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witz

Ce que FREUD à l’occasion nous dit, c’est qu’à l’abri du trait d’esprit quelque chose s’est satisfait, qui est cette tendance agressive du sujet qui ne se manifesterait pas autrement.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 11 décembre 1957

[ dérivation ] [ métaphore ] [ manifeste-latent ] [ expression détournée ] [ jouissance ]

   
Commentaires: 1
inséré par Coli Masson

— Ψ → B → Φ · Chaque lecteur est un neurone d'un cerveau anthropo-Gaïen.

witz

[...] le mot d’esprit consiste en ceci qu’il se passe quelque chose dans l’Autre qui symbolise ce que l’on pourrait appeler la condition nécessaire à toute satisfaction. A savoir, que vous êtes entendu au-delà de ce que vous dites. En aucun cas en effet, ce que vous dites ne peut vraiment vous faire entendre. [...]

Ce qui, dans le trait d’esprit, supplée, au point de nous donner une sorte de bonheur, à l’échec de la communication du désir par la voie du signifiant, se réalise de la façon suivante – l’Autre entérine un message comme achoppé, échoué, et dans cet achoppement même reconnaît la dimension au-delà dans laquelle se situe le vrai désir, c’est-à-dire ce qui, en raison du signifiant, n’arrive pas à être signifié.

Vous voyez que la dimension de l’Autre s’étend ici un tant soit peu. En effet, il n’est plus seulement là le siège du code, il intervient comme sujet, entérinant un message dans le code, et le compliquant. C’est-à-dire qu’il est déjà au niveau de celui qui constitue la loi comme telle, puisqu’il est capable d’y ajouter ce trait, ce message, comme supplémentaire, c’est-à-dire comme désignant lui-même l’au-delà du message.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre V", "Les formations de l'inconscient (1957-1958)", éditions du Seuil, 1998, pages 149-150

[ plaisir ] [ court-circuitage ] [ implicite ]

   
Commentaires: 2
inséré par Coli Masson

— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · La transduction précède la computation.

witz

Quand vous verrez l’économie de ce livre [Le mot d'esprit et ses relations avec l'inconscient, de Freud], vous verrez qu’il est fondé sur ceci que FREUD part de la technique du mot d’esprit et qu’il y revient toujours, et que c’est appuyé sur la technique du mot d’esprit. Qu’est-ce que cela veut dire pour lui ? Cela veut dire technique verbale, comme on dit, et comme je vous dis plus précisément : technique du signifiant. C’est parce qu’il parle de la technique du signifiant et qu’il y revient sans cesse, que véritablement il débrouille le problème.

Il y fait apparaître des plans, c’est-à-dire que : tout d’un coup on voit avec la plus grande netteté ce qu’il faut savoir reconnaître et distinguer pour ne pas se perdre dans des confusions perpétuelles du signifié et des pensées qui ne permettent absolument pas de s’en sortir. Tout d’un coup on voit :

– qu’il y a un problème de l’esprit par exemple,

– et qu’il y a un problème du comique et que ce n’est pas la même chose,

– de même que le problème du comique et le problème du rire.

Cela a beau de temps en temps aller ensemble, et même tous les trois s’embrouiller, ce n’est quand même pas non plus le même problème. Le problème de l’esprit - pour s’éclairer - part chez FREUD de la technique signifiante.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 6 novembre 1957

[ résumé ] [ psychanalyse ] [ distinction ]

   
Commentaires: 5
inséré par Coli Masson

— Ψ ⇒ B ⇒ Φ · L'émotion traverse le temps comme l'eau traverse le sol.

witz

Le message en principe est fait pour être dans un certain rapport de distinction avec le code, mais là c’est sur le plan du signifiant lui-même que manifestement il est en violation du code, de la définition que je vous propose du trait d’esprit, en ce sens qu’il s’agit de savoir ce qui se passe, ce qui est la nature de ce qui s’y passe. Et le trait d’esprit est constitué par ceci que le message qui se produit à un certain niveau de la production signifiante, contient de par sa différence, de par sa distinction d’avec le code, il prend de par cette distinction et cette différence, valeur de message. Le message gît dans sa différence même d’avec le code.

Comment cette différence est-elle sanctionnée ? C’est là le deuxième plan dont il s’agit.

Cette différence est sanctionnée comme trait d’esprit par l’Autre, et ceci est indispensable, et ceci est dans FREUD, car il y a deux choses dans le livre de FREUD sur le trait d’esprit : c’est la promotion de la technique signifiante, la référence expresse à l’Autre comme tiers, que je vous serine depuis des années, qui est absolument articulée dans FREUD par la deuxième partie tout spécialement de son ouvrage, mais forcément depuis le début, perpétuellement : par exemple FREUD nous promeut que la différence du trait d’esprit et du comique tient en ceci par exemple, que le comique est duel.

Comme je le dis, le comique est la relation duelle, mais il faut qu’il y ait le tiers Autre pour qu’il y ait le trait d’esprit, et en effet cette sanction du tiers Autre, qu’il soit supporté par un individu ou pas, est absolument essentielle : l’Autre renvoie la balle, c’est-à-dire le range dans le code en tant que trait d’esprit, il dit - dans le code - que "ceci est un trait d’esprit". C’est essentiel, de sorte que si personne ne le fait, il n’y a pas de trait d’esprit. Autrement dit, si famillionnaire est un lapsus, et si personne ne s’en aperçoit, ça ne fait pas un trait d’esprit. Mais il faut que l’Autre le codifie comme trait d’esprit.

Et troisième élément de la définition : il est inscrit dans le code, de par cette intervention de l’Autre, que ce trait d’esprit a une fonction qui a un rapport avec quelque chose de tout à fait situé profondément au niveau du sens, et qui est, je ne dis pas une vérité [...].

Bien sûr cela contribue beaucoup, à notre plaisir, et nous y reviendrons mais je vous pose dès aujourd’hui que le trait d’esprit, si nous voulons le chercher - et avec FREUD, car FREUD nous conduira aussi loin que possible dans ce sens où est sa pointe, puisque de pointe il s’agit et pointe il y a - son essence tient en quelque chose qui a rapport à quelque chose de tout à fait radical dans le sens de la vérité, à savoir ce que j’ai appelé ailleurs, dans mon article sur L’instance de la lettre, quelque chose qui tient essentiellement à la vérité, qui s’appelle "la dimension d’alibi de la vérité".

À savoir que dans quelque point que nous puissions... et en entraînant chez nous je ne sais quelle diplopie mentale ...vouloir serrer de près quel est le trait d’esprit, ce dont il s’agit, ce qui fait expressément le trait d’esprit, c’est de désigner et toujours à côté, et de n’être vu que précisément en regardant ailleurs.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 6 novembre 1957

[ trinitaire ] [ inconscient ] [ mi-dire ] [ énonciation ] [ indirect ]

   
Commentaires: 3
inséré par Coli Masson

— Ψ → B → Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.

witz

Il est tout à fait frappant que pour s’introduire à l’analyse du comique il [Freud] mette au premier plan, comme étant ce qui dans le comique est le plus proche du mot d’esprit, avec la sûreté de l’orientation et de touche qui est celle de FREUD, ce qui est le plus proche du mot d’esprit et qu’il nous présente comme tel, c’est très précisément ce qui au premier abord pourrait paraître le plus éloigné du spirituel, c’est justement le naïf.

Le naïf, nous dit-il, est réalisé par quelque chose qui est fondé sur l’ignorance, et tout naturellement il en donne des exemples empruntés aux enfants : la scène - que je vous ai, je crois, déjà évoqué ici - des enfants qui, à l’usage des adultes, ont monté toute une petite historiette fort jolie, et qui consiste en ce qu’un couple se sépare, le mari allant chercher fortune, et revenant au bout de quelques années, ayant réussi en effet à trouver la richesse, mais que la femme accueille en lui disant :

"Tu vois, je me suis conduite magnifiquement, moi non plus je n’ai pas perdu mon temps pendant ton absence."

Et elle ouvre le rideau sur une rangée de dix poupées. C’est toujours une petite scène de marionnettes. Mais naturellement les enfants sont étonnés, peut-être simplement surpris - ils en savent peut-être plus long qu’on ne croit dans l’occasion - mais en tout cas ils sont surpris par le rire qui éclate chez les adultes qui sont venus assister à cette petite scène.

Voilà le type de la drôlerie, ou de la bonne histoire, ou du mot d’esprit "naïf" tel que FREUD nous le présente. […]

À la vérité, encore que bien entendu cette référence à l’enfant ne soit pas hors de saison, le trait, nous ne dirons même pas de l’ignorance, de ce quelque chose que FREUD définit très spécialement en ceci, qui en fait le caractère facilement supplétif dans le mécanisme du mot d’esprit, qui tient à ce qu’en somme : "il y a quelque chose - dit-il - qui nous plaît là-dedans" et qui est précisément ce qui joue le même rôle que ce que j’ai appelé tout à l’heure "fascination" ou "captivation métonymique", c’est que nous sentons chez celui qui parle, et dont il s’agit, qu’il n’y a pas du tout d’inhibition.

Et c’est cela, cette absence d’inhibition chez l’autre, qui nous permet à nous de faire passer chez l’autre, chez celui à qui nous le racontons et qui est déjà lui-même fasciné par cette absence d’inhibition, de faire passer l’essentiel du mot d’esprit, à savoir cet au-delà qu’il évoque, et qui ici, chez l’enfant, dans les cas que nous venons d’évoquer, ne consiste pas essentiellement dans leur drôlerie, mais dans l’évocation de ce temps de l’enfance où le rapport au langage est quelque chose de si proche qu’il nous évoque par là directement ce rapport du langage au désir qui est ce qui, dans le mot d’esprit, en constitue la satisfaction propre.

Nous allons prendre un autre exemple emprunté à l’adulte, et je crois déjà l’avoir cité à un moment donné. Un de mes patients qui ne se distinguait pas par ce qu’on appelle d’ordinaire des circonvolutions très poussées et qui racontant une de ces histoires un peu tristes, comme il lui en arrivait assez souvent, expliquait qu’il avait donné rendez-vous à une petite femme rencontrée dans ses pérégrinations, et que ladite femme lui avait tout simplement, comme cela lui arrivait souvent, posé ce qu’on appelle "un lapin". Il concluait son histoire en disant :

"J’ai bien compris, une fois de plus, que c’était là une femme de non-recevoir."

Il ne faisait pas un mot d’esprit, il disait quelque chose de fort innocent, qui pourtant a bien son caractère piquant, et satisfait chez nous quelque chose qui va bien au-delà de l’appréhension comique du personnage dans sa déception, qui à l’occasion si elle évoque chez nous - et c’est tout à fait douteux - un sentiment de supériorité, assurément est bien inférieure dans cette note. Puisque dans cette note je fais allusion à un des mécanismes qu’on a souvent promu, mis en avant, prétendument du mécanisme du comique, c’est à savoir celui qui consiste à nous sentir supérieur à l’autre.

Ceci est tout à fait critiquable, rien n’étant - encore que ce soit un fort grand esprit qui ait essayé d’ébaucher le mécanisme comique dans ce sens, à savoir LIPPS - il est tout à fait réfutable que ce soit là le plaisir essentiel du comique. S’il y a quelqu’un dans l’occasion qui garde toute sa supériorité, c’est bien notre personnage, qui trouve dans cette occasion matière à motiver une déception qui est tout à fait bien loin d’entamer une confiance en lui-même, inébranlable. Si quelque supériorité donc, s’ébauche à propos de cette histoire, c’est bien plutôt une sorte de leurre, c’est-à-dire que pour un temps tout vous engageait un instant dans ce mirage que constitue la façon dont vous vous le posez lui-même, ou dont vous vous posez celui qui raconte l’histoire, par rapport au texte du désir ou de la déception, mais ce qui se passe va bien au-delà.

C’est que justement, derrière ce terme de "femme de non-recevoir", ce qui se dessine, c’est le caractère fondamentalement décevant en lui-même de toute approche, bien au-delà du fait que telle ou telle approche particulière soit satisfaite. En d’autres termes ce qui nous amuse aussi là, c’est la satisfaction que trouve le sujet qui a laissé échapper ce mot innocent dans sa déception, à savoir qu’il la trouve suffisamment expliquée par une locution qu’il croit être la locution reçue, la métonymie toute faite pour de pareilles occasions.

[…]

Ici donc, ce que vous voyez c’est qu’en somme le trait d’esprit de l’ignorant ou du naïf, de celui dans l’occasion, pour faire mon mot d’esprit, qui cette fois-ci est toujours entier, si l’on peut dire, au niveau de l’Autre. Je n’ai plus besoin de provoquer chez l’Autre rien qui constitue cette coupe solide, elle m’est déjà toute donnée par celui qu’en élevant à la dignité d’histoire drôle, celui de la bouche duquel je recueille le mot précieux dont la communication va constituer un mot d’esprit, celui que j’élève en quelque sorte à la dignité de maître-mot par mon histoire.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 18 décembre 1957

[ psychanalyse ] [ définition ] [ cas particulier ] [ harmonie ] [ inconscient ]

   
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inséré par Coli Masson

— Ψ ± B ± Φ · Le carbone sp³ pense avant vous.