolifique. Terrible Mégère de l’esprit qu’elle épouse, elle l’asservit par ses enfants ! Comme ses contemporains, plus développé par l’imagination que par la volonté, Chateaubriand était dupe de la forme des choses. Il fut souvent trahi par les plus belles phrases qu’il ait écrites, comme Napoléon par ses maréchaux. Au fond, rhéteur, s’il a bien parlé des rhéteurs, c’est qu’il a pu les étudier comme Massillon étudiait, sur le sien, les tendresses du cœur de la femme. Je l’ai dit au commencement de cette Étude, la gloire de cet homme ira diminuant. Ce que les années, ces Vanneuses des divers mérites des hommes, pourront tirer de sa mémoire ne sera guère ce qu’on croit, et ce qui, de son temps, le fit admirer. Sur ces sophismes anéantis, sur les contradictions détruites, la Postérité, qui aura vu la prophétie réalisée, saluera le Prophète et oubliera le rhéteur passionné d’un temps accompli. Alors Chateaubriand aura sa véritable place aux yeux de ce monde qui n’aime pas ceux qui le devinent, mais qui les respecte, tout en leur cachant son respect, par haine d’eux, jusque sous le nom qu’il leur donne, quand il les appelle — comme aujourd’hui, — des Prophètes du passé !

Auteur: Barbey d'Aurevilly Jules

Info: Les prophètes du passé, éditions La onzième heure, 2025, pages 92-94

[ critique ] [ paradoxal ] [ contemporain ] [ hésitant ] [ réception posthume ]

   

Commentaires: 0

inséré par Coli Masson

— Ψ ← B ← Φ · Le seuil n'est plus un nombre : c'est une dérivée.

clé de lecture

Cela veut dire quoi le Totem et tabou ? C’est que nous sommes nécessairement amenés, si nous voulons comprendre quelque chose qui est l’interrogation particulière de FREUD au niveau de cette expérience de l’œdipe chez ses malades, c’est que nous sommes amenés nécessairement à ce thème du "meurtre du père". Bien entendu vous savez, là, que FREUD ne s’interroge pas. Qu’est-ce que cela peut signifier que pour concevoir en somme un passage, qui est le passage de la nature à l’humanité, il faille qu’on passe par le meurtre du père ? Selon sa méthode, qui est une méthode d’observateur, de naturaliste, il groupe, il fait foisonner autour de cette sorte de point de concours, de carrefour, auquel il arrive, tous les documents, tout ce que lui apporte l’information ethnologique. 

Et bien entendu, que voyons-nous foisonner au premier chef ? La contribution particulière de son expérience rencontre le matériel ethnologique. Peu importe qu’il soit plus ou moins désuet maintenant, cela n’a aucune importance. Le fait que ce soit la fonction de la phobie, avec le thème du totem, qui soit là le point où il se retrouve, où il se satisfait, où il voit se conjuguer les signes dont il suit la trace, tout cela nous montre bien que ceci est absolument indiscernable d’un progrès qui met au premier plan cette fonction du signifiant. La phobie c’est un symptôme où vient au premier plan - d’une façon isolée, et promu comme tel - le signifiant. Je passais l’année dernière à vous l’expliquer, à vous montrer à quel point le signifiant d’une phobie est quelque chose qui a trente-six mille significations pour le sujet. C’est le point clé : c’est le signifiant qui manque pour que les significations puissent se tenir - au moins pour un temps - un peu tranquilles. Sans cela le sujet en est littéralement submergé.

De même, le totem est bien cela aussi : le signifiant à tout faire, le signifiant-clé, le signifiant grâce auquel tout s’ordonne, et principalement le sujet, car dans ce signifiant le sujet trouve ce qu’il est. Et c’est au nom de ce totem que pour lui s’ordonne aussi ce qui est interdit. Mais qu’est-ce que ceci, si l’on peut dire, nous voile, nous cache au dernier terme ? C’est ce "meurtre du père" lui-même, pour que ce soit autour de lui que puisse se faire la conversion, la révolution grâce à quoi les jeunes mâles de la horde vont voir s’ordonner quelque chose qui va être la loi primitive, c’est-à-dire l’interdiction de l’inceste. Ceci nous cache simplement ce lien étroit qu’il y a entre : 

– la mort, 

– et l’apparition du signifiant. 

Car n’oubliez quand même pas ceci, c’est que dans son train ordinaire, chacun sait que la vie ne s’arrête guère aux cadavres qu’elle fait, les grands poissons mangent les petits, ou même, les ayant tués, ne les mangent pas, mais il est certain que le mouvement de la vie nivelle ce qu’elle a devant soi à abolir, et c’est déjà là tout le problème, de savoir en quoi une mort est mémorisée, même si cette mémorisation est quelque chose qui reste en quelque sorte implicite, c’est-à-dire si, comme tout nous le laisse apparaître, il est de sa nature, à cette mémorisation, que ce soit oublié par l’individu, qu’il s’agisse du "meurtre du père" ou du meurtre de MOÏSE. 

Il est essentiellement de sa nature d’oublier ce qui reste absolument nécessaire comme la clé, comme le point pivot autour duquel doit tourner notre esprit : c’est qu’un certain lien a été fait signifiant, qui fait que cette mort existe autrement qu’à proprement parler dans le réel, dans le foisonnement de la vie. 

Il n’y a pas d’existence de la mort, il y a des morts, et voilà tout ! Et quand ils sont morts, personne dans la vie n’y fait plus attention. En d’autres termes, qu’est-ce qui fait : 

– et la passion de FREUD quand il écrit Totem et tabou, 

– et l’effet fulgurant de la production d’un livre qui apparaît et qui est très généralement rejeté et vomi ? 

C’est-à-dire que chacun se met à dire : 

– Qu’est-ce qu’il nous raconte celui-là ? 

– D’où vient-il ? 

– De quel droit nous raconte-t-il cela ? 

– Nous, ethnographes, nous n’avons jamais vu cela ! 

Ce qui n’empêche pas que c’est un des événements tout à fait capitaux de notre siècle, et qu’autour de cela effectivement toute l’inspiration du travail critique, ethnologique, littéraire, anthropologique, en est profondément transformée. Qu’est-ce que cela veut dire, si ce n’est que FREUD y conjugue deux choses : il conjugue le désir avec le signifiant. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 26 mars 1958

[ résumé ] [ réception critique ] [ mythe psychanalytique ] [ question ] [ nom-du-père ] [ inconscient ]

   

Commentaires: 0

inséré par Coli Masson

— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.