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nœud borroméen

[à partir du schéma du bouquet renversé à deux miroirs ]

En effet, le sujet virtuel, reflet de l’œil mythique, c’est-à-dire l’autre que nous sommes, est là où nous avons d’abord vu notre ego – hors de nous, dans la forme humaine. cette forme est hors de nous, non pas en tant qu’elle est faite pour capter un comportement sexuel, mais en tant qu’elle est fondamentalement liée à l’impuissance primitive de l’être humain. L’être humain ne voit sa forme réalisée, totale, le mirage de lui-même, que hors de lui-même. [...]

Ce que le sujet qui, lui, existe, voit dans le miroir est une image, nette ou bien fragmentée, inconsistante, décomplétée. Cela dépend de sa position par rapport à l’image réelle. [...]

De l’inclinaison du miroir dépend donc que vous voyiez plus ou moins parfaitement l’image. Quant au spectateur virtuel, celui que vous vous substituez par la fiction du miroir pour voir l’image réelle, il suffit que le miroir plan soit incliné d’une certaine façon pour qu’il soit dans le champ où on voit très mal. De ce seul fait, vous aussi vous voyez très mal l’image dans le miroir. Disons que cela représente la difficile accommodation de l’imaginaire chez l’homme.

Nous pouvons supposer maintenant que l’inclinaison du miroir plan est commandée par la voix de l’autre. Cela n’existe pas au niveau du stade du miroir, mais c’est ensuite réalisé par notre relation avec autrui dans son ensemble – la relation symbolique. Vous pouvez saisir dès lors que la régulation de l’imaginaire dépend de quelque chose qui est situé de façon transcendante [...] – le transcendant dans l’occasion n’étant ici rien d’autre que la liaison symbolique entre les êtres humains.

Qu’est-ce que c’est que la liaison symbolique ? C’est [...] que, socialement, nous nous définissons par l’intermédiaire de la loi. C’est de l’échange des symboles que nous situons les uns par rapport aux autres nos différents moi – vous êtes, vous, Mannoni, et moi, Jacques Lacan, et nous sommes dans un certain rapport symbolique qui est complexe, selon les différents plans où nous nous plaçons, selon que nous sommes ensemble chez le commissaire de police, ensemble dans cette salle, ensemble en voyage.

En d’autres termes, c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. C’est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d’approximation, de l’imaginaire. [...]

Un tel schéma vous montre que l’imaginaire et le réel jouent au même niveau. Pour le comprendre, il suffit de faire un petit perfectionnement de plus à cet appareil. Pensez que ce miroir est une vitre. Vous vous voyez dans la vitre et vous voyez les objets au-delà. Il s’agit justement de cela – d’une coïncidence entre certaines images et le réel.

Auteur: Lacan Jacques

Info: Dans le "Séminaire, Livre I", "Les écrits techniques de Freud (1953-1954)", éditions du Seuil, 1975, pages 221 à 223

[ genèse du concept ] [ constitution de la structure psychologique ]

 

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complexe d'Œdipe

[...] non seulement le meurtre du père n’ouvre pas la voie vers la jouissance que la présence du père était censée interdire, mais si je puis dire, elle en renforce l’interdiction.

Tout est là, et c’est bien là ce qu’on peut appeler à tous les points de vue - je veux dire dans le fait et aussi dans l’explication - la faille, c’est à savoir que l’obstacle étant exterminé sous la forme du meurtre, la jouissance n’en reste pas moins interdite. Bien plus - ai-je dit - cette interdiction est renforcée. Cette faille interdictive est donc, si je puis dire, soutenue, articulée, rendue visible par le mythe, mais elle est en même temps profondément camouflée par lui. C’est bien pourquoi l’important de Totem et Tabou est d’être un mythe, on l’a dit, peut-être le seul mythe dont l’époque moderne ait été capable. Et c’est FREUD qui l’a inventé.

L’important est ceci : c’est de nous attacher à ce que comporte cette faille, au fait que tout ce qui la franchit, l’affranchit, fait l’objet d’une dette au Grand Livre de la dette. Tout exercice de la jouissance comporte quelque chose qui s’inscrit à ce Livre de la dette dans la loi. Bien plus, il faut bien que quelque chose dans cette régulation soit ou paradoxe, ou le lieu de quelque dérèglement, car le contraire, le franchissement de la faille dans l’autre sens, n’est pas équivalent.

FREUD écrit le Malaise dans la civilisation pour nous dire que tout ce qui est viré de la jouissance à l’interdiction va dans le sens d’un renforcement toujours croissant de l’interdiction. Quiconque s’applique à se soumettre à la loi morale voit, lui, toujours se renforcer les exigences toujours plus minutieuses, plus cruelles de son surmoi.

Pourquoi n’en est-il pas de même en sens contraire ? Il est un fait, c’est qu’il n’en est rien, et que quiconque s’avance dans la voie de la jouissance sans frein, au nom de quelque forme que ce soit du rejet de la loi morale, rencontre des obstacles dont notre expérience nous montre tous les jours la vivacité sous des formes innombrables et qui n’en supposent peut-être pas moins quelque chose d’unique à sa racine.

C’est au point que nous arrivons à la formule qu’une transgression est nécessaire pour accéder à cette jouissance et que, pour retrouver Saint PAUL, c’est très précisément à cela que sert la loi, que la transgression dans le sens de la jouissance ne s’accomplit qu’à s’appuyer sur le principe contraire, sur les formes de la loi. Et si les voies vers la jouissance ont quelque chose en elles-mêmes qui s’amortit, qui tend à être impraticable, c’est l’interdiction qui lui sert, si je puis dire, de véhicule tout-terrain, d’autochenille, pour sortir de ces boucles qui ramènent toujours l’homme, tournant en rond, vers l’ornière d’une satisfaction courte et piétinée.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 mars 1960

[ psychanalyse ] [ explication ] [ rapport proportionnel ]

 

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lois du signifiant

[…] la métonymie est à proprement parler le lieu où nous devons situer ce quelque chose de primordial […] qui est la dimension de la valeur.

Et cette dimension de la valeur est proprement quelque chose qui a sa dimension du sens [propre à la métaphore] par rapport à elle. Elle se repose et s’impose :

– comme étant en contraste,

– comme étant un autre versant,

– comme étant un autre registre.

Si certains d’entre vous sont assez familiers, je ne dis pas du Capital tout entier - qui a lu Le Capital ! - mais du 1er livre du Capital que tout le monde, en général a lu, je vous prie de vous reporter à la page où MARX... au niveau de la formulation de ce qu’on appelle la théorie de "la forme particulière de la valeur de la marchandise" …dans une note, se révèle être un précurseur du stade du miroir.

À cette page, MARX fait cette remarque, surabondante dans ce prodigieux Premier livre qui montre, lui - chose rare - quelqu’un qui tient un discours philosophique articulé, et il fait cette proposition : qu’avant toute espèce d’étude des rapports quantitatifs de la valeur, il convient de poser :

– que rien ne peut s’instaurer sinon sous la forme d’abord de l’institution de cette sorte d’équivalence fondamentale qui n’est pas simplement dans tant d’autres de toiles égales mais dans la moitié du nombre de vêtements,

– qu’il y a déjà quelque chose qui doit se structurer dans l’équivalence toile-vêtement, à savoir que des vêtements peuvent représenter la valeur de la toile, c’est-à-dire que ce n’est donc pas en tant que vêtement qu’il est quelque chose que vous pouvez porter,

– qu’il y a quelque chose de nécessaire au départ même de l’analyse dans le fait que le vêtement peut devenir le signifiant de la valeur de la toile,

– qu’en d’autres termes, l’équivalence qui s’appelle valeur tient proprement à l’abandon, de la part d’un ou de deux des deux termes, d’une partie également très importante de leur sens.

C’est dans cette dimension que se situe l’effet de sens de la ligne métonymique, ce qui nous permettra dans la suite de trouver :

– à quoi sert cette mise en jeu de l’effet de sens dans les deux registres de la métaphore et de la métonymie,

– en quoi ils se rapportent, du fait de cette commune mise en jeu, à une dimension, à une perspective qui est celle essentielle qui nous permet de rejoindre le plan de l’inconscient.

C’est ce qui rend nécessaire que nous fassions appel précisément, et d’une façon centrée autour de cela, à la dimension de l’Autre en tant qu’il est le lieu, le récepteur, le point pivot nécessaire de cet exercice.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 27 novembre 1957

[ différences ] [ philosophie ] [ résumé ] [ déplacement ] [ grand autre ]

 

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parlêtre

Est-ce à dire qu’en fin de compte une machine […] est en quelque sorte capable d’authentifier, d’entériner comme telle, si nous la supposons suffisamment complexe pour faire l’analyse exhaustive complète des éléments de signifiant, si elle est capable d’accuser le coup et de dire "ceci est un trait d’esprit", c’est-à-dire que pour une certaine façon l’égal du message par rapport au code est juste ce qui convient pour que nous soyons dans les limites, au moins possibles, de quelque chose qui s’appelle un trait d’esprit.

Bien entendu cette imagination n’est là que produite d’une façon purement humoristique. Il n’en est pas question, la chose va de soi. Qu’est-ce à dire ? Est-ce que cela suffit à ce que nous disions qu’il faut en somme que nous ayons en face de nous un homme ? Bien sûr, cela peut aller de soi, et nous en serons très contents. Si nous nous disons cela, cela correspond à peu près en masse à l’expérience, mais justement parce que, pour nous, le terme de "l’inconscient" existant avec son énigme : "l’homme", c’est justement la sorte de réponse qu’il nous faut décomposer. Nous commencerons par dire qu’il nous faut en face de nous un sujet réel.

Ceci indique que puisque c’est dans cette direction de sens que gît le rôle du trait d’esprit, ce sens - nous l’avons déjà indiqué et affirmé - ne peut être conçu que par rapport à l’interaction d’un signifiant et d’un besoin. Autrement dit, pour une machine, l’absence de cette dimension du besoin est ce qui fait objection et obstacle à ce que d’aucune façon elle entérine le mot d’esprit. Nous voyons donc bien que c’est situé au niveau de la question, mais pouvons-nous dire pour autant que ce quelqu’un de réel doit avoir avec nous des besoins homogènes ?

Ce n’est pas quelque chose qui est forcément indiqué dès le départ de notre démarche puisqu’en somme dans le trait d’esprit ce besoin ne sera nulle part désigné et que, ce que le trait d’esprit désigne, ce vers quoi il porte, est quelque chose qui est une distance précisément entre le besoin et ce quelque chose qui est mis en jeu dans un certain discours, et qui de ce fait-même nous met à une distance d’une série infinie de réactions par rapport à ce qui est à proprement parler le besoin. Voilà donc une première définition.

[…]

Car en somme nous nous trouvons entre ces deux termes :

– d’abord d’avoir affaire à un sujet réel, c’est-à-dire à un vivant,

– d’autre part d’être un vivant qui entend le langage, et même bien plus, qui possède un stock de ce qui s’échange verbalement des usages, des emplois, des locutions, des termes, sans quoi bien entendu il ne serait pas question que nous entrions avec lui, d’aucune façon, en communication par le langage.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 11 décembre 1957

[ intelligence artificielle ] [ énoncé-énonciation ] [ homme-machine ] [ spécificité ] [ désir ]

 
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message

[…] le signifiant au début est fait pour servir à quelque chose, il est fait pour exprimer une demande. Arrêtons-nous donc un instant au ressort de la demande. C’est ce quelque chose d’un besoin qui passe au moyen d’un signifiant qui est adressé à l’Autre. […]

[…] la demande est quelque chose qui par soi-même est si relative à l’Autre, que le fait que ce soit l’Autre qui l’accuse, il se trouve tout de suite en posture d’accuser le sujet lui-même, de le repousser, alors qu’en évoquant le besoin il authentifie ce besoin, il l’assume, il l’homologue, il l’amène à lui, il commence déjà à le reconnaître, ce qui est une satisfaction essentielle.

Le mécanisme de la demande naturellement… et le fait que l’Autre par nature s’y oppose, ou encore on pourrait dire, que la demande par nature exige qu’on s’y oppose pour être soutenue comme demande …est lié justement à l’introduction dans la communication du langage, et illustré à chaque instant par le mode sous lequel l’Autre accède à la demande.

[…] après tout dans cette demande de satisfaction d’un besoin, qu’est-ce qui se passe purement et simplement ? Nous répondons à la demande. Nous donnons à notre prochain ce qu’il nous demande. Par quel trou de souris faut-il qu’il passe ? Par quelle réduction de ses prétentions faut-il qu’il se réduise lui-même pour que la demande soit entérinée ?

[…] C’est à un Autre - au-delà de celui qui est en face de vous - en fin de compte, que la réponse à la demande, l’accord de la demande, est déféré. Et l’histoire - qui est une des histoires sur lesquelles FREUD fait pivoter son analyse du mot d’esprit - l’histoire dite "du saumon mayonnaise", est la plus belle histoire qui en donne ici l’illustration.

Un personnage s’indigne, après avoir à un quémandeur donné quelque argent dont il a besoin pour faire face à je ne sais quelles dettes, à ses échéances, de le voir donner à l’objet de la générosité, un emploi autre que celui qui répond en quelque sorte déjà à quelque autre esprit limité.

C’est une véritable histoire drôle, quand le retrouvant le lendemain dans un restaurant en train de s’offrir ce qui est considéré comme le signe de la dépense somptuaire : du "saumon à la mayonnaise", avec ce petit accent viennois que peut donner le ton de l’histoire, il lui dit :

"Comment ! Est-ce pour cela que je t’ai donné de l’argent ? Pour t’offrir du saumon mayonnaise !"

À quoi l’autre entre dans le mot d’esprit et répond :

"Mais alors je ne comprends pas !

Quand je n’ai pas d’argent je ne peux pas avoir de saumon mayonnaise.

Quand j’en ai je ne peux pas non plus en prendre !

Quand donc mangerai-je du saumon mayonnaise ?"

Auteur: Lacan Jacques

Info: 4 décembre 1957

[ reconnaissance ] [ dialectique du refus ] [ petit autre-grand autre ] [ blague ] [ choix forcé ]

 

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discours scientifique

Il est clair que l’expansion, la dominance de ce sujet pur de la science est ce qui vient à ces effets dont vous êtes tous les acteurs et les participants, à savoir : ces profonds remaniements des hiérarchies sociales qui constituent la caractéristique de notre temps.

Eh bien, ce qu’il faut que vous sachiez, parce que vous allez le voir et vous le verrez de plus en plus – si naturellement jusqu’ici vous ne l’avez pas vu, encore que ça crève les yeux – c’est qu’il y a un prix dont ça se paye l’universalisation du sujet, en tant qu’il est le sujet parlant, l’homme.

Le fait que s’effacent les frontières, les hiérarchies, les degrés, les fonctions royales et autres, même si ça reste sous des formes atténuées, plus ça va plus ça prend un tout autre sens, et plus ça devient soumis aux transformations de la science, plus c’est ce qui domine toute notre vie quotidienne et jusqu’à l’incidence de nos objets a*. Je ne peux pas [en rester] ici, mais s’il est un des fruits les plus tangibles, que vous pouvez maintenant toucher tous les jours, de ce qu’il en est des progrès de la science, c’est que les objets a cavalent partout, isolés, tous seuls et toujours prêts à vous saisir au premier tournant.

Je ne fais là allusion à rien d’autre qu’à l’existence de ce qu’on appelle les mass-média, à savoir ces regards errants et ces voix folâtres dont vous êtes tout naturellement destinés à être de plus en plus entourés – sans qu’il n’y ait pour les supporter autre chose que [ce qui est intéressé] par le sujet de la science qui vous les déverse dans les – yeux et dans les oreilles.

Seulement il y a une rançon à ça – vous ne vous en êtes pas encore aperçus, quoi que vous ayez traversé – malgré tout il y a un certain nombre d’entre vous qui n’avait pas seulement un an ou deux à ce moment là, mais certainement il s’est produit pas mal de choses – c’est que, probablement en raison de cette structure profonde, les progrès de la civilisation universelle vont se traduire, non seulement par un certain malaise comme déjà Monsieur Freud s’en était aperçu, mais par une pratique, dont vous verrez qu’elle va devenir de plus en plus étendue, qui ne fera pas tout de suite voir son vrai visage, mais qui a un nom qui, qu’on le transforme ou pas voudra toujours dire la même chose et qui va se passer : la ségrégation.

Messieurs les nazis, vous pourriez leur en avoir une reconnaissance considérable, ont été des précurseurs et ont d’ailleurs eu tout de suite, un peu plus à l’Est, des imitateurs, pour ce qui est de concentrer les gens – c’est la rançon de cette universalisation pour autant qu’elle ne résulte que du progrès du sujet de la science.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 1964. *façon dont notre désir recouvre le monde. Tout entichement pour une chose ou une autre témoigne de l'emprise de l'objet a, indice de l'objet à jamais perdu.

[ objectivation ] [ réification ] [ cheptel humain ] [ fascisme ]

 

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lois du signifiant

Cette métonymie, je l’ai déjà plusieurs fois introduite, et nommément dans cet article qui s’appelle L’instance de la lettre dans l’inconscient.

Je vous en ai donné un exemple exprès pris au niveau vulgaire de cette expérience qui peut vous ressortir de vos souvenirs de vos études secondaires, à savoir de votre grammaire... la métonymie est ce qu’on appelait à ce moment-là, dans cette espèce de perspective d’une sorte de QUINTILIEN sous-estimé, car il est bien clair que ce n’est pas l’étude des figures de rhétorique qui a pu vous étouffer, on n’en a jamais jusqu’ici fait grand état ...au point où nous en sommes de notre conception des formes du discours, cette métonymie, j’en ai pris cet exemple : "trente voiles" au lieu de "trente navires", marquant à ce propos que ces "trente voiles" ne sont pas purement et simplement ce qu’on vous dit à ce propos, à savoir "prise de la partie pour le tout", à savoir référence au réel, car assurément il y a bien plus de trente voiles. Il est rare que les navires n’aient qu’une seule voile, mais puisqu’il y a là un arrière-plan littéraire, vous savez qu’on trouve ces "trente voiles" dans un certain monologue du Cid. C’est simplement un point de référence ou d’annonce pour l’avenir.

Nous voici avec ces "trente voiles" et nous ne savons qu’en faire, parce qu’après tout ou bien elles sont 30 et il n’y a pas 30 navires, ou bien il y a 30 navires et elles sont plus de 30. Or cela veut dire 30 navires, et il est bien certain que, en indiquant que c’est dans la correspondance mot pour mot de ce dont il s’agit qu’il faut chercher la direction de ce qu’on appelle ici la fonction métonymique, je ne fais là simplement que proposer devant vous une sorte d’aspect problématique de la chose.

Mais il convient que nous entrions plus dans le vif de la différence qu’il y a avec la métaphore, car après tout vous pourriez me dire que c’est une métaphore. Pourquoi ça n’en est pas une ? C’est bien là la question.

[…]

Je crois avoir suffisamment dit - ce qui n’est pas sans laisser quelques énigmes - que c’était essentiellement dans la substitution le ressort structural de la métaphore, dans cette fonction apportée à un signifiant S, en tant que ce signifiant est substitué à un autre dans une chaîne signifiante.

La métonymie est ceci : fonction que prend un signifiant - également S - en tant que ce signifiant est - dans la contiguïté de la chaîne signifiante - en rapport avec un autre signifiant :

f(S…S1) S2 = S (–) s

la fonction donnée à cette "voile" en tant que dans une chaîne signifiante, et non pas dans une substitution signifiante, est en rapport avec le navire. J’ai donc transféré le sens de la façon la plus claire.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 27 novembre 1957

[ figure de style ] [ déplacement ] [ définition ] [ psychanalyse ]

 

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gouvernement

CRÉON - pour autant qu’il vient là illustrer ce que nous avançons quant à la structure de l’éthique tragique, qui est celle de la psychanalyse - CRÉON illustre ceci : il veut le bien. Ce qui après tout est bien son rôle.

Le chef, c’est celui qui conduit la communauté. Il est là pour le bien de tous. Quelle est sa faute ? ARISTOTE nous le dit, et d’un terme qu’il promeut comme essentiel à l’action tragique, c’est le terme d’ἁμαρτία [amartia].

Ce terme, nous avons quelque peine à le traduire : erreur - et, infléchi dans la direction éthicienne, éthique par instant - erreur de jugement, en venons-nous à l’interpréter. Ça n’est peut-être pas si simple. Et ARISTOTE la fait - cette erreur de jugement - essentielle au ressort tragique.

[…] Ça n’est pas au niveau du vrai héros qu’est l’ἁμαρτία, c’est au niveau de CRÉON qu’est cette erreur de jugement.

Son erreur de jugement […] est justement […] pour lui CRÉON, de vouloir faire de ce bien la loi sans limites, la loi souveraine, la loi qui déborde, qui dépasse une certaine limite, qu’il ne s’aperçoit même pas qu’il franchit cette fameuse limite dont on croit bien sûr en avoir dit assez en disant qu’ANTIGONE la défend, qu’il s’agit des lois non écrites de la δίκη [diké], cette δίκη dont on fait la justice, le dire des dieux. On croit en avoir dit assez, on n’en a pas dit grand-chose.

Et assurément c’est un autre champ, un champ sur lequel CRÉON, comme un innocent - par ἁμαρτία lui, à proprement parler erreur sinon de jugement, erreur de quelque chose - déborde. Remarquez, à la lumière des questions que nous pouvions poser, concernant la nature de la loi morale, que son langage est parfaitement conforme à ce qui, dans KANT, s’appelle le Begriff, le concept, du bien. C’est le langage de la Raison pratique. Son commandement, son interdiction concernant la sépulture refusée à POLYNICE, indigne, traître, ennemi de la patrie, est fondée sur le fait qu’on ne peut pas également honorer ceux qui ont défendu la patrie et ceux qui l’ont attaquée. Et du point de vue kantien, c’est bien une maxime qui peut être donnée comme règle de raison ayant valeur universelle. C’est que donc, avant la lettre - avant ce cheminement éthique qui, d’ARISTOTE à KANT, nous mène à dégager, dans une sorte d’identité dernière, la Loi et la Raison - avant la lettre, le spectacle tragique ne nous montre-t-il pas l’objection fondamentale, première : le bien ne saurait vouloir régner sur tout, sans qu’apparaisse là un excès, dont la tragédie nous avertit que les conséquences en seront fatales ?

Auteur: Lacan Jacques

Info: 1er juin 1960

[ théâtre ] [ paradoxe ] [ retour du refoulé ] [ inconscient ]

 

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psychanalyse

Autour de quoi le tournant de 1920 tourne-t-il ? Autour du fait que, comme le disent les gens de l’époque, les héros de la première génération analytique : "l’interprétation, ça ne fonctionne plus comme ça a fonctionné", l’air n’est plus à ce que ça fonctionne, à ce que ça réussisse. Et pourquoi ? Ça n’a pas épaté FREUD, il l’avait dit depuis bien longtemps. On peut pointer celui de ses textes où il dit très tôt, dans les Essais techniques : "Profitons de l’ouverture de l’inconscient parce que bientôt il aura retrouvé un autre truc". Qu’est-ce que ça veut dire pour nous, qui pouvons de cette expérience faite - et nous-mêmes glissant avec - quand même trouver les repères ?

Je dis que l’effet d’un discours, je parle de celui de la première génération analytique, qui, portant sur l’effet d’un discours : l’inconscient, ne le sait pas que c’est de ça qu’il s’agit - encore que ce fût là, et depuis la Traumdeutung où je vous apprends à le reconnaître, à l’épeler - à savoir qu’il ne s’agit constamment sous le terme des mécanismes de l’inconscient que de l’effet du discours. C’est bien ceci : l’effet d’un discours qui, portant sur l’effet d’un discours : l’inconscient, qui ne le sait pas, aboutit nécessairement à une cristallisation nouvelle de ces effets d’inconscient qui opacifie ce discours. "Cristallisation nouvelle" ça veut dire quoi ? Ça veut dire les effets que nous constatons, à savoir que ça ne fait plus le même effet aux patients qu’on leur donne certains aperçus, certaines clés, qu’on manie devant eux certains signifiants.

Mais observez-le bien, les structures subjectives qui correspondent à cette cristallisation nouvelle, n’ont pas besoin, elles, d’être nouvelles. À savoir ces registres, ces degrés d’aliénation, si je puis dire, que nous pouvons dans le sujet spécifier, qualifier, sous les termes par exemple de moi, de surmoi, d’idéal du moi. C’est comme des "ondes stables", quel que soit ce qui se passe, ces effets qui mettent en recul, immunisent, mithridatisent le sujet par rapport à un certain discours, qui empêchent que ce soit celui-là qui puisse continuer à fonctionner, quand il s’agit de mener le sujet là où nous devons le mener, c’est à savoir à son désir.

Ça ne change rien sur les points nœuds où lui, comme sujet, va se reconnaître, s’installer. Et c’est cela qu’à ce tournant FREUD constate. Si FREUD s’essaie à définir quels sont ces points stables, ces "ondes fixes" dans la constitution subjective, c’est parce que c’est ça qui lui apparaît très remarquablement à lui comme une constante. Mais ce n’est pas pour les consacrer qu’il s’en occupe et les articule, c’est dans la pensée de les lever comme obstacles. Ce n’est pas pour instaurer comme une espèce d’inertie irréductible la fonction Ich prétendue "synthétique" du moi, même quand il en parle, qu’il la met là au premier plan et c’est pourtant comme ceci que cela a été interprété dans la suite.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 31 mai 1961

[ historique ] [ évolution ] [ résistance ] [ habituation ] [ malentendu ]

 

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psychanalyse

Il vous suffit d’ouvrir ce petit livre qui s’appelle Moïse et le monothéisme sur lequel FREUD, après l’avoir mijoté depuis quelques dix ans - à partir de Totem et Tabou il ne pensait qu’à ça, à cette histoire de Moïse et de la religion de ses pères - articule ce qui concerne le monothéisme. [...]

Rien ne me paraît en tout cas plus fermement articulé, plus conforme à toute la pensée antérieure de FREUD que ce Moïse et le monothéisme. Autour de quoi porte la question de Moïse et le monothéisme ? Il s’agit évidemment, de la façon la plus claire, du message monothéiste comme tel. C’est cela qui intéresse FREUD. C’est cela d’ailleurs qui d’emblée n’a pas besoin pour lui d’être discuté dans l’ordre de la connotation de valeur.

Je veux dire que pour lui il ne fait pas de doute que le message monothéiste comporte en soi-même un accent incontestable de valeur supérieure à tout autre. Le fait que FREUD soit athée ne change rien à ceci. Il reste que pour un athée, celui qui est FREUD - je ne dis pas pour tout athée : c’est à voir - en tout cas pour lui la visée du message monothéiste saisie dans son fondement radical, est quelque chose qui a une valeur décisive. [...]

[...] dans l’atmosphère païenne, alors qu’on ne l’appelait pas comme cela, qu’elle était en pleine floraison, le numen surgit à chaque pas, si l’on peut dire, à tous les coins des routes, surgit dans la grotte, à la croisée des chemins. Ce numen tisse l’expérience humaine. Nous pouvons encore apercevoir les traces de ce mode de véhicule, beaucoup de champs en existent encore dans l’existence humaine. C’est là quelque chose qui, par rapport à la manifestation, à la profession monothéiste, est dans un certain rapport de contraste. Je dis que le "numineux" surgit à chaque pas et inversement je dirais que chaque pas du "numineux" laisse une trace, engendre, si je puis dire, un mémorial.

Il n’en faut pas beaucoup pour qu’un temple s’élève, qu’un nouveau culte s’instaure. Le "numineux" pullule et agit de partout dans l’existence humaine, si abondant d’ailleurs que quelque chose à la fin doit se manifester tout de même par l’homme de maîtrise qui ne se laisse pas déborder. C’est ce formidable enveloppement, et en même temps une dégradation dans la fable, ces fables antiques, si riches de sens, dont nous pouvons encore nous bercer, et dont nous avons peine à concevoir comment elles étaient compatibles avec quoi que ce soit qui comportât une foi à ces dieux, puisqu’aussi bien ces fables, qu’elles soient héroïques, épiques ou vulgaires sont tout de même marquées : de je ne sais quel désordre, de je ne sais quelle ivresse, de je ne sais quel anarchisme, si l’on peut dire, des passions divines. [...]

En face de cela qu’avons-nous ? Nous avons donc le message monothéiste et c’est à cela que FREUD consacre son examen.

Auteur: Lacan Jacques

Info: 16 mars 1960

[ paganisme ] [ résumé ] [ contextualisation ]

 
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