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crachin

Qu’il pleuve à marée montante, ce n’est pas à proprement parler une pluie. C’est une poudre d’eau, une petite musique méditative, un hommage à l’ennui. Il y a de la bonté dans cette grâce avec laquelle elle effleure le visage, déplie les rides du front, le repose des pensées soucieuses. Elle tombe discrète, on ne l’entend pas, on ne la voit pas, les vitres ne relèvent pas son empreinte, la terre l’absorbe sans dommage.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Les Champs d’honneur

 

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Ajouté à la BD par miguel

bonheur

Je n'ai pas de conseil à donner à quiconque mais si vous avez la possibilité de mourir dans votre fauteuil à quatre vingt ans après avoir jardiné une partie de l'après-midi, trouvé un mot de huit lettres au jeu télévisé, avalé du bout des lèvre une tisane et déclaré en déposant la tasse sans trembler au centre de sa soucoupe, maintenant je vais somnoler un peu, et pouf, on croit que vous êtes endormi, n'hésitez pas, soyez preneur.

Auteur: Rouaud jean

Info: Sur La Scene Comme Au Ciel

[ agonie ] [ dernières paroles ]

 

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délabrement

Après la mort de papa, c’est un sentiment d’abandon qui domine. Le cours des choses épousait sa pente paresseuse avec un sans-gêne barbare : jardin envahi par les herbes, allée bordée de mousses vertes, le buis qui n'est plus taillé, les dalles de la cour qui ne sont plus remplacées et où l'eau croupit, le mur de briques percé de trous, les objets en attente d’un rangement, les rafistolages dans un éternel provisoire. Plus rien ne s’opposait au lent dépérissement.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Les champs d'honneur, Page 85

[ deuil ] [ absence ]

 

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mourir

Quand le soir tombe, le jeune homme au teint blafard entre en agonie. Cette fois, le médecin major ne laisse plus d'espoir. La jeune promise passe régulièrement dans la pénombre, et doucement, pour ne pas gêner ceux qui dorment, pose un linge frais sur son front, remonte les draps sur sa poitrine, et, quand un accès brutal de toux le fait se dresser dans son lit, elle le prend comme un enfant dans ses bras et lui verse entre les lèvres une cuillerée de sirop.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Les champs d'honneur

[ accompagnement ] [ derniers moments ]

 

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pluie

Rapides, tendues, ou au contraire se posant en bout de course avec mollesse, les gouttelettes frappaient au petit bonheur le coin de l'oeil, la tempe, la pommette, ou visaient droit au creux de l'oreille, si imprévisibles, aux paramètres si compliqués, qu'il était inutile de chercher à s'en prémunir, à moins de s'enfouir la tête dans un sac. Le jeu, bataille navale rudimentaire, consistait simplement à annoncer "Touché" quand l'une d'elles, plus forte que les autres, nous valait un sursaut, le sentiment d'être la cible d'un tireur inconnu.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Des hommes illustres

[ eau ] [ littérature ]

 

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malvoyant

Ainsi, le son dans l'univers du myope voyage plus vite que la lumière. C'est à la voix, non au regard, que vous comprenez qu'on s'adresse à vous. C'est la rumeur d'un moteur plus que l'apparition au dernier moment d'une automobile qui vous retient de traverser une rue. Les oeillades vous laissent de marbre, une parole caressante vous émeut jusqu'aux larmes. Les rides s'atténuent et, comme un timbre de voix conserve longtemps son grain de jeunesse, il ne vous apparaît pas que le monde autour de vous soit aussi sensible au vieillissement qu'on le dit.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Le Monde à peu près

[ monde sonore ]

 

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écriture

Tout lecteur remarque que dans les dialogues convenus, à l'ancienne, tiret, à la ligne et ponctués par "dit-il", l'auteur a pour unique souci de ne pas se répéter, s'avisant alors de terminer chaque réplique par maugréa-t-il, marmonna-t-il, soupira-t-il, vociféra-t-il et on sait bien que son personnage ni ne maugrée, ni ne soupire, ni ne vocifère, on se dit surtout qu'il n'a rien d'essentiel à nous dire, sinon qu'il faut en passer par là, et on a l'impression de voir à chaque fin de phrase les gouttes de sueur tomber du front de l'auteur de la page.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Kiosque, p. 121

[ lourdeur ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

deux-chevaux

Avec grand-père, on avait tout de la mouche du coche. On avait beau le mettre en garde, le prévenir en rapprochant les mains l'une vers l'autre que l'obstacle à l'arrière n'était plus qu'à quelques centimètres maintenant, il vous regardait avec lassitude à travers la fumée de sa cigarette et attendait calmement que ses pare-chocs le lui signalent. A ce jeu, la carrosserie [de la 2 CV] était abîmée de partout, les ailes compressées, les portières faussées. La voiture y avait gagné le surnom de Bobosse. Si grand-père l'apprit jamais, il faisait montre de suffisamment d'indifférence pour ne pas s'en émouvoir, et il est vraisemblable que ses pensées nous avaient catalogués une fois pour toutes : petits morveux, ou ce genre. Peut-être s'en moquait-il vraiment.


Auteur: Rouaud Jean

Info: Les Champs d'honneur

[ décalage générationnel ] [ deuche ]

 

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Ajouté à la BD par miguel

écriture

- On affirme souvent que "tout le monde peut écrire".
- Je l’ai moi-même cru longtemps, et j’ai été plutôt enclin à inciter à écrire tous ceux qui en manifestaient le désir. On est tous, tout le temps dans l’écriture – d’un rapport, d’une carte postale, pour laquelle on essaie de trouver une tournure un peu fine, un peu drôle. Et on est tenté de se dire qu’il suffirait d’allonger la phrase pour lui faire porter une histoire, et que, ma foi, de la carte postale au roman, il n’y aurait qu’une question de temps et d’énergie. En fait, je crois de plus en plus que ce saut de la carte postale au livre, c’est l’engagement de toute une vie. Ce n’est pas quelque chose qui se fait impunément. Il y a un prix très lourd à l’écriture, qui consiste à abandonner, en fait, quasiment toute ambition sociale.

Auteur: Rouaud Jean

Info:

[ sacrifice ] [ don de soi ]

 

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saynète

De fait, il (grand-père) fumait bien son champ de tabac à lui seul, allumant chaque cigarette avec le mégot de la précédente, ce qui, quand il conduisait, embarquait la 2CV dans un rodéo improvisé. Le mégot serré entre le pouce et l'index de la main droite, la cigarette nouvelle au coin des lèvres, il fixait attentivement la pointe rougie sans plus se soucier de la route, procédant par touches légères, tirant des petites bouffées méthodiques jusqu'à ce que s'élève au point de contact un mince filet de fumée. Alors la tête rejetée en arrière pour ne pas être aveuglé, bientôt environné d'un nuage dense qu'il balayait d'un revers de la main, il soulevait du coude la vitre inférieure battante de la portière, jetait le mégot d'un geste vif et, toujours sans un regard pour la route, donnait un coup de volant arbitraire qui secouait les passagers en tous sens.

Auteur: Rouaud Jean

Info: Les Champs d'honneur, p 10

[ voiture ]

 

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Ajouté à la BD par miguel