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fort-da

D’abord, est-il si clair que l’on puisse purement et simplement appeler satisfaction ce qui se produit au niveau hallucinatoire, c’est-à-dire dans les différents registres où nous pouvons incarner en quelque sorte cette thèse fondamentale de la satisfaction hallucinatoire du besoin primordial du sujet au niveau du processus primaire ?

Là-dessus, j’ai plusieurs fois introduit le problème. On dit : "Voyez le rêve", et on se rapporte toujours au rêve de l’enfant. C’est FREUD lui-même qui nous indique là-dessus la voie dans la perspective qu’il avait explorée, à savoir de nous indiquer le caractère fondamental du désir dans le rêve. Il a été amené à nous donner purement et simplement l’exemple du rêve de l’enfant comme type de la satisfaction hallucinatoire. 

De là, chacun sait que la porte est vite ouverte. Les psychiatres depuis longtemps avaient cherché à se faire une idée des rapports perturbés du sujet avec la réalité dans le désir. Par exemple en le rapportant à des structures analogues à celles du rêve. La perspective que nous introduisons ici ne nous permet pas d’apporter là une modification essentielle. 

Je crois qu’il est très important, au point où nous en sommes et en présence même des impasses et des difficultés que suscite cette conception d’une relation purement imaginaire du sujet avec le monde comme étant au principe même du développement de son rapport à la réalité, d’y opposer ceci, dont je vous montrais la place dans le petit schéma dont je ne cesserai pas de me servir et qui est celui-ci. Je le reprends dans sa forme la plus simple, dont je rappelle - dussé-je paraître le seriner un petit peu - ce dont il s’agit : c’est à savoir ici quelque chose qu’on peut appeler le besoin, mais que j’appelle d’ores et déjà le désir parce qu’il n’y a pas d’état originel, ni pur, du besoin et que dès l’origine, le besoin est motivé sur le plan du désir, c’est-à-dire de quelque chose qui chez l’homme est destiné à avoir un certain rapport avec le signifiant.

[…] 

[…] ce qui est réponse hallucinatoire au besoin n’est pas le surgissement d’une réalité fantasmatique au bout du circuit inauguré par l’exigence du besoin :

– c’est l’apparition, au bout de cette exigence, de ce mouvement qui commence à être suscité dans le sujet vers quelque chose qui doit en effet désigner pour lui quelque linéament,

– c’est l’apparition au bout de cela de quelque chose qui bien entendu, n’est pas sans rapport avec ce besoin qu’il a un rapport avec ce qu’on appelle l’objet mais qui fondamentalement dès je dirai l’origine, a ce caractère d’être quelque chose qui a un rapport tel avec cet objet que cela mérite d’être appelé un signifiant. Je veux dire quelque chose qui a essentiellement un rapport fondamental avec l’absence de cet objet, qui a déjà un caractère d’élément discret de signe.

Et FREUD lui-même ne peut pas faire autrement quand il articule ce mécanisme, cette naissance des structures inconscientes… consultez la lettre déjà citée par moi : la lettre 52 à Fliess, au moment où commence pour lui à se formuler un modèle de l’appareil psychique qui permette de rendre compte précisément du processus primaire …il faut qu’il admettre à l’origine que ce type d’inscription mnésique qui va répondre hallucinatoirement à la manifestation du besoin n’est rien d’autre que ceci : un signe.

C’est-à-dire quelque chose qui ne se caractérise pas seulement par un certain rapport avec l’image dans la théorie des instincts et de cette sorte de leurre qui peut suffire à éveiller le besoin et non pas à le remplir, mais quelque chose qui en tant qu’image, se situe déjà dans un certain rapport avec d’autres signifiants : 

– avec le signifiant par exemple qui lui est directement opposé, qui signifie son absence, 

– avec quelque chose qui est déjà organisé comme signifiant, déjà structuré dans ce rapport proprement fondamental qui est le rapport symbolique pour autant qu’il apparaît dans cette conjonction d’un jeu de la présence avec l’absence, de l’absence avec la présence, jeu lui–même lié ordinairement à une articulation vocale qui constitue déjà l’apparition d’éléments discrets de signifiants.

En fait, ce que nous avons comme expérience, ce que même on produit au niveau des règles les plus simples de l’enfant, n’est pas une satisfaction. En quelque sorte, quand il s’agit de la faim toute simple, du besoin de la faim, c’est quelque chose qui se présente déjà avec un caractère d’excès, si je puis dire, d’exorbitant. 

C’est justement ce qu’on a déjà défendu à l’enfant, tel le rêve de la petite Anna FREUD : "cerises, fraises, framboises, flan..." Tout ce qui est déjà entré dans une caractéristique proprement signifiante puisque c’est déjà ce qui a été interdit… et non pas simplement ce qui répond à un besoin, au besoin de toute satisfaction de la faim …qui consiste à se présenter sous le mode de festin des choses qui passent les limites justement de ce qui est l’objet naturel de la satisfaction du besoin. Ce trait tout à fait essentiel se retrouve absolument à tous les niveaux, à quelque niveau que vous preniez ce qui se présente, comme satisfaction hallucinatoire.

Et alors à l’inverse, que vous preniez les choses à l’autre bout : quand vous avez affaire à un délire où vous pouvez être tenté, faute de mieux, pendant un temps, avant FREUD, je dirai de chercher aussi quelque chose qui soit la correspondance d’une espèce de désir du sujet, vous y arrivez par quelques aperçus, quelques flash de biais, comme celui-là où quelque chose peut sembler représenter la satisfaction du désir. Mais n’est-il pas évident que le phénomène majeur le plus frappant, le plus massif, le plus envahissant de tous les phénomènes du délire ne soit pas n’importe quel phénomène, ne soit pas n’importe quelle chose qui se rapporte à une espèce de rêverie de satisfaction de désir ? 

C’est quelque chose d’aussi arrêté que l’hallucination verbale et avant toute autre chose… 

– avant de savoir si cette hallucination verbale se passe à tel ou tel niveau, 

– s’il y a là chez le sujet quelque chose comme une espèce de reflet interne sous forme d’hallucination psychomotrice qui est excessivement importante à constater, 

– s’il y a projection ou autre 

…n’apparaît-il pas dès l’abord que dans la structuration de ce qui se présente comme hallucination, ce qui domine d’abord et ce qui même devrait servir de premier élément de classification : 

– c’est sa structure dans le signifiant, 

– c’est que ce sont des phénomènes structurés au niveau du signifiant, 

– c’est que l’organisation même de ces hallucinations ne peut, même un instant, se penser sans voir que la première chose qu’il y a à apporter dans ce phénomène c’est que c’est un phénomène de signifiant.

Voici donc une chose qui doit toujours nous rappeler que s’il est vrai qu’on puisse aborder sous cet angle la caractérisation de ce qu’on peut appeler le principe du plaisir, à savoir la satisfaction fondamentalement irréelle du désir, la différenciation, la caractéristique que la satisfaction hallucinatoire du désir existe, c’est qu’elle est absolument originelle, qu’elle se propose dans le domaine du signifiant et qu’elle implique comme tel un certain lieu de l’Autre, qui n’est d’ailleurs pas forcément un autre mais un certain lieu de l’Autre, pour autant qu’il est nécessité par la position de cette instance du signifiant. 

Auteur: Lacan Jacques

Info: 5 février 1958

[ question ] [ demande ] [ parole ] [ concept psychanalytique ] [ impasse ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson