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famille

On peut dire que la constellation originelle d’où est sorti le développement de la personnalité du sujet [l'homme aux rats étudié par Freud] - je parle de "constellation" au sens où en parleraient les astrologues - ce à quoi elle doit sa naissance et son destin, sa préhistoire je dirais presque, à savoir les relations familiales fondamentales qui ont présidé à la jonction de ses parents, ce qui les a amenés à leur union, c’est quelque chose qui se trouve avoir un rapport, et un rapport dont on peut dire qu’il est peut-être définissable dans la formule d’une certaine transformation à proprement parler mythique, un rapport tout à fait précis – avec quoi ? – avec la chose qui apparaît la plus contingente, la plus fantasmatique, la plus paradoxalement morbide, à savoir le dernier état de développement de ce qu’on appelle, dans cette observation : "la grande appréhension obsédante du sujet", c’est-à-dire le scénario auquel il parvient, scénario imaginaire, comme étant celui qui doit résoudre pour lui l’angoisse provoquée par le déclenchement de sa grande crise.

Je m’explique.

La constellation familiale, la constellation originelle du sujet, par quoi est-elle formée, dans ce qu’on peut appeler la légende, la tradition familiale ? Par le récit d’un certain nombre de traits qui sont ceux qui typifient, ou spécifient l’union des parents, de ses géniteurs, et qui sont les suivants.

D’abord, le fait que le père… qui a été sous-officier au début de sa carrière, qui est resté un personnage très sous-officier, avec ce que cela comporte de note d’autorité – mais un peu dérisoire – une certaine dévaluation qui accompagne le sujet de façon permanente dans l’estime de ses contemporains, un mélange de braverie et d’éclat, dont on peut dire qu’il compose une sorte de personnage conventionnel et qu’on retrouve à travers l’homme sympathique qui est décrit dans les déclarations du sujet …ce père se trouve après son mariage dans la position suivante : il a fait ce qu’on appelle un mariage avantageux. En effet, c’est sa femme, qui appartient à un milieu beaucoup plus élevé dans la hiérarchie bourgeoise, qui a apporté à la fois les moyens de vivre et la situation même dont il bénéficie au moment où ils vont avoir leur enfant.

Donc, le prestige est du côté de la mère. Et une des taquineries les plus familières entre ces personnes - qui en principe s’entendent bien, et même semblent liées par une affection réelle - est une sorte de jeu fréquemment répété, un dialogue des époux où la femme fait une allusion à la fois amusée et taquine à l’existence, juste avant le mariage, à un vif attachement de son mari pour une jeune fille pauvre, mais jolie. Et le mari de se récrier et d’affirmer en chaque occasion qu’il s’agit là de quelque chose d’aussi fugitif que lointain et d’oublié. Mais ce jeu, dont la répétition même implique peut-être une part d’artifice, est quelque chose qui certainement impressionne profondément le jeune sujet qui deviendra plus tard notre patient.

D’autre part, il y a un autre élément du mythe familial qui n’est pas de peu d’importance. Le père a eu, au cours de sa carrière militaire, ce qu’on peut appeler en termes pudiques "des ennuis" et même de fort gros ennuis. Il n’a fait ni plus ni moins que dilapider les fonds dont il était dépositaire, les fonds du régiment au titre de ses fonctions, il les a dilapidés en raison de sa passion pour le jeu, et il n’a dû son honneur, voire même sa vie - au moins au sens de sa carrière, de la figure qu’il peut continuer à faire dans la société - qu’à l’intervention d’un ami qui lui a prêté la somme qu’il convenait de rembourser, et qui se trouve donc avoir été le sauveur, dans cet épisode dont on parle encore comme de quelque chose qui a été vraiment important et significatif dans le passé du père.

[…] Il faut toute l’intuition de FREUD - et je pourrai peut-être vous indiquer tout à l’heure ce qu’il a dit en cette occasion - pour comprendre qu’il y a là des éléments absolument essentiels du déclenchement de la névrose obsessionnelle.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Le mythe individuel du névrosé

[ psychanalyse ] [ étude de cas ] [ insertion dans la chaîne signifiante ] [ symptôme ]

 

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Ajouté à la BD par Coli Masson

partisanerie

Il y a [...] l'intellectuel de gauche et l'intellectuel de droite.

Je voudrais vous donner des formules qui, pour tranchantes qu'elles puissent paraître au premier abord, peuvent tout de même nous servir à éclairer le chemin.

Le terme de sot, de demeuré, qui est un terme assez joli pour lequel j'ai quelques penchants, tout ceci n'exprime qu'approximativement un certain quelque chose pour lequel je dois dire assurément la langue et la tradition, l'élaboration de la littérature anglaise, me paraît nous fournir un signifiant infiniment plus précieux.

Une tradition qui commence à Chaucer, mais qui s'épanouit pleinement dans le théâtre du temps d'Elisabeth ; qu'une tradition dis-je nous permette de centrer autour du terme de fool -- le fool est effectivement un innocent, un demeuré, mais par sa bouche sortent des vérités qui ne sont pas seulement tolérées, que parce que ce fool est quelquefois revêtu, désigné, imparti, des fonctions du bouffon.

Cette sorte d'ombre heureuse, de foolery fondamentale, voilà ce qui fait à mes yeux le prix de l'intellectuel de gauche.

À quoi j'opposerai [...] un terme employé d'une façon conjuguée [...] c'est le terme de knave.

Le knave, c'est-à-dire quelque chose qui se traduit à un certain niveau de son emploi par le valet, est quelque chose qui va plus loin.

Ce n'est pas non plus le cynique, avec ce que cette position comporte d'héroïque.

C'est à proprement parler ce que Stendhal appelle le coquin fieffé, c'est-à-dire après tout Monsieur Tout-le-Monde, mais Monsieur Tout-le-Monde avec plus ou moins de décision.

Et chacun sait qu'une certaine façon même de se présenter qui fait partie de l'idéologie de l'intellectuel de droite est très précisément de se poser pour ce qu'il est effectivement, un knave.

Autrement dit, à ne pas reculer devant les conséquences de ce qu'on appelle le réalisme, c'est-à-dire, quand il le faut, de s'avouer être une canaille.

Le résultat de ceci n'a d'intérêt que si l'on considère les choses au résultat.

Après tout, une canaille vaut bien un sot, au moins pour l'amusement, si le résultat de la constitution des canailles en troupe n'aboutissait infailliblement à une sottise collective.

C'est ce qui rend si désespérante en politique l'idéologie de droite.

Observons que nous sommes sur le plan de l'analyse de l'intellectuel et des groupes articulés comme tels.

Mais ce qu'on ne voit pas assez, c'est que par un curieux effet de chiasme, la foolery, autrement dit ce côté d'ombre heureuse qui donne le style individuel de l'intellectuel de gauche, aboutit elle fort bien à une knavery de groupe, autrement dit, à une canaillerie collective. [...]

Ce qui me fait le plus jouir, je l'avoue, c'est la face de la canaillerie collective.

Autrement dit, cette rouerie innocente, voire cette tranquille impudence qui leur fait exprimer tant de vérités héroïques sans vouloir en payer le prix.

Grâce à quoi ce qui est affirmé comme l'horreur de Mammon à la première page se finit à la dernière dans les ronronnements de tendresse pour le même Mammon.

Ce que j'ai voulu ici souligner, c'est que Freud n'est peut-être point un bon père, mais en tous cas, il n'était ni une canaille, ni un imbécile.

C'est pourquoi nous nous trouvons devant lui devant cette position déconcertante qu'on puisse en dire également ces deux choses déconcertantes dans leur lien et leur opposition : il était humanitaire, qui le contestera à pointer ses écrits, il l'était et il le reste, et nous devons en tenir compte, si discrédité que soit par la canaille de droite ce terme.

Mais d'un autre côté, il n'était point un demeuré, de sorte qu'on peut dire également, et ici nous avons les textes, qu'il n'était pas progressiste. Je regrette, mais c’est un fait, FREUD n’était progressiste à aucun degré, et il y a même des choses en ce sens chez lui extraordinairement scandaleuses. Le peu d’optimisme manifesté - je ne veux pas insister lourdement - sur les perspectives ouvertes par les masses est quelque chose qui, sous la plume d’un de nos guides, a quelque chose sûrement de bien fait pour heurter.

Auteur: Lacan Jacques

Info: L’éthique de la psychanalyse - 23 mars 1960

[ retour du refoulé ] [ hommage ] [ gauche-droite ] [ bêtise réductrice ]

 
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pulsion de mort

Au moment où je vous parle du paradoxe du désir, en ce qu’il consiste, en ce que les biens le masquent, vous pouvez entendre dehors les discours effroyables de la puissance. Il n’y a pas à se demander s’ils sont sincères ou hypocrites, s’ils veulent la paix, s’ils calculent les risques. S’il y a une impression, dans un pareil moment, qui domine, c’est bien celle de ce qui peut passer pour un bien prescriptible.

L’information servira d’appel, de capture pour les foules impuissantes auxquelles on la déverse comme une liqueur qui étourdit, au moment où elles glisseront vers l’abattoir. On en est à se demander si on oserait faire éclater le cataclysme, si d’abord on ne lâchait pas bride à ce grand bruit de voix.

Υ a-t-il plus consternant que cet écho répercuté dans ces petits appareils dont nous sommes tous pourvus, de ce qu’on appelle une conférence de presse ? À savoir ces questions stupidement répétées, auxquelles le leader répond avec une fausse aisance, appelant des questions plus intéressantes, et se permettant à l’occasion de faire de l’esprit. Hier, il y en a un, je ne sais où, à Paris ou à Bruxelles, qui nous a parlé de "lendemains qui déchantent". C’est drôle !

Il ne vous semble pas que la seule façon d’accommoder votre oreille à ce qui a retenti, ne peut se formuler que sous la forme : Qu’est-ce que ça veut ? Où est-ce que ça veut en venir ? Cependant, chacun s’endort avec le mol oreiller de "Ça n’est pas possible", alors qu’il n’y a rien de plus possible. Que c’est même cela par excellence le possible. Que le domaine du possible, que l’homme vise dans le possible, c’est pour que cela soit possible. Cela est possible parce que le possible, c’est ce qui peut répondre à la demande de l’homme et que l’homme ne sait pas ce qu’il met en mouvement avec sa demande.

[…]

C’est bien le moment - le moment où ces choses sont là possibles, possibles et pourtant enveloppées d’une sorte d’interdit d’y penser - de vous faire remarquer la distance et la proximité qui lie ce possible avec ces textes extravagants, que j’ai pris cette année comme pivot d’une certaine démonstration, les textes de SADE, et de vous faire remarquer que si la lecture de ces textes et leur accumulation d’horreurs n’engendrent - ne disons pas à la longue, simplement à l’usage - chez nous qu’incrédulité et dégoût […], …c’est pour autant que pour nous y rentre l’arrière-plan de l’ἔρως [erôs] naturel, qu’en fin de compte tout rapport, toute relation imaginaire, voire réelle de la recherche propre au désir pervers n’est là que pour nous suggérer l’impuissance du désir naturel, du désir de nature des sens à aller bien loin dans ce sens. C’est lui qui sur ce chemin, cède vite et cède le premier.

[…]

Assurément, il faut bien que le fil de la méthode nous manque pour qu’après tout, nous voyions que tout ce qui a pu, scientifique et littéraire, être élucubré dans ce sens est depuis longtemps dépassé d’avance et radicalement périmé par les élucubrations, de ce qui n’était après tout qu’un petit hobereau de province [Sade] manifestant un exemplaire social de la décomposition du type de noble, au moment où allaient être radicalement abolis ces privilèges.

Il n’en reste pas moins que toute cette formidable élucubration d’horreurs, devant lesquelles non seulement les sens et la possibilité humaine mais l’imagination fléchissent, ne sont strictement rien auprès de ce qui se passera, se verra, sera effectivement sous nos yeux à l’échelle collective si le grand, le réel déchaînement qui nous menace, éclate.

La seule différence qu’il y a entre l’exorbitance des descriptions de SADE et ce que représentera une telle catastrophe, c’est que dans la modification de la seconde ne sera entré aucun motif de plaisir. Ce n’est pas des pervers qui la déclencheront : ce sera des bureaucrates dont il n’est même pas question de savoir s’ils seront bien ou mal intentionnés. Ce sera déclenché sur ordre, et cela se perpétuera selon les règles, les rouages, les échelons qui obéiront, les volontés étant ployées, abolies, courbées vers une tâche qui perd ici son sens. [...] Cette tâche sera la résorption d’un insondable déchet.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 18 mai 1960

[ discours capitaliste ] [ destruction ] [ totalitarisme ] [ actualité ] [ modernité ] [ inconscient ]

 

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fonction paternelle

Ce que je recherche devant vous, le chemin sur lequel - à l’aide du drame claudélien vous le verrez - j’essaye de vous remettre, c’est de remettre au cœur du problème la castration.

– Parce que la castration et son problème sont identiques à ce que j’appellerai la constitution du sujet du désir comme tel : non pas du sujet du besoin, non pas du sujet frustré, mais du sujet du désir.

– Parce que - comme je l’ai déjà assez poussé devant vous - la castration est identique à ce phénomène qui fait que l’objet de son manque, au désir - puisque le désir est manque - est dans notre expérience identique à l’instrument même du désir : le phallus.

Je dis bien que l’objet de son manque, au désir - quel qu’il soit, même sur un autre plan que le plan génital - pour être caractérisé comme objet du désir, et non pas de tel ou tel besoin frustré, il faut qu’il vienne à la même place symbolique que vient remplir l’instrument même du désir, le phallus, c’est-à-dire cet instrument, en tant qu’il est porté à la fonction de signifiant.

[…] Et pourquoi cet instrument est-il porté à la fonction du signifiant ? Justement pour remplir cette place dont je viens de parler : symbolique. Quelle est-elle cette place ? Eh bien, justement elle est la place du point mort occupé par le père en tant que déjà mort : je veux dire en tant que du seul fait qu’il est celui qui articule la loi, sa voix ne peut que défaillir derrière. Car aussi bien : ou il fait défaut comme présence, ou comme présence, il n’est que trop là. C’est ce point où tout ce qui s’énonce repasse par zéro entre le oui et le non. Ce n’est pas moi qui l’ait inventée cette ambivalence radicale entre "le zist et le zest" - pour ne pas parler chinois, : entre l’amour et la haine, entre la complicité et l’aliénation.

La loi, pour tout dire, pour s’instaurer comme loi, nécessite comme antécédent la mort de celui qui la supporte. Qu’il se produise à ce niveau le phénomène du désir, c’est ce qu’il ne suffit pas simplement de dire. C’est pour cela que je m’efforce devant vous de fomenter ces schémas topologiques [graphe] qui nous permettent de repérer cette béance radicale. Elle se développe et le désir achevé n’est pas simplement ce point, mais est ce qu’on peut appeler "un ensemble" dans le sujet.

Cet "ensemble" dont j’essaie de vous marquer non seulement la topologie dans un sens paraspatial - la chose qui s’illustre – mais aussi les trois temps de cette explosion, temps d’appel au premier, au bout de quoi se réalise la configuration du désir. Et vous pouvez le voir marqué dans les générations. Et c’est pour cela qu’il n’y a pas besoin, pour situer la composition du désir chez un sujet de remonter dans une récurrence à perpète, jusqu’au père ADAM : trois générations suffisent.

– À la première, la marque du signifiant. C’est ce qu’illustre à l’extrême et tragiquement dans la composition claudélienne l’image de Sygne de COÛFONTAINE, portée jusqu’à la destruction de son être d’avoir été totalement arrachée à tous ses attachements de parole et de foi.

– Au deuxième temps ce qui en résulte. Car même sur le plan poétique les choses ne s’arrêtent pas à la poésie. Même des personnages créés par l’imagination de CLAUDEL, ça aboutit à l’apparition d’un enfant. Ceux qui parlent et qui sont marqués par la parole, engendrent : il se glisse dans l’intervalle quelque chose qui est d’abord infans. Et ceci, c’est Louis de COÛFONTAINE, à la deuxième génération l’objet totalement rejeté, l’objet non désiré, l’objet en tant que non désiré.

– Comment se compose, se configure à nos yeux, dans cette création poétique, ce qui va en résulter à la troisième génération, c’est-à-dire à la seule vraie - je veux dire qu’elle est là aussi au niveau de toutes les autres, les autres en sont des décompositions artificielles bien sûr, ce sont des antécédents de la seule dont il s’agit - comment le désir se compose entre : la marque du signifiant, et la passion de l’objet partiel, c’est là ce que j’espère vous articuler la prochaine fois.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 10 mai 1961

[ psychanalyse ] [ généalogie ] [ transmission ] [ question ]

 

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extrémités

Je veux dire que la tendance Mélanie KLEIN a tendu à mettre l’accent sur la fonction d’objet de l’analyste dans la relation transférentielle. Bien sûr ça n’est pas là le départ de la position, mais c’est dans la mesure où elle restait, cette tendance... même si vous voulez, vous pouvez dire que c’est Mélanie KLEIN la plus fidèle à la pensée freudienne, à la tradition freudienne ...la plus fidèle, qu’elle a été amenée à articuler la relation transférentielle en termes de fonction d’objet pour l’analyste.

Je m’explique : dans la mesure où dès le départ de l’analyse, dès les premiers pas, dès les premiers mots, la relation analytique est pensée par Mélanie KLEIN comme dominée par les fantasmes inconscients, qui sont là tout de suite :

– ce à quoi il nous faut viser,

– ce à quoi nous avons affaire,

– ce que dès le départ, je ne dis pas que nous devons, mais que nous pouvons interpréter,

...c’est dans cette mesure que Mélanie KLEIN a été amenée à faire fonctionner l’analyste - la présence analytique dans l’analyste, l’intention de l’analyste pour le sujet - comme bon ou comme mauvais objet.

Je ne dis pas que c’est là une conséquence nécessaire, je crois même que c’est une conséquence qui n’est nécessaire qu’en fonction des défauts de la pensée kleinienne. C’est justement dans la mesure où la fonction du fantasme - encore qu’aperçue de façon très prégnante - a été par elle insuffisamment articulée : c’est le grand défaut de l’articulation kleinienne, c’est que, même chez ses meilleurs acolytes ou disciples, qui certes plus d’une fois s’y sont efforcés, la théorie du fantasme n’a jamais vraiment abouti.

[…] L’autre versant de la théorie du transfert est celui qui met l’accent sur ceci - qui n’est pas moins irréductible et est aussi plus évidemment vrai - que l’analyste est intéressé dans le transfert comme sujet. C’est évidemment à ce versant que se réfère cette accentuation qui est mise - dans l’autre mode de penser le transfert - sur "l’alliance thérapeutique".

Il y a une véritable cohérence interne entre ceci [l’alliance thérapeutique] et ce qui l’accompagne : ce corrélat de l’analyste, ce mode de concevoir le transfert - qui est le second, celui pour lequel j’ai épinglé Anna FREUD qui le désigne en effet pas mal, mais elle n’est pas la seule - qui met l’accent sur les pouvoirs de l’ego. Il ne s’agit pas simplement de les reconnaître [ces pouvoirs] objectivement, il s’agit de la place qu’on leur donne dans la thérapeutique. Et là qu’est-ce qu’on vous dira ?

C’est qu’il y a toute une première partie du traitement où il n’est même pas question de parler, de penser à mettre en jeu ce qui est à proprement parler du plan de l’inconscient. Vous n’avez d’abord que défenses - c’est le moindre de ce qu’on pourra vous dire - ceci pendant un bon bout de temps. Ceci se nuance plus dans la pratique que dans ce qui se doctrine, et c’est à deviner à travers la théorie qui en est faite.

Ce n’est pas tout à fait la même chose de mettre au premier plan - ce qui est ô combien légitime - l’importance des défenses, et d’arriver à théoriser les choses jusqu’à faire de l’ego lui-même une espèce de masse d’inertie qui peut même être conçue - et c’est le propre de l’école de KRIS, HATMANN et des autres - comme comportant, après tout disons-le, des éléments pour nous irréductibles, ininterprétables en fin de compte. C’est à ça qu’ils aboutissent et les choses sont claires, je ne leur fais pas dire ce qu’ils ne disent pas : ils le disent. Et le pas plus loin, c’est qu’après tout il en est très bien ainsi, et que même on devrait le rendre encore plus irréductible cet ego, y rajouter des défenses, après tout c’est un mode concevable de mener l’analyse. Je ne suis pas du tout, en ce moment, en train d’y mettre même une connotation de jugement de rejet, c’est comme ça.

Ce qu’on peut dire en tout cas c’est que, comparé à ce que l’autre versant formule, il ne semble pas que ce soit ce côté-là qui soit le plus freudien, c’est le moins qu’on puisse dire.

Auteur: Lacan Jacques

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parlêtre

Le terme de signifiant prend un sens plein à partir d’un certain moment de l’évolution de la linguistique, celui où est isolée la notion d’élément signifiant très liée dans l’histoire concrète au dégagement de la notion de "phonème". Bien entendu uniquement localisée à cette notion, la notion de signifiant, pour autant qu’elle nous permet de prendre le langage au niveau d’un certain registre élémentaire, nous pouvons la définir doublement :

– comme chaîne d’une part, diachronique,

– et comme possibilité à l’intérieur de cette chaîne, possibilité permanente de substitution dans le sens synchronique.

Cette prise à un niveau fondamental, élémentaire des fonctions du signifiant, est la reconnaissance, au niveau de cette fonction, d’une puissance originale qui est précisément celle où nous pouvons localiser :

– un certain engendrement de quelque chose qui s’appelle le sens,

– et quelque chose qui en soi est très riche d’implications psychologiques, ...et qui reçoit une sorte de complémentation… sans même avoir besoin de pousser plus loin soi-même sa voie, sa recherche, de creuser plus loin son sillon …dans ce que FREUD lui-même nous a déjà préparé à ce point de jonction du champ de la linguistique avec le champ propre de l’analyse.

Il s’agit de nous montrer que ces "effets psychologiques", que ces "effets d’engendrement du sens" ne sont rien d’autre, ne se recouvrent exactement qu’avec ce que FREUD nous a montré comme étant les formations de l’inconscient. Autrement dit, nous pouvons saisir ce quelque chose qui reste jusque-là élidé dans ce qu’on peut appeler "la place de l’homme", c’est très précisément ceci : le rapport étroit qu’il y a entre le fait que pour lui existent des objets d’une hétérogénéité, d’une diversité, d’une variabilité vraiment surprenantes, par rapport aux objets biologiques.

Car ce que nous pouvons attendre comme étant le correspondant de son existence de l’organisme vivant, ce quelque chose de singulier que présente un certain style, une certaine diversité surabondante, luxuriante, et en même temps une insaisissabilité - comme telle, comme objet biologique - du monde des objets humains, c’est quelque chose qui se trouve, dans cette conjoncture, devoir être étroitement et indissolublement relaté à la soumission, à la subduction de l’être humain par le phénomène du langage.

Bien sûr ceci n’avait pas manqué d’apparaître, mais jusqu’à un certain point et d’une certaine façon masqué, masqué pour autant que ce qui est saisissable au niveau du discours, et du discours concret, se présente toujours par rapport à cet engendrement du sens dans une position d’ambiguïté, ce langage en effet étant tourné déjà vers les objets qui incluent en eux-mêmes quelque chose de la création qu’ils ont reçue du langage même, et quelque chose qui déjà a pu faire l’objet précisément de toute une tradition, voire d’une rhétorique philosophique, celle qui pose la question dans le sens le plus général de la critique du jugement : qu’est-ce que vaut ce langage ? Qu’est-ce que représentent ces connexions par rapport aux connexions auxquelles elles paraissent aboutir - qu’elles se posent même refléter - qui sont les connexions du réel ?

C’est bien là tout ce à quoi aboutit en effet une tradition de critique, une tradition philosophique dont nous pouvons définir la pointe et le sommet par KANT. Et déjà d’une certaine façon, qu’on puisse interpréter, penser la critique de KANT comme la plus profonde mise en cause de toute espèce de réel, pour autant qu’il est soumis aux "catégories a priori" non seulement de l’esthétique mais aussi de la logique, c’est bien quelque chose qui représente un point pivot au niveau duquel la méditation humaine repart pour retrouver ce quelque chose qui n’était point aperçu dans cette façon :

– de poser la question au niveau du discours, au niveau du discours logique, au niveau de la correspondance entre une certaine syntaxe du cercle intentionnel en tant qu’il se ferme dans toute phrase,

– de le reprendre en dessous et en travers de ce livre de la critique du discours logique,

– de reprendre l’action de la parole dans cette chaîne créatrice où elle est toujours susceptible d’engendrer de nouveaux sens : par la voie de la métaphore de la façon la plus évidente, par la voie de la métonymie d’une façon qui, elle, est restée - je vous expliquerai pourquoi quand il en sera temps - jusqu’à une époque toute récente toujours profondément masquée.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 20 novembre 1957

[ définition ] [ condensation ] [ condition humaine ] [ psychanalyse-philosophie ] [ aliénation fondamentale ] [ performativité rétroactive du signifiant ]

 

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stade oral

Qu’est-ce qu’une "demande orale" ? C’est la demande d’être nourri qui s’adresse à qui, à quoi ? Elle s’adresse à cet Autre qui entend et qui, à ce niveau primaire de l’énonciation de la demande, peut vraiment être désigné comme ce que nous appelons "le lieu de l’Autre", l’Autre, on, l’Autron dirai-je, à faire rimer nos désignations avec des désignations familières en physique.

Voilà à cet Autron abstrait, impersonnel, adressée par le sujet, à son insu plus ou moins, cette demande d’être nourri.

Nous avons dit : toute demande, du fait qu’elle est parole, tend à se structurer en ceci :

– qu’elle appelle de l’Autre une réponse sous sa forme inversée,

– qu’elle évoque de par sa structure, sa propre forme transposée selon une certaine inversion.

À la demande d’être nourri répond - de par la structure signifiante, au lieu de l’Autre, d’une façon que l’on peut dire contemporaine logiquement à cette demande - au niveau de l’Autron, la demande de se laisser nourrir. Et nous le savons bien - dans l’expérience ce n’est pas là élaboration raffinée d’un dialogue fictif - nous savons bien que c’est de cela qu’il s’agit entre l’enfant et la mère chaque fois qu’il éclate dans ce rapport le moindre conflit dans ce qui semble être fait pour se rencontrer, se boucler d’une façon strictement complémentaire.

Quoi en apparence qui réponde mieux à la demande d’être nourri que celle de se laisser nourrir ? Nous savons pourtant :

– que c’est dans ce mode même de confrontation des deux demandes que gît cet infime gap, cette béance, cette déchirure où peut s’insinuer, où s’insinue d’une façon normale la discordance, l’échec préformé de cette rencontre consistant en ceci même, que justement elle est non pas rencontre de tendances mais rencontre de demandes,

– que c’est dans cette rencontre de la demande d’être nourri, et de l’autre demande de se laisser nourrir que se glisse le fait - manifesté au premier conflit éclatant dans la relation de nourrissage - que cette demande, un désir la déborde,

– et qu’elle ne saurait être satisfaite sans que ce désir s’y éteigne, que c’est pour que ce désir qui déborde de cette demande, ne s’éteigne pas, que le sujet même qui a faim - de ce qu’à sa demande d’être nourri, réponde la demande de se laisser nourrir - ne se laisse pas nourrir, refuse en quelque sorte de disparaître comme désir, du fait d’être satisfait comme demande parce que l’extinction ou l’écrasement de la demande dans la satisfaction, ne saurait se produire sans tuer le désir.

C’est de là que sortent ces discordances, dont la plus imagée est celle du refus de se laisser nourrir, de l’anorexie dite à plus ou moins juste titre mentale. Nous trouvons là cette situation que je ne saurais mieux traduire qu’à jouer de l’équivoque des sonorités de la phonématique française, c’est qu’on ne saurait avouer à l’Autre le plus primordial ceci : "tu es le désir",

– sans du même coup lui dire : "tuer le désir",

– sans lui concéder qu’il tue le désir,

– sans lui abandonner le désir comme tel.

Et l’ambivalence première, propre à toute demande, c’est que dans toute demande est impliqué aussi que le sujet :

– ne veut pas qu’elle soit satisfaite,

– vise en soi la sauvegarde du désir,

– témoigne de la présence aveugle du désir, innommé et aveugle.

Ce désir qu’est-ce que c’est ? Nous le savons de la façon la plus classique et la plus originelle, c’est en tant :

– que la demande orale a un autre sens que la satisfaction de la faim,

– qu’elle est demande sexuelle,

– qu’elle est dans son fond - nous dit FREUD depuis les Trois Essais sur la Théorie de la Sexualité - cannibalique, et que le cannibalisme a un sens sexuel.

Il nous le rappelle - c’est là ce qui est masqué dans la première formulation freudienne - que de se nourrir pour l’homme est lié au bon vouloir de l’Autre, lié à ce fait par une relation polaire, existe aussi ce terme, que ce n’est pas seulement du pain de son bon vouloir que le sujet primitif a à se nourrir, mais bel et bien du corps de celui qui le nourrit.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 15 mars 1961

[ définition ] [ faille ] [ insatisfaction satisfaisante ]

 

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contre-transfert

En d’autres termes, ici apparaît ce que j’appellerai "l’idéal stoïcien" qu’on se fait de l’apathie de l’analyste.

Vous le savez, on a d’abord identifié les sentiments, disons en gros négatifs ou positifs, que l’analyste peut avoir vis-à-vis de son patient, avec les effets chez lui d’une non complète réduction de la thématique de son propre inconscient. Mais si ceci est vrai pour lui-même, dans sa relation d’amour propre, dans son rapport au petit autre en soi-même [(a)], à l’intérieur de soi, j’entends dire ce par quoi il se voit autre qu’il est, ce qui a été découvert, entrevu, bien avant l’analyse, cette considération n’épuise pas du tout la question de ce qui se passe légitimement quand il a affaire à ce petit autre, à l’autre de l’imaginaire, au-dehors.

Mettons les points sur les "i" : la voie de l’apathie stoïcienne, le fait qu’il reste insensible aux séductions comme aux sévices éventuels de ce petit autre au-dehors en tant que ce petit autre au-dehors a toujours sur lui quelque pouvoir, petit ou grand, ne serait-ce que ce pouvoir de l’encombrer par sa présence, est-ce à dire que cela soit à soi tout seul imputable à quelque insuffisance de la préparation de l’analyste en tant que tel ? Absolument pas en principe. Acceptez ce stade de ma démarche. Ce n’est pas dire que j’y aboutis. Mais je vous propose simplement cette remarque : de la reconnaissance de l’inconscient, nous n’avons pas lieu de dire, de poser qu’elle mette par elle-même l’analyste hors de la portée des passions. Ce serait impliquer que c’est toujours et par essence de l’inconscient que provient l’effet total, global, toute l’efficience d’un objet sexuel ou de quelque autre objet capable de produire une aversion quelconque, physique. En quoi ceci serait-il nécessité, je le demande, si ce n’est pour ceux qui font cette confusion grossière d’identifier l’inconscient comme tel avec la somme des pulsions vitales ?

[…] pourquoi un analyste, sous prétexte qu’il est bien analysé, serait insensible au fait que tel ou tel provoque en lui les réactions d’une pensée hostile, qu’il voie en cette présence - il faut la supporter bien sûr pour que quelque chose de cet ordre se produise - comme une présence qui n’est évidemment pas en tant que présence d’un malade, mais présence d’un être qui tient de la place. Et plus, justement, nous le supposerons imposant, plein, normal, plus légitimement il pourra se produire en sa présence toutes les espèces possibles de réactions. Et de même, sur le plan intrasexuel par exemple, pourquoi en soi le mouvement de l’amour ou de la haine serait-il exclu, disqualifierait–il l’analyste dans sa fonction ?

À ce stade, à cette façon de poser la question il n’y a aucune autre réponse que celle-ci : en effet pourquoi pas ! Je dirai même mieux, mieux il sera analysé, plus il sera possible qu’il soit franchement amoureux ou franchement en état d’aversion, de répulsion sur les modes les plus élémentaires des rapports des corps entre eux, par rapport à son partenaire. Si nous considérons tout de même que ce que je dis là va un peu fort, en ce sens que ça nous gêne, que ça ne s’arrange pas, tout de même qu’il doit bien y avoir quelque chose de fondé dans cette exigence de l’apathie analytique, c’est qu’il doit bien falloir qu’elle s’enracine ailleurs.

[…] si l’analyste réalise, comme l’image populaire, ou aussi bien comme l’image déontologique qu’on s’en fait, cette apathie, c’est justement dans la mesure où il est possédé d’un désir plus fort que ceux dont il peut s’agir, à savoir : d’en venir au fait avec son patient, de le prendre dans ses bras, ou de le passer par la fenêtre - cela arrive - j’augurerais même mal de quelqu’un qui n’aurait jamais senti cela, j’ose le dire.

Mais enfin il est un fait qu’à cette pointe près de la possibilité de la chose, cela ne doit pas arriver d’une façon ambiante. Cela ne doit pas arriver, non pas dans la mesure négative d’une espèce de décharge imaginaire totale de l’analyste, dont nous n’avons pas à poursuivre plus loin l’hypothèse, quoique cette hypothèse serait intéressante, mais en raison de quelque chose qui est ce dans quoi je pose la question ici cette année, que l’analyste dit : "je suis possédé d’un désir plus fort". Il est fondé en tant qu’analyste, en tant que s’est produite pour tout dire une mutation dans l’économie de son désir.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 8 mars 1961

[ moi idéal ] [ stéréotype ] [ préjugé ] [ radicalité ] [ déplacement subjectif ] [ fausseté ]

 

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structure incorporée du langage

Qu’est-ce que l’hystérique fait ? Qu’est-ce que DORA fait au dernier terme ? Je vous ai appris à en suivre les cheminements et les détours dans les identifications complexes, dans le labyrinthe où elle se trouve confrontée - avec quoi ? - avec ce dans quoi FREUD lui-même trébuche et se perd. Car ce qu’il appelle l’objet de son désir, vous savez qu’il s’y trompe justement parce qu’il cherche la référence de DORA en tant qu’hystérique d’abord et avant tout dans le choix de son objet, d’un objet sans doute petit (a). Et il est bien vrai que d’une certaine façon M. K. est l’objet petit (a), et après lui : FREUD lui-même, et qu’à la vérité c’est bien là le fantasme, pour autant que le fantasme est le support du désir. Mais DORA ne serait pas une hystérique si ce fantasme, elle s’en contentait. Elle vise autre chose, elle vise à mieux, elle vise grand A. Elle vise l’Autre absolu : Mme K. Je vous ai expliqué depuis longtemps que Mme K. est pour elle l’incarnation de cette question : "Qu’est-ce qu’une femme ?".

Et à cause de ceci, au niveau du fantasme, ce n’est pas S◊a, le rapport de fading, de vacillation, qui caractérise le rapport du sujet à ce (a) qui se produit mais autre chose, parce qu’elle est hystérique, c’est un grand A comme tel, Grand A auquel elle croit, contrairement à une paranoïaque. "Que suis-je ?" a pour elle un sens qui n’est pas celui de tout à l’heure, des égarements moraux ni philosophiques, ça a un sens plein et absolu.

Et elle ne peut pas faire qu’elle n’y rencontre, sans le savoir, le signe Φ [grand phi] parfaitement clos, toujours voilé qui y répond. Et c’est pour cela qu’elle recourt à toutes les formes qu’elle peut donner du substitut le plus proche, remarquez-le bien, à ce signe Φ. C’est à savoir que, si vous suivez les opérations de DORA ou de n’importe quelle autre hystérique, vous verrez qu’il ne s’agit jamais pour elle que d’une sorte de jeu compliqué par où elle peut, si je puis dire, subtiliser la situation en glissant là où il faut le ϕ [petit phi] du phallus imaginaire.

C’est à savoir que : son père est impuissant avec Mme K. : eh bien qu’importe ! C’est elle qui fera la copule, elle paiera de sa personne, c’est elle qui soutiendra cette relation. Et puisque ça ne suffit pas encore, elle fera intervenir l’image substituée à elle - comme je vous l’ai dès longtemps montré et démontré - de M. K. qu’elle précipitera aux abîmes, qu’elle rejettera dans les ténèbres extérieures, au moment où cet animal lui dira juste la seule chose qu’il ne fallait pas lui dire : "Ma femme n’est rien pour moi", à savoir elle ne me fait pas bander. Si elle ne te fait pas bander, alors donc à quoi est-ce que tu sers ?

Car tout ce dont il s’agit pour DORA, comme pour toute hystérique, c’est d’être la procureuse de ce signe sous la forme imaginaire. Le dévouement de l’hystérique, sa passion de s’identifier avec tous les drames sentimentaux, d’être là, de soutenir en coulisse tout ce qui peut se passer de passionnant et qui n’est pourtant pas son affaire, c’est là qu’est le ressort, qu’est la ressource autour de quoi végète, prolifère tout son comportement. Si elle échange son désir toujours contre ce signe - ne voyez pas ailleurs la raison de ce qu’on appelle sa "mythomanie" - c’est qu’il y a autre chose qu’elle préfère à son désir : elle préfère que son désir soit insatisfait afin que l’Autre garde la clé de son mystère.

C’est la seule chose qui lui importe, et c’est pour cela que, s’identifiant au drame de l’amour, elle s’efforce, cet Autre, de le réanimer, de le réassurer, de le recompléter, de le réparer. En fin de compte c’est bien de cela qu’il nous faut nous défier : de toute idéologie réparatrice, de notre initiative de thérapeutes, de notre vocation analytique. Ce n’est certes pas la voie de l’hystérique qui nous est le plus facilement offerte, de sorte que ce n’est pas là non plus que la mise en garde peut prendre le plus d’importance.

[…] la formule du fantasme hystérique peut s’écrire ainsi : a/-ϕ ◊ A. Soit : (a), l’objet substitutif ou métaphorique, sur quelque chose qui est caché, à savoir -ϕ, sa propre castration imaginaire dans son rapport avec l’Autre.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 19 avril 1961

[ résumé ] [ reprise critique ] [ définition ] [ symbolique ] [ identification ] [ éthique psychanalytique ]

 

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métaphore paternelle

Le point central, le point pivot, le point médiateur, ou plus exactement le moment où le père apparaît comme médié par la mère dans le complexe d’Œdipe, est très précisément celui où maintenant il se fait sentir comme interdicteur. J’ai dit que là, il est "médié" : il est médié parce que c’est en tant qu’interdicteur qu’il va apparaître. Où ? Dans le discours de la mère.

Je vous fais remarquer ici, de même que tout à l’heure ce discours de la mère était saisi à l’état brut dans cette première étape du complexe d’Œdipe, ici, dire qu’il est médié, ça ne veut pas dire que nous faisons encore intervenir ce que le sujet-même de la mère, fait de la parole du père. 

Cela veut dire que cette parole du père intervient effectivement dans ce qui résulte sous la forme du discours de la mère. Il apparaît donc à ce moment-là moins voilé que dans la 1ère étape, mais il n’est pas complètement révélé : c’est ce que veut dire cet usage du terme "médié" en cette occasion. En d’autres termes, à cette étape il intervient ici [M] au titre du message pour la mère. "Lui" il a la parole ici, et ce qu’il dit, c’est une interdiction, c’est un "ne pas..." qui se transmet ici [message], au niveau où l’enfant reçoit le message attendu de la mère.

C’est un message sur un message, et cette forme particulière de message sur un message… dont je vais vous dire, à ma très grande surprise, que les linguistes ne la distinguent pas comme telle, en quoi on voit qu’il y a bien intérêt à ce que nous fassions notre jonction avec les linguistes …message sur un message, c’est le message d’interdiction. Ce n’est pas simplement pour l’enfant, et déjà à cette époque "Tu ne coucheras pas avec ta mère", c’est aussi pour la mère "Tu ne réintégreras pas - et ce sont toutes les formes bien connues de ce qu’on appelle l’instinct maternel qui rencontrent ici un obstacle - "Tu ne réintégreras pas ton produit". 

Chacun sait que la forme primitive de l’instinct maternel se manifeste chez certains animaux peut-être plus encore chez les hommes, en réintégrant, comme nous le disons élégamment, oralement ce qui est sorti par un autre côté. C’est très précisément de cela qu’il s’agit.

Cette interdiction parvient ici [M] comme telle, de même qu’on peut dire ici [A], que quelque chose se manifeste, qui est précisément le père en tant qu’Autre. Et en principe, c’est de là qu’existe la potentialité, la virtualité, en fin de compte salutaire, qui tient à ce que, de ce fait, l’enfant est profondément mis en question, ébranlé dans sa position d’assujet. 

En d’autres termes, c’est pour autant : 

– que l’objet du désir de la mère est mis en question par l’interdiction paternelle, 

– que l’interdiction paternelle empêche que le cercle se referme complètement sur lui, à savoir qu’il devienne purement et simplement objet du désir de la mère, ...que tout le processus qui normalement devrait s’arrêter là - à savoir la relation symbolique à l’Autre - a déjà cette triplicité implicite qu’il y a dans le rapport de l’enfant à la mère, puisque ce n’est pas elle qu’il désire, mais son désir. Il y a déjà cette ternarité : c’est déjà un rapport symbolique.

Néanmoins tout est remis en question, du désir de ce désir, à partir du moment où son premier bouclage, sa première réussite, à savoir la trouvaille de l’objet du désir de la mère échappe complètement par l’interdiction paternelle, et laisse le désir du désir de la mère chez l’enfant le bec dans l’eau.

Cette 2ème étape, un peu moins faite de potentialité que la première - elle, tout à fait sensible et perceptible mais essentiellement instantanée si on peut dire, transitoire - est pourtant capitale, car en fin de compte c’est elle qui est le cœur de ce qu’on peut appeler le moment privatif du complexe d’Œdipe. 

C’est pour autant que l’enfant est débusqué lui-même, et pour son plus grand bien, de cette position idéale dont lui et la mère pourraient se satisfaire, de cette fonction de son objet métonymique [phallus], c’est pour autant qu’il est là débusqué, que peut s’établir la 3ème relation, l’étape suivante : celle, féconde, où il devient autre chose. Il devient cette autre chose dont je vous ai parlé la dernière fois, celle qui comporte l’identification au père et le titre virtuel à avoir ce que le père a.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 29 janvier 1958

[ nom-du-père ] [ surmoi maternel ] [ mère-enfant ] [ trinité ] [ triade ] [ castration ] [ cannibalisme ]

 

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