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invertis

Les homosexuels, on en parle. Les homosexuels, on les soigne. Les homosexuels, on ne les guérit pas. Et ce qu’il y a de plus formidable, c’est qu’on ne les guérit pas, malgré qu’ils soient absolument guérissables. Car il y a quelque chose qui se dégage de la façon la plus claire des observations, c’est que ce qui s’appelle homosexualité masculine est très proprement une inversion quant à l’objet, qui se motive, qui se structure au niveau d’un œdipe plein et achevé. 

À savoir au niveau d’un œdipe parvenu à cette troisième étape dont nous avons parlé à l’instant, ou plus exactement à quelque chose qui, dans cette troisième étape, tout en la réalisant, la modifie assez sensiblement pour qu’on puisse dire que l’homosexuel mâle - l’autre aussi, mais aujourd’hui nous allons nous limiter au mâle pour des raisons de clarté - l’homosexuel mâle a réalisé pleinement son œdipe. Et vous me direz : "Nous le savons bien : il l’a réalisé sous une forme inversée."

[…] Je crois que la clé du problème concernant l’homosexuel, est celle-ci : l’homosexuel en tant qu’homosexuel, à savoir dans toutes ses nuances, accorde cette valeur prévalente à l’objet pénis, en fait une caractéristique absolument exigible du partenaire sexuel, en tant que sous une forme quelconque c’est la mère qui - au sens où je vous ai appris à le distinguer - fait la loi au père.

Je vous ai dit que le père intervenait dans cette dialectique du désir - dans l’œdipe - pour autant que le père fait la loi à la mère. Ici, quelque chose qui peut être de diverses formes se résume toujours à ceci, que c’est la mère qui se trouve à un moment décisif avoir fait la loi au père. Cela veut dire quoi ? Vous allez le voir, cela veut dire très précisément ceci : qu’au moment où, de par l’intervention du père, aurait dû se passer la phase de dissolution concernant le rapport du sujet à l’objet du désir de la mère, c’est-à-dire au fait que la possibilité pour lui de s’identifier au phallus fut complètement passée, coupée à la racine par le fait de l’intervention interdictive du père, à ce moment-là, c’est dans la structure de la mère qu’il trouve le renfort, le support, le quelque chose qui fait que cette crise ne se passe pas. 

À savoir, si vous voulez, qu’au moment idéal, au temps dialectique où la mère devrait être prise comme privée de cet adjet comme tel, c’est-à-dire que le sujet ne sache plus littéralement de ce côté-là à quel saint se vouer, à ce moment-là il trouve sa sécurité.

Cela tient le coup parfaitement, du fait qu’il éprouve qu’en fait c’est la mère qui est la clé de la situation, qu’elle, elle ne se laisse ni priver, ni déposséder. En d’autres termes, que le père peut toujours bien dire ce qu’il veut, que pour une raison quelconque ça ne leur fera ni chaud ni froid. Cela ne veut pas dire que le père n’est pas entré en jeu.

[…] [Freud :] "Il est fréquent - c’est une des possibilités - qu’une inversion soit déterminée par la chute d’un père trop interdicteur." 

Il y a là-dedans les deux temps : l’interdiction, mais aussi que cette interdiction a échoué. En d’autres termes que c’est la mère qui, finalement là, a fait la Loi. Ceci explique aussi que dans de tout autres cas, où la marque de ce père interdicteur est brisée, le résultat soit exactement le même, et en particulier que dans des cas où le père aime trop la mère, où il apparaît par son amour comme trop dépendant de la mère, le résultat soit exactement le même.

Je ne suis pas en train de vous dire que le résultat est toujours le même, mais que dans certains cas il est le même. Ce dont il s’agit, ce n’est pas de différencier ce que cela fait quand du fait que le père aime trop la mère, ça fait un autre résultat qu’une homosexualité. Simplement je fais remarquer au passage que je ne me réfugie pas du tout dans la constitution pour cette occasion, parce qu’il y a des différences qui sont à établir, par exemple sur un effet du type névrose obsessionnelle, et nous le verrons à une autre occasion, mais pour l’instant je veux simplement grouper des causes différentes qui peuvent avoir un effet commun, à savoir que dans les cas où le père est trop amoureux de la mère, il se trouve en fait dans la même position d’être celui à qui la mère fait la loi. 

Il y a encore des cas… et c’est là l’intérêt de prendre cette perspective, c’est de voir comment cela peut rassembler des cas différents …des cas où le père - le sujet vous en témoigne - est toujours resté comme une espèce de personnage très à distance, dont les messages ne parvenaient que par l’intermédiaire de la mère. C’est ce dont témoigne le sujet.

Mais en réalité, l’analyse montre qu’il est loin d’être absent, à savoir en particulier que derrière la relation tensionnelle, très souvent marquée de toutes sortes d’accusations, de plaintes, de manifestations agressives comme on s’exprime, concernant la mère, qui constituent le texte de l’analyse d’un homosexuel, on s’aperçoit que la présence du père comme rival, c’est-à-dire dans le sens, non pas du tout de l’œdipe inversé, mais de l’œdipe normal, se découvre, et de la façon la plus claire, et dans ce cas-là on se contente de dire que l’agressivité contre le père a été transférée à la mère. 

On n’a tout de même pas quelque chose qui soit bien clair, mais on a quand même l’avantage de dire quelque chose qui, au moins, colle aux faits. Ce qu’il s’agit de savoir, c’est pourquoi il en est ainsi. Il en est ainsi parce que dans position critique où le père a été effectivement une menace pour l’enfant, l’enfant a trouvé sa solution. 

[…] Il a considéré que la façon de tenir le coup - parce que c’était la bonne, parce que la mère, elle, ne se laissait pas ébranler - c’était de s’identifier à la mère.

Aussi bien c’est très précisément en tant qu’étant dans la position de la mère, mais ainsi définie, qu’il va se trouver : 

– d’une part, pour autant qu’il s’adresse à un partenaire qui est alors le substitut du personnage paternel, à savoir comme il apparaît très fréquemment dans les fantasmes, les rêves, des homosexuels, que le rapport avec lui va consister à le désarmer, à le mater, voire d’une façon tout à fait claire chez certains homosexuels, à le rendre incapable, lui, le personnage substitut du père, de se faire valoir auprès d’une femme ou des femmes, 

– que d’autre part, cette phase qu’a l’exigence de l’homosexuel de rencontrer chez son partenaire l’organe pénien, correspond bien précisément à ceci, que dans la position primitive, celle qu’occupe la mère qui, elle, fait la loi au père, ce qui est justement mis en question - non pas résolu, mais mis en question - c’est à savoir si vraiment le père en a ou n’en a pas. 

Et c’est très précisément cela qui est demandé par l’homosexuel à son partenaire - bien avant tout autre chose, et d’une façon prévalante par rapport à autre chose - c’est avant tout - après cela on verra ce qu’on aura à en faire - mais avant tout : montrer qu’il en a.

J’irai même plus loin, j’irai jusqu’à vous indiquer ici que la valeur de dépendance que représente pour l’enfant l’amour excessif du père pour la mère, consiste précisément en ceci… dont vous pouvez vous souvenir et dont vous vous souvenez j’espère …choisi à votre intention, c’est à savoir : qu’"aimer, c’est toujours donner ce qu’on n’a pas, et non pas donner ce qu’on a". 

Je ne reviendrai pas sur les raisons pour lesquelles je vous ai donné cette formule, mais soyez-en certains, et prenez-la comme une formule clé, comme une petite rampe dont, à la toucher de la main, elle vous mènera - même si vous n’y comprenez rien, et c’est beaucoup mieux que vous n’y compreniez rien - elle vous mènera au bon étage. 

Aimer, c’est donner à quelqu’un - qui, lui, a ou n’a pas ce qui est en cause, mais assurément - c’est donner ce qu’on n’a pas. Donner par contre - c’est aussi donner - mais c’est donner ce qu’on a. C’est la différence. En tout cas, c’est pour autant que le père se montre véritablement aimant à l’endroit de la mère qu’il est soupçonné d’être suspect de n’en avoir pas. Et c’est sous cet angle que le mécanisme entre en jeu. C’est d’ailleurs bien pourquoi cette remarque que je vous fais : jamais les vérités ne sont complètement obscures ni inconnues, quand elles ne sont pas articulées, elles sont à tout le moins pressenties.

Je ne sais pas jusqu’à quel point vous avez remarqué que ce thème brûlant n’est jamais abordé par les analystes, encore qu’il soit au moins aussi intéressant de savoir si le père aimait la mère, que si la mère aimait le père. On pose toujours la question dans ce sens : l’enfant a eu une mère phallique castratrice, et tout ce que vous voudrez, et elle avait vis-à-vis du père une attitude autoritaire : manque d’amour, de respect, etc. Mais il est très curieux de voir que nous ne soulignons jamais la relation du père à la mère. C’est précisément dans la mesure où nous ne savons pas trop qu’en penser et où, somme toute, il ne nous apparaît pas pouvoir dire rien de bien normatif concernant ce sujet. Aussi laissons-nous bien soigneusement de côté, tout au moins jusqu’à aujourd’hui, cet aspect du problème. J’aurai très probablement à y revenir. 

Autre conséquence : il y a quelque chose aussi qui apparaît très fréquemment, et qui n’est pas un des moindres paradoxes de l’analyse des homosexuels, c’est quelque chose qui au premier abord, semble bien paradoxal par rapport à cette exigence du pénis chez le partenaire. Il apparaît de la façon la plus claire qu’il y a une chose dont ils ont une peur bleue, et on nous dit que c’est de voir l’organe de la femme parce que cela leur suggère des idées de castration. C’est peut-être vrai, mais pas de la façon que l’on pense, parce que ce qui les arrête devant l’organe de la femme, c’est précisément qu’il est censé - dans beaucoup de cas on le rencontre - avoir ingéré le phallus du père, que ce qui est redouté et craint dans la pénétration, c’est précisément la rencontre avec ce phallus.

Il y a des rêves, dont je vous citerai certains, qui sont bien enregistrés dans la littérature, et aussi bien dans ma pratique, où il apparaît de la façon la plus claire qu’au tournant où on peut arriver à articuler ce qu’il en est du rapport avec la femme, c’est ceci : que ce qui émerge à l’occasion dans la rencontre possible avec un vagin féminin, c’est très précisément un phallus qui se développe en somme comme tel, et qui représente ce quelque chose d’insurmontable devant lequel le sujet doit non seulement s’arrêter, mais rencontrer toutes les craintes, et qui donne au danger du vagin un tout autre sens que celui qu’on a cru devoir mettre sous la rubrique du vagin denté, qui existe aussi mais qui [...] au regard du vagin en tant qu’il contient le phallus hostile, le phallus paternel, le phallus à la fois fantasmatique, présent et absorbé par la mère, dont la mère elle-même détient la puissance véritable, est là précisément dans l’organe féminin, ceci articulant suffisamment toute la complexité des rapports de l’homosexuel avec les différents termes qui en quelque sorte [...]. 

Et c’est précisément parce que c’est là, si l’on peut dire, une situation stable, pas du tout duelle, une situation pleine de sécurité, une situation à trois pieds, et qu’elle n’est jamais envisagée que soutenue, si je puis dire, sous l’aspect d’une relation duelle, que jamais dans le labyrinthe des positions de l’homosexuel - et par conséquent par la faute de l’analyste - la situation ne vient jamais à être entièrement élucidée. 

En d’autres termes, c’est pour méconnaître que la situation… qui bien entendu, tout en ayant les rapports les plus étroits avec la mère …n’a son importance que par rapport au père, à la façon de ce qui devrait être le message de la Loi, est exactement tout le contraire, c’est-à-dire ce quelque chose qui, ingéré ou pas, est en définitive entre les mains de la mère, dont la mère a la clef, mais d’une façon, vous le voyez, beaucoup plus complexe que simplement par cette notion globale et massive qu’elle est la mère pourvue d’un phallus et que l’homosexuel se trouve être identifié à la mère.

Non pas du tout en tant qu’elle est purement et simplement ce quelque chose qui a ou n’a pas d’adjet, mais quelqu’un qui détient les clés de cette situation particulière qui est celle qui est au débouché de l’œdipe. À savoir ce point où se juge de savoir lequel des deux, en fin de compte, détient la puissance, non pas n’importe quelle puissance, mais très précisément la puissance de l’amour et pour autant que les liens complexes de l’édification de l’œdipe, tels qu’ils vous sont présentés ici, vous permettent de comprendre comment ce rapport à la puissance de la Loi correspond, retentit métaphoriquement avec le rapport à l’objet fantasmatique qu’est le phallus en tant qu’objet auquel doit se faire à un moment l’identification du sujet comme tel.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 29 janvier 1958

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Ajouté à la BD par Coli Masson