Aujourd’hui, non : le travail n’est plus productif, il est devenu reproductif de l’assignation au travail, comme habitus général d’une société qui ne sait même plus si elle a envie de produire ou pas. Plus de mythe de production, plus de contenus de production : les bilans nationaux ne retracent plus qu’une croissance chiffrée, statistique, vide de sens – une inflation de signes comptables sur lesquels on ne réussit même plus à faire phantasmer la volonté collective. Le pathos de la croissance lui-même est mort, comme le pathos de la production, dont il était la dernière érection affolée, paranoïaque – aujourd’hui détumescente* dans les chiffres – personne n’y croit plus. Mais il reste d’autant plus indispensable de reproduire le travail comme affectation sociale, comme réflexe, comme morale, comme consensus, comme régulation, comme principe de réalité. [...] Tout ce qu’on vous demande n’est pas de produire, de vous dépasser dans l’effort (cette éthique classique serait plutôt suspecte), c’est de vous socialiser. C’est de ne prendre nulle part de valeur, selon la définition structurale qui prend ici toute son envergure sociale, que comme termes respectifs les uns des autres. C’est de fonctionner comme signe dans le scénario général de la production, tout comme le travail et la production ne fonctionnent plus que comme signes, comme termes commutables avec le non-travail, la consommation, la communication, etc.
Années: 1929 - 2007
Epoque – Courant religieux: Récent et Libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: sociologue et philosophe
Continent – Pays: Europe - France