Qu’est-ce que l’analysé vient chercher ? Il vient chercher ce qu’il y a à trouver, ou plus exactement, s’il cherche c’est parce qu’il y a quelque chose à trouver. Et la seule chose qu’il y a à trouver à proprement parler c’est le trope par excellence, le trope des tropes, ce qu’on appelle "son destin".
Si nous oublions qu’il y a un certain rapport entre l’analyse et cette espèce de chose qui est de l'ordre de la figure, au sens où le mot "figure" peut s’employer pour dire "figure du destin", comme on dit aussi bien "figure de rhétorique", et que c’est pour cela que l’analyse n’a pas même pu faire un pas sans que surgisse le mythe, cela veut dire qu’on oublie simplement ses origines.
Il y a une chance c’est que parallèlement, dans l’évolution de l’analyse elle-même il y a une sorte de glissement qui est le fait d’une pratique toujours plus insistante, toujours plus prégnante, exigeante dans ses résultats à fournir, ainsi donc l’évolution de l’analyse a pu risquer de nous faire oublier l’importance, le poids de cette formulation des mythes, du mythe à l’origine.
Pour ceux qui ont laissé passer les choses ou qui ne le savent pas, l’articulation structuraliste du mythe, c’est ce quelque chose prenant un mythe dans son ensemble, je veux dire l’ἔπος [epos], l’histoire, la façon dont ça se raconte de bout en bout pour construire une sorte de modèle qui est uniquement constitué par une série de connotations oppositionnelles - à l’intérieur du mythe - des fonctions intéressées dans le mythe, par exemple dans le mythe d’ŒDIPE, le rapport père-fils, l’inceste. Je schématise bien sûr, je veux dire que je réduis pour vous dire de quoi il s’agit. On s’aperçoit que le mythe ne s’arrête pas là, à savoir qu’à la génération suivante - si c’est un mythe, ce terme de génération ne peut pas être conçu comme simplement la suite de l’entrée des acteurs il faut toujours qu’il y en ait : quand les vieux sont tombés, il y en a des petits qui reviennent pour que ça recommence.
Il y a une cohérence signifiante en ce qui se produit dans la constellation qui suit la première constellation, et c’est cette cohérence qui nous intéresse. Il se passe quelque chose que vous connoterez comme vous voudrez, les frères ennemis, puis d’autre part la fonction d’un amour transcendant qui va contre la loi, comme l’inceste, mais manifestement situé à l’opposé dans sa fonction, en tout cas ayant des relations que nous pouvons définir par un certain nombre de termes oppositionnels avec la figure de l’inceste.
Bref, je passe ce qui se passe au niveau d’ANTIGONE. C’est un jeu dans lequel il s’agit justement d’y détecter les règles qui lui donnent sa rigueur, et remarquez qu’il n’y a pas d’autre rigueur concevable que celle qui s’instaure dans le jeu justement. Bref, ce qui nous permet dans la fonction du mythe, dans ce jeu dans lequel les transformations s’opèrent selon certaines règles et qui se trouvent de ce fait avoir une valeur révélatrice, créatrice de configurations supérieures, de cas particuliers illuminants par exemple, bref, de démontrer cette même sorte de fécondité qui est celle des mathématiques, c’est de cela qu’il s’agit dans l’élucidation des mythes.
Et ceci nous intéresse de la façon la plus directe, puisqu’il ne peut se faire que nous n’abordions le sujet auquel nous avons affaire dans l’analyse sans rencontrer ces fonctions du mythe. C’est un fait prouvé par l’expérience. En tout cas c’est dès les premiers pas de l’analyse, que FREUD s’était soutenu par cette référence au mythe, dès la Traumdeutung et dès les Lettres à FLIESS : le mythe d’Œdipe.
Années: 1901 - 1981
Epoque – Courant religieux: récent et libéralisme économique
Sexe: H
Profession et précisions: psychanalyste
Continent – Pays: Europe - France